Conclusion
Une forte critique adressée au système d'aide internationale concerne la tendance de celle ci à faire à la place des pays, autrement dit à exercer une maîtrise d'ouvrage de fait pour laquelle elle n'a aucun mandat. Une réforme importante, et un objectif maintes fois proclamé, consistent donc pour l'aide à rendre la main, à favoriser l'appropriation de cette aide par les pays bénéficiaires, dans le cadre d'un véritable partenariat entre la communauté des bailleurs et l'ensemble des constituants de la société des pays aidés.
Une telle posture n'échappe pas à de nombreuses contradictions, du fait même que si l'aide existe, c'est qu'il y a des pays qui n'ont pas connu de développement socio-économique satisfaisant, notamment pour des raisons d'organisation interne, et qu'il n'est donc pas évident que ces pays puissent s'approprier l'aide dans de bonnes conditions.
Toutefois, la plupart de ces contradictions s'atténuent si l'aide, au lieu de se refuser toute intentionnalité par rapport à l'évolution du pays aidé, oriente au contraire spécifiquement cette intentionnalité vers l'émergence de lieux de concertation et de négociation interne entre l'Etat et les différents acteurs de la société civile et de la vie économique, permettant que se forgent des politiques publiques efficaces, au moins dans les domaines d'intervention de l'aide. Il pourrait s'agir là d'un cadre déontologique général pour une éventuelle évolution ou réforme de l'aide publique au développement. Le secteur rural offre des exemples où de telles méthodes d'intervention ont été fructueuses, de façon relativement rapide et pérenne.
Loin d'être un handicap rédhibitoire, le caractère étranger de l'aide internationale, son regard extérieur et indépendant, sa capacité d'innovation et d'ouverture, la " protection institutionnelle " qu'elle peut offrir, parfois son dynamisme, sont de véritables avantages comparatifs pour cela. Des innovations dans le statut et la coordination de l'aide permettraient sans doute de progresser encore davantage, et de définir l'aide comme un outil utile s'inscrivant dans la durée, et non comme un provisoire qui dure mal défini.
Deux remarques pour terminer
Les règles de bonne conduite de l'aide, sa coordination vers les méthodes exposées supra, sont avant tout du ressort de la réflexion et de la bonne volonté des individus qui la composent, notamment à l'échelon des agences opérationnelles de terrain. La première priorité de l'aide, avant même toute réforme de structure ou de méthodes, consiste donc sans doute dans le maintien et l'amélioration de la qualité humaine et professionnelle de ses agents.
Tout résultat de l'aide ne peut pas être autre chose qu'approprié par ses bénéficiaires. Sinon il n'existe même pas. La critique d'interventionnisme peut être relativisée : s'il y a un résultat, il ne peut être que la coproduction de l'aideur et de l'aidé. Il est le fruit d'une rencontre, rendue possible par l'existence du système d'aide à l'échelle mondiale.