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Texte d'annonce
Concernant l’avenir du monde rural en Afrique sub-saharienne, un consensus global tend à s'imposer autour d’une vision combinant trois éléments : un État recentré sur des fonctions stratégiques d’orientation et de régulation (définition des politiques, mise en place d’un cadre sécurisé), une société civile forte et capable de faire entendre les intérêts des différents groupes de population, un tissu de prestataires de services de qualité. Mais on peut se demander si cette séparation entre Etat et société civile n'est pas à certains égards illusoire et même dangereuse si seule une faible part de la société civile se reconnaît dans l'Etat.
Cependant, paradoxalement, il n’existe pas de consensus réel sur le diagnostic de la situation, sur l’interprétation des dynamiques et des mutations en cours dans les sociétés du Sud. Il n’existe pas non plus de consensus sur la façon dont la coopération peut accompagner ces dynamiques afin de favoriser l’émergence du nouvel équilibre préconisé.
L'impression qui prédomine est que, dans une période de remise en cause de sa légitimité et de son efficacité, l'aide publique internationale s'est investie surtout dans des réflexions centrées sur les appareils de coopération eux-mêmes et sur les réformes institutionnelles et instrumentales correspondantes. On peut se demander si, dans ce contexte, une attention suffisante est portée au sens et aux mécanismes des mutations en cours dans les sociétés du sud. Par ailleurs, la multiplication des conditionnalités, l'annonce de réduction dans la durée et dans le volume des engagements, le gel de certains programmes peuvent donner le sentiment d'un « débrayage » de l'aide publique. Un certain nombre d’exemples heureux montrent toutefois que la coopération peut encore jouer un rôle important dans l’accompagnement des dynamiques de transformation actuelles.
C’est pour encourager l’échange de vues sur le diagnostic de la situation actuelle et des transformations à l’oeuvre, et favoriser le développement de pratiques de coopération adaptées à ce contexte mouvant que l’Inter-Réseaux organise, en collaboration avec le Secrétariat du Club du Sahel une rencontre d’une journée et demi sur l’aide au développement rural en Afrique sub-saharienne. Cette rencontre vise à confronter les conclusions des travaux de synthèse menés sur ces thèmes par les deux structures à l’expérience des membres de l’Inter-Réseaux et de personnes engagées sur ces questions.
Les organisateurs de la rencontre souhaitent analyser non pas tant les faiblesses de l’aide que ses priorités, son contenu et les cibles qu’elle souhaite atteindre. Le débat sera avant tout centré sur les problèmes que posent les paradigmes de l’aide publique au développement et ses modes opératoires, en cherchant comment l’aide peut changer pour se mettre au service d’une coopération plus équilibrée avec des sociétés diverses et elles-mêmes en profond changement.
Dans la mesure où la rencontre est consacrée au développement rural, secteur où les enjeux de l’aide s’expriment de façon particulière du fait de la multitude et de la dispersion des acteurs, et de l’important héritage technique lié à plusieurs décennies de coopération intensive, la rencontre débutera par un point sur les enjeux actuels du développement rural en Afrique sub-saharienne (première table ronde). Il ne s’agira pas de faire de nouvelles analyses mais de mettre en perspective les nombreuses études disponibles et d’en dégager une meilleure compréhension des tendances lourdes d’évolution, des espaces et domaines où les évolutions sont les plus rapides, d’identifier également les blocages, et de faire le point sur le rôle que peut jouer la coopération dans ces transformations.
Sur les enjeux comme sur la réforme de l’aide, les Africains ont peu l’occasion de prendre la parole. Grâce à des entretiens réalisés par quelques organismes (Club du Sahel, GRAD, Inter-Réseaux, IRAM), des opinions émergent, des prises de positions cherchent à se faire entendre. Une synthèse de ces opinions sera proposée après la première table ronde. A partir de ces informations et de quelques témoignages directs, on essaiera de mieux apprécier la perception qu’ont les acteurs du Sud de la coopération dans ses pratiques.
Les analyses sur l’aide achoppent souvent sur des problèmes bien identifiés mais qui restent posés trop globalement. Il convient de « descendre » un peu et d’adopter un cadrage géographique et social adéquat (pays, voire petite région) pour donner au débat sur l’aide plus de vitalité et mettre en évidence l’importance du jeu des acteurs dans l’efficacité de sa conception et de sa mise en œuvre. Trois études de cas, illustrant cette orientation, seront discutées par des groupes de travail lors de la rencontre.
Au Nord, le paysage de la coopération au développement s’est considérablement enrichi ces dernières années. Une deuxième table ronde cherchera à cerner le panorama des acteurs de la coopération. Aux côtés des acteurs habituels (bureaux d’étude, ONG, consultants), de nouveaux acteurs interviennent maintenant dans ce domaine. La coopération décentralisée concerne maintenant de nombreuses collectivités territoriales et commence à agir en milieu rural, souvent à partir de jumelages avec des petites ou moyennes villes. Les migrants, constitués en nombreuses et actives associations, jouent un rôle déterminant dans certaines régions. Des organisations socio-professionnelles (syndicats, organisations professionnelles agricoles) interviennent aussi de manière croissante. Les interventions se multiplient avec une dimension et un contenu parfois original et porteur d’innovations. A partir de cas concrets qui seront approfondis par des groupes de travail en ateliers, et de l’expérience des participants, la rencontre tentera alors d’identifier les pistes d’avenir pour une coopération plurielle assurant de meilleures synergies au Nord comme au Sud.- Au Mali, un programme de professionnalisation de l’élevage met l’accent sur les conditions de pérennité du métier de vétérinaire privé. Le rôle de l’Aide consiste alors à faciliter la clarification du rôle de chaque acteurs pour la mise en place de services durables et de qualité aux éleveurs. Entre éleveurs, vétérinaires privés, fonctionnaires, commerçants, de nouvelles règles du jeu s’élaborent.
- Au Bénin, plusieurs agences d’aide se concertent pour tester de nouvelles formes d’appui plus directes aux organisations de producteurs. Entre désengagement de l’Etat et renforcement des organisations de producteurs, entre décentralisation et développement local, les opportunités se multiplient mais les incertitudes aussi : quel va devenir le rôle des acteurs de la coopération ?
- Dans le cadre du Club du Sahel, un travail est mené pour renforcer le rôle des Etats et des acteurs de la société civile dans la définition et la mise en oeuvre des stratégies de développement rural. Comment s’y prendre pour renforcer ces capacités sans se substituer aux acteurs, pour accompagner le renforcement de la société civile sans affaiblir en même temps les capacités de l’Etat ?