Une demande en riz qui explose en Afrique de l’Ouest, une
offre locale qui progresse plus lentement : à ce rythme,
l’autosuffisance en riz n’est pas pour demain. Dans ce contexte,
la région se doit de mettre en place une stratégie de
diversification des approvisionnements, chemin qu’elle prend
déjà en important de plus en plus de riz d’Amérique Latine.
L’Afrique de l’Ouest représente
actuellement un pôle
majeur d’importation pour le
riz. Malgré les progrès réalisés dans
l’accroissement de la production, par
extension des surfaces et intensification
des systèmes de culture, la zone ouest
africaine n’est autosuffisante en riz qu’à
hauteur de 60%. Pratiquement inexistante
au moment des indépendances,
l’importation annuelle atteint plus de
5 millions de tonnes de riz blanchi. Le
premier importateur de la région, le Nigeria,
importe à lui seul chaque année
quelques 2 millions de tonnes de riz. Il
est suivi de la Côte d’Ivoire (900 000
tonnes) et du Sénégal (700 000 tonnes).
Actuellement, l’importation assure
l’essentiel des disponibilités en
riz des pays côtiers (Sénégal, Ghana,
Libéria, Bénin). Seul le Mali, pays sahélien
enclavé, couvre lui-même 90%
de ses besoins en riz.
Dépendance des marchés internationaux.
Les importations ouest africaines
de riz, équivalentes à 17% des
échanges internationaux en 2010, ont
explosé au cours des années 1990, en
raison de la libéralisation des filières
agro-alimentaires. La région importait
quelques 2 millions de tonnes par an
dans les années 90, et elle a franchi,
pour la première fois en 2001, la barre
des 5 millions de tonnes. La croissance
des importations régionales est
essentiellement le fait du Nigeria, du
Sénégal et de la Côte d’Ivoire ; dans
ces grands pays importateurs, les volumes
importés ont doublé lors de la
décennie 1995-2005.
La tendance à l’augmentation des
importations rizicoles ouest africaines
devrait se poursuivre au cours des prochaines
décennies, sous l’effet d’une
expansion continue de la consommation
et des contraintes à la progression
de la production locale.
La consommation de riz est en effet
destinée à poursuivre son augmentation
sous le triple effet de l’accroissement
démographique, de l’urbanisation
croissante et de l’augmentation
de la consommation par personne. Au
Nigeria par exemple, le géant de la région,
on ne consomme actuellement
« que » 20 kg de riz par personne et
par an. Or, la convergence inévitable
de la consommation nigériane vers la
moyenne régionale de 32 kg va constituer
à terme un facteur important
d’expansion de la demande. D’autre
part, ces dernières décennies, la production
régionale — souvent entravée
par des contraintes au niveau de la
transformation et de la commercialisation
— progresse moins vite que la
consommation. Même après les appuis
conséquents concédés par les pouvoirs
publics à la filière locale depuis la crise
de 2008, la production du riz n’a augmenté
que de 5,4% par an dans la région
— un taux équivalent à celui de
la croissance de la consommation. Ces
dynamiques permettent de conclure
que la région continuera à faire face à
une dépendance chronique vis-à-vis
du marché international en riz.
Une diversification des approvisionnements.
Le marché d’importation du
riz en Afrique de l’Ouest représente
aussi un enjeu financier de taille : la
valeur cumulée des importations rizicoles
représentait en 2009 près de
2 milliards de dollars. Si les pays
asiatiques ont historiquement été les
premiers fournisseurs de la région, on
constate depuis 2008 une diversification
des approvisionnements. On voit
en particulier sur les marchés africains
des riz en provenance d’Amérique du
Sud (Uruguay et Brésil). On peut alors
s’interroger sur les perspectives futures
des riz sud-américains dans les marchés
ouest africains.
Les limitations volontaires des exportations
par les pays asiatiques en
2008 ont amené les pays ouest africains
à diversifier leurs approvisionnements.
En 2007, 60% des importations de riz
provenaient de Thaïlande. Or, depuis
2008, la prédominance de la Thaïlande
a diminué au profit du Vietnam, dont
la part de marché est passée de 14% en
2007 à 25% en 2010. Les gouvernements
ouest africains ont également cherché
à diversifier la nature de leurs contrats
d’importations en entamant des négociations
directes, au niveau politique,
avec des pays dotés de surplus en riz,
tels que l’Inde et la Chine.
Si le Sud Est asiatique fournit encore
près des trois-quarts des importations
ouest africaines, on constate
aussi l’apparition de nouvelles sources
d’approvisionnement. En Gambie, par
exemple, une forte proportion des disponibilités
en riz est d’origine brésilienne.
À Banjul, le riz brisé du Brésil
se vend à un prix comparable à celui du
riz pakistanais ou vietnamien, mieux
connu du consommateur (cf. graphe).
La stratégie semble être de le vendre
en sacs conditionnés de 25 kg, plutôt
que de 50 kg, afin de différencier le
produit et de lui créer une niche de
marché.
Une montée en puissance du Mercosur
? Les pays du Mercosur (Argentine,
Brésil, Uruguay et Paraguay) pourraient
être amenés à jouer un rôle
croissant dans l’approvisionnement
en riz de l’Afrique de l’Ouest. Ils disposent
de potentialités en terres et en
eau permettant d’en faire une zone
largement excédentaire en riz. Ce bloc
régional a récemment augmenté sa part
dans les échanges internationaux et se
positionne comme une source de riz
de qualité à des prix compétitifs. Des
experts estiment qu’en 2011, le bloc
pourrait exporter quelques 2,3 millions
de tonnes vers l’Amérique du
Sud, l’Amérique Centrale, l’Europe,
le Moyen Orient et l’Afrique.
Selon USDA, le Brésil a produit
quelques 13 millions de tonnes de riz
blanchi en 2010/2011, quantité qui dépasse,
d’au moins 1 à 1,5 millions, les
besoins de consommation du pays.
Au Brésil, les riziers du sud du pays
(Santa Catarina et Rio Grande do
Sul) sont, depuis 2009, à la recherche
de nouveaux débouchés. Une
quarantaine de riziers du Sud Brésil
ont conjugué leurs efforts pour trouver
des marchés d’exportation. C’est
ainsi que le riz étuvé brésilien, réputé
de bonne qualité, concurrence désormais
directement la Thaïlande sur le
marché africain. En juillet 2011, le Brésil
a par exemple réalisé sa première
exportation de riz vers l’Afrique du
Sud, et envisage d’envoyer 40 containers
par mois, équivalent toutefois à
un volume relativement modeste de
1200 tonnes par mois.
Compte tenu des potentialités du
Brésil et de sa capacité à augmenter
significativement sa production alors
que par ailleurs la demande nationale
est plutôt stable, voire à terme en diminution,
les enjeux sont énormes pour
trouver de nouveaux débouchés. En
2011, les producteurs brésiliens ont fait
face à des prix jugés si bas que l’on prévoit
pour la campagne 2011/2012 une
possible diminution des superficies
emblavées en riz au profit de cultures
comme le soja et le maïs. Pour faire
face à des phénomènes d’excédents de
production, l’association des riziculteurs
du Rio Grande do Sul souhaite
aussi que le riz soit utilisé pour l’alimentation
animale ou la production de
biocarburant. Un autre lobby brésilien,
l’IRGA (Institut Riograndense do Arroz),
recommande de porter le volume
de l’assistance humanitaire brésilienne
en riz de 100 000 à 500 000 tonnes. On
le voit, les exportations brésiliennes
sont la manifestation d’une volonté
politique répondant au besoin de soutenir
les prix au Brésil, face aussi à un
lobby de riziculteurs très puissants dans
le Sud du pays, l’une des régions clés
en termes d’électorat pour le parti au
pouvoir (Parti des Travailleurs).
Mais, si l’avantage compétitif du
Brésil repose avant tout sur des subventions
et sur une politique volontariste,
l’avenir appartient sans doute à
l’Uruguay et à l’Argentine, pays plus
compétitifs que le Brésil sur le terrain
de la production. Effectivement,
USDA estime que le coût de production
d’un hectare de riz s’élève à 2 200
dollars américains au Sud du Brésil,
nettement plus qu’en Uruguay (1 600
dollars américains) ou en Argentine
(1 300 dollars américains). Le coût de
production d’une tonne de paddy au
Brésil, estimé à 300 dollars américains,
dépasse de 43% les niveaux de
l’Argentine ou de l’Uruguay (cf. graphe).
Compte tenu de leur faible coût,
on s’attend à ce que les productions
uruguayennes et argentines soient les
concurrentes les plus durables des riz
thaïlandais et vietnamiens sur le marché
ouest africain. La comparaison des
coûts de production avec certains pays
africains montre des performances similaires
par rapport aux pays sud-américains.
Le manque de compétitivité
des riz africains serait lié davantage
à des contraintes à l’aval de la filière,
dans la transformation et la commercialisation.
D’ores et déjà, les riz sud-américains
ont trouvé le chemin des marchés ouest
africains. En 2007, le Sénégal a importé
112 000 tonnes de riz brisé du
Brésil, 26 500 tonnes d’Argentine et
23 000 tonnes d’Uruguay, représentant
globalement 15% des importations
du pays. Le consommateur ouest
africain apprécie les riz du Mercosur :
la qualité du riz étuvé brésilien constitue
son principal argument de vente
sur le marché de Monrovia. À l’heure
où la Thaïlande, premier exportateur
mondial de riz, s’interroge sur le devenir
de sa politique rizicole, longtemps
fondée sur l’exportation à bas prix,
les perspectives semblent aujourd’hui
augurer d’une augmentation des parts
de marché du Mercosur sur le marché
ouest africain.

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