LE MICRO-CREDIT
UN OUTIL POUR QUEL DEVELOPPEMENT
?
Dossier réalisé
par Philippe Ortoli
Grain de Sel n° 6
- Juillet 1997
Pauvreté,
développement, équilibre financier…Les défis du micro-crédit
Les ONG qui « font» du crédit solidaire doivent-elles se transformer en banque ? Peuvent-elles échapper aux bailleurs de fonds ? Banque d'État ou caisse villageoise, le crédit aux pauvres peut-il être rentable ? Sorti de l'enfance, le micro-crédit affronte aujourd'hui des problèmes de croissance. À la mesure du succès qu'il rencontre et des espoirs - exagérés ? - qu'il suscite.
Comment atteindre les pauvres ?Comment faire pour que les micro-crédits ne soient détournés de leur cible ? Exemple au Vietnam, dans la plaine des joncs, zone pionnière du delta du Mékong où les paysans font reculer les derniers marais. Etienne Colliot Agro-économiste, Coordinateur du projet recherche-développement lsa/Fos/DTM, issu d’une collaboration entre l'Institut des sciences agronomiques vietnamien, l'ONG belge Fonds pour l'aide au développement et les services agricoles de la plaine des Joncs (Dong Thap Muoi).Les banques des pauvres à la recherche d'un statutConsacrés aux paysans défricheurs de la plaine des joncs, les premiers prêts du projet de crédit solidaire ont vite posé le problème des moyens d'atteindre la cible choisie, celle de producteurs marginalisés n'ayant pas accès au crédit bancaire, ne pouvant apporter de garantie foncière et faisant appel au crédit privé usurier (taux de 8 à 10 % par mois). En effet, les montants nécessités par la défriche étant élevés, le système a attiré d'emblée les familles les plus riches. Pour ménager les susceptibilités, aucune catégorie sociale n'a été écartée de l'accès aux prêts, bien qu'il ait été précisé clairement qu'il s'agissait d'un crédit pour les pauvres. Mais les modalités en ont été fixées pour être adaptées aux familles démunies, tout en étant contraignantes pour les plus riches : attractif pour les pauvres, le montant des crédits proposés (50 000 à 900 000 dongs, soit de 300 à 600 FF, l'équivalent de 50 à 100 dollars) était en effet beaucoup trop faible pour les riches qui ont d'ordinaire des besoins d'investissement élevés. De plus, l'obligation de remboursements mensuels était rassurante et peu contraignante pour les pauvres habitués à de petites rentrées régulières d'argent fournies par le salariat agricole ou des activités complémentaires. En revanche, les producteurs aisés de la plaine des joncs étaient pénalisés par des activités agricoles procurant des rentrées d'argent massives mais sporadiques. Enfin, la formation de groupes de caution solidaire, avec l'éventualité d'une obligation de rembourser à la place d'un autre, était une contrainte de plus pour les personnes riches et influentes.
Dès lors, même si les familles aisées ont obtenu un crédit au cours des premiers cycles, elles ont abandonné le système lorsqu'elles se sont aperçues qu'il n'évoluait pas dans leur sens. Cycle après cycle, le ciblage de la population est devenu plus précis. Trois ans après le début du projet, 75 % des bénéficiaires correspondaient à la population souhaitée. Une deuxième difficulté résidait dans les relations avec les autorités locales - communistes - favorables au projet mais jalouses de leur pouvoir en cette période de libéralisation économique. Il s'agissait de leur conférer un rôle dans le système tout en s'affranchissant de leurs pressions pour gérer les fonds et l'organisation du crédit. Une procédure a été mise au point : il a été convenu que les autorités locales (village et hameau) présenteraient les premiers groupes de bénéficiaires, mais que ces groupes présenteraient les emprunteurs suivants. Cependant le comité populaire (l'organisation administrative) pouvait accepter ou refuser les demandes de crédit. Là où les autorités n'acceptaient pas cette répartition des rôles, le projet refusait d'intervenir.
Quel statut juridique peut adopter une ONG qui distribue des crédits et aspire à fonctionner comme une banque ? Inspiré de la Grameen Bank, le Projet de promotion du petit crédit rural (PPPCR) du Burkina-Faso étudie la question.L’équilibre financier par la croissanceSimple association créée en 1988 pour distribuer du crédit sous une forme solidaire grâce à une subvention de la caisse française de développement (CFD), le projet du petit crédit rural (PPPCR) du Burkina-Faso veut se transformer en une « entreprise autonome dirigée par des nationaux » pour « offrir de manière durable des services financiers aux populations rurales et urbaines n'ayant pas accès au système bancaire classique ».
Dès le départ, la question de son futur statut était posée en pointillé, mais ne pouvait être examinée tant que l'équilibre financier n'était pas en vue, c'est-à-dire, tant que les activités de crédit ne dégageaient pas des revenus suffisants pour couvrir les charges. Après un échec auprès d'une clientèle d'hommes, le projet a trouvé sa vitesse de croisière auprès des femmes. En 1988, les premières caisses - des « unités » - couvraient à peine 10 % de leurs frais. Aujourd'hui, les plus anciennes sont parvenues à l'équilibre grâce à un doublement, voire un triplement, de la productivité des agents de pair avec le gonflement du portefeuille des prêts. En 1992, chaque agent gérait 400 clients et octroyait 6 millions de FCFA de crédits ; en 1996, il s'occupe de 800 à 1 000 clients, voire 1 200 et même 1 700 et il octroie pour 30 millions de FCFA de crédits. Au total, 52 agents répartis dans quatre provinces gèrent 32 000 clients et ont distribué, en 1996, 1,1 milliard de FCFA, soit 10 millions de FF ou 2 millions de dollars US. Le risque existe cependant que cet accroissement de la productivité nuise à la qualité des remboursements qui frisent, à l'heure actuelle, les 100 %.
C'est sur cette toile de fond encourageante que cette ONG recherche le statut qui lui fournira son indépendance juridique. celui de la coopérative a été envisagé avant d'être abandonné car les femmes « craignaient de perdre leur autonomie dans un système mutualiste qui risquait d'être récupéré par les hommes », expliquent d'une même voix Raoul Sanon, le directeur burkinabé du PPPCR et Jacques Marzin, chercheur français du CIRAD, responsable du réseau du projet.
L'ombre de la caisse nationale du crédit agricole du Burkina (CNCA) s'est profilée un moment sur le projet : après tout, les fonds en provenance de la CFD ne transitent-ils pas par ses caisses avant d'atterrir dans celles du PPPCR via Sahel action ? Et la Banque agricole du pays ne souhaitait-elle pas conquérir une nouvelle clientèle dans les campagnes ? Jamais explicitement envisagée, cette hypothèse n'a pas eu à être rejetée. Mais l'hypothèse d'une société par action dans laquelle la caisse nationale du crédit agricole serait actionnaire de référence est sérieusement étudiée. cette formule permettrait d'intégrer le PPPCR au système bancaire, mais aurait l'inconvénient de générer des coûts supplémentaires dus à l'application de la loi (ratios prudentiels, système d'information, application d'une convention collective). Elle imposerait peut-être un « recentrage sur les zones et les produits les plus rentables ou les plus sécurisants » qui éloignerait le projet de son objectif prioritaire. voilà pourquoi on réfléchit à une solution complémentaire en s'inspirant de l'exemple de Bancosol, banque bolivienne de type solidaire formée d'un établissement financier avec ses exigences de rentabilité et d'une ONG autorisée à perdre de l'argent le temps de parvenir à l'équilibre. La forme juridique à apporter à ce statut burkinabé capable de résoudre la quadrature du cercle est complexe. c'est la raison pour laquelle le PPPCR a lancé un appel d'offre pour une expertise juridique.
Mais la question du statut ne peut ignorer la montée de la concurrence d'organismes de micro-crédits, outil de développement très en vogue actuellement. Une concurrence de non-professionnels susceptible d'encourager les mauvais payeurs et de disperser la clientèle, deux phénomènes qui ne font pas bon ménage avec la rentabilité et la durabilité d'une banque.
Comme toute activité commerciale, c'est la différence entre le prix d’achat et le prix de vente au détail qui rémunère l'activité de l’intermédiaire. Le PPPCR ne procède pas autrement en achetant de l’argent à la Caisse nationale de crédit agricole (CNCA) du Burkina au prix de 9 % par an et en le cédant à ses clients à un taux variant entre 20 et 22 % par an. Cette activité est d'autant plus rémunératrice que le nombre de clients est élevé même si les petits prêts coûtent plus cher que les gros, dans la mesure où les taux d'intérêt élevés permettent de dégager un bénéfice même léger pour chaque opération.L'Etat et le micro-crédit - L'Indonésie ouvre la voie
Grâce à l'augmentation de la productivité de ses agents, le PPPCR parvient à couvrir 59 % de ses frais de fonctionnement. Ce chiffre est une moyenne entre les « unités » qui ont déjà une clientèle pour équilibrer les comptes et celles plus récentes qui ne peuvent encore y parvenir. D'où la nécessité de trouver une subvention pour financer cette croissance (16 antennes régionales sont prévues contre 4 en fonctionnement et 2 qui viennent d'être lancées).
Toutefois, cet équilibre financier n'est pas envisageable en 2000, contrairement à ce qu'il est affirmé dans le rapport 1996 de la Caisse française de développement, bailleur de fonds du projet, qui consacre 2 pages au PPPCR. Le rapport d'évaluation du projet prévoit en effet que le déficit d'exploitation ne va pas décroître mais augmenter dans les quatre prochaines années (de 173 millions de FCFA à 221 millions) puisqu'il faut « digérer » les pertes des nouvelles unités en attendant qu’elles deviennent rentables. C'est à ce titre que la CFD doit verser 800 millions de FCFA de 1997 à 2000 sur un total de 2,1 milliards de FCFA de subventions. L'équilibre global pourrait être atteint en 2005.
Banque publique indonésienne menacée de faillite il y a treize ans, la SRI a mis en place avec succès un réseau de petits crédits ruraux et jeté un pont vers les plus pauvres. Cécile Lapenu, chercheur au CIRAD-SAR, raconte cette évolution. Elle a réalisé une thèse de doctorat intitulée « Vers un nouveau rôle pour l'État et les institutions privées dans le développement financier rural indonésien » (Ecole nationale supérieure agronomique de Montpellier, 1996).900 banques privéesAvec son réseau d'unités villageoises qui couvre tout le territoire, la Banque populaire indonésienne (Bank Rakyal Indonesia, BRI) est aujourd'hui reconnue au niveau international pour sa capacité à mobiliser l'épargne rurale et à offrir des petits crédits sur des bases financières viables. Pourtant, cette banque commerciale qui appartient à l'État était en situation de quasi-faillite financière il y a treize ans. Elle dépendait totalement des subventions de la Banque centrale et enregistrait des taux de remboursement inférieurs à 50 % du volume des crédits.
Une situation directement liée à la politique agricole indonésienne dont la BRI était l'instrument : importateur de riz dans les années soixante-dix, le gouvernement indonésien a décidé d'atteindre l'autosuffisance rizicole en utilisant ses ressources pétrolières pour diffuser la révolution verte. Banque d'État, la BRI a ainsi créé, à l'époque, plus de 3 600 unités villageoises pour distribuer des crédits subventionnés destinés à promouvoir les nouvelles techniques rizicoles.
En 1984, l'autosuffisance fut effectivement atteinte mais la situation de la BRI devint de plus en plus préoccupante car les ressources financières issues du pétrole diminuaient. La politique de libéralisation économique et financière décidée par l'Indonésie en 1983 pour faire face à la crise plaça la BRI devant l'alternative suivante : fermer les unités villageoises qui accumulaient de lourds handicaps ou transformer le réseau existant.La rénovation fut choisie avec ouverture à la concurrence et maintien de 60 % du réseau, diversification des services, formation du personnel, plus grande autonomie aux unités villageoises. Des incitations à la mobilisation de l'épargne furent mises en place (garantie de l'État, systèmes de loteries à partir de bons pour 25000 roupies épargnées (60 FF) et des primes au remboursement régulier des prêts furent instituées (notamment une baisse des taux d'intérêt).La rentabilité exige des taux d'intérêt élevés
Par ailleurs, l'ouverture à la concurrence obligea les unités villageoises de la BRI à plus d'efficacité. Alors que le développement du secteur financier privé avait été totalement bloqué de 1970 à 1988, la libéralisation provoqua un foisonnement de banques rurales privées. Neuf cents banques furent créées entre 1988 et 1994. Elles adoptèrent des politiques téméraires de distribution de crédits, mobilisant largement l'épargne, s'organisant en réseaux dans tout le pays.C'est dans ce cadre que la BRI fonctionne désormais. Le crédit direct accordé par les unités villageoises de la BRI n'est pas majoritairement du micro-crédit : les garanties nécessaires à l'obtention d'un crédit Kupedes (certificat de terre, maison, véhicule, bulletin de salaire...) excluent les plus pauvres. D'ailleurs, si le crédit minimum est fixé à 25 000 roupies (60 FF), la moyenne actuelle se situe autour d'un million de roupies (2 500 FF) et le maximum peut atteindre 25 millions.
Pourtant, grâce à son réseau étendu et à la solidité de ses bases financières, la BRI appuie des programmes pour les plus pauvres, comme le projet P4K (Projet pour l'augmentation des revenus des petits agriculteurs et pêcheurs) mis en œuvre par le ministère de l'Agriculture. P4K repose sur un fonctionnement de crédit solidaire de type Grameen Bank avec des montants moyens de 100 000 roupies (250 FI, pour un an, généralement utilisés pour le petit commerce, la transformation agroalimentaire, l'artisanat, le petit élevage. La BRI est associée à la gestion des prêts (accord sur le projet d'activité des clients, distribution des fonds, remboursement..) par l'intermédiaire de ses agents mis à la disposition du projet. En contrepartie, elle perçoit 8 % d'intérêt sur les volumes octroyés. L'épargne préalable nécessaire à l'obtention d'un prêt ( 5 à 20 % du prêt) est déposée par le client sur un livret Simpedes auprès de la BRI. P4K accorde au maximum quatre prêts successifs. Si le client a bien remboursé et s'il a un fonds d'épargne à la BRI servant de garantie, il pourra accéder à un crédit Kupedes. Le projet P4K donne ainsi accès aux services bancaires classiques.
Le réseau des unités villageoises de la BRI, cité comme « best practice » par la Banque mondiale et les programmes de type P4K prouvent que l'État peut être un acteur dans le monde du micro-crédit. Le cas indonésien montre aussi les effets bénéfiques d'un équilibre « public » et « privé » à l'intérieur d'une grande entreprise : le fonctionnement interne de cette banque publique a été « privatisé » (décentralisation, responsabilisation, recherche du profit, incitations. .. ) tandis qu'à l'extérieur la BRI affrontait la concurrence.
L'exemple de la BRI montre également qu'il est difficile pour une banque commerciale d'accorder des micro-crédits sur des bases rentables et qu'il peut être plus intéressant de les associer à des programmes de lutte contre la pauvreté qui assurent la sélection et le suivi des clients. La GTZ, agence de coopération allemande, développe également des programmes de «linkage», liens entre des banques commerciales et des groupes d'entraide réalisant des activités d'épargne/ crédit à l'échelle des villages (Projet PHBK en Indonésie, avec la Banque centrale).
Les clefs de la viabilité financière se trouvent dans des taux d'intérêt élevés, constate le Groupe consultatif d'assistance aux plus pauvres (GCAP) de la Banque mondiale après un examen à la loupe de onze banques solidaires (dont Grameen Bank au Bangladesh, SRI en Indonésie, Agence de Crédit pour l'Entreprise Privée au Sénégal, Banking Raya Karkara au Niger et Bancosol en Colombie). Voici les conclusions de l'étude publiée en octobre 1995.Le micro-crédit n'est pas la panacéeDe plus en plus souvent, les institutions de micro-financement appliquent des taux d'intérêt qui reflètent le coût réel des prêts et l'autosuffisance financière est devenue la préoccupation principale de nombreuses institutions […].
Sur les onze institutions qui ont été étudiées, dix peuvent être considérées comme fonctionnant parfaitement. Leurs recettes (intérêts perçus et cotisations) couvrent entièrement leur coût de fonctionnement (y compris les charges sociales et autres dépenses administratives), ceci tout en servant un nombre considérable de pauvres. ces programmes ont enregistré de bons résultats dans des situations très variées, tant en milieu urbain (Bolivie) que rural (Bangladesh), avec des prêts moyens allant jusqu'à 38 dollars.Cinq institutions sont pleinement rentables ; même après avoir tenu compte du taux d'inflation, le rendement de l'actif couvre à la fois les charges de fonctionnement et les charges financières les dernières représentant le coût du capital après que celui-ci a été recalculé pour tenir compte des subventions. ces institutions ne dépendent plus de crédits à taux concessionnel ou d'autres subventions. […]
Comment expliquer le succès de ces institutions de pointe ? Presque toutes ont décidé de devenir autosuffisantes. Elles ont réduit la structure de leurs charges en s'alignant sur les marges financières en vigueur dans les marchés locaux, elles ont appliqué un contrôle très strict du taux de ' défaillance et elles ont misé sur l'augmentation de la productivité de leur personnel. […]
Toutes les institutions pleinement autonomes ont appliqué un taux d'intérêt effectif réel qui était suffisamment élevé pour couvrir tous les coûts, y compris le coût du capital ajusté à l'inflation. Ainsi, CorpoSol, un programme autosuffisant en Bolivie, accorde des prêts à un taux d'intérêt effectif réel de 52 %, le plus élevé parmi les onze institutions […].
Les bailleurs de fonds devraient concentrer leurs efforts sur les programmes favorisant l'autosuffisance financière. Dans cette démarche, il est nécessaire de laisser à l'institution une marge de temps suffisante pour atteindre l'autosuffisance financière et opérationnelle. D'après les onze institutions étudiées, il faut en général, 5 à 10 ans pour parvenir à l'autosuffisance, et ce avec un appui financier considérable des bailleurs de fonds. […]
La clé d'une croissance rapide se trouve dans la capacité des institutions à maintenir leur viabilité financière à travers un suivi très strict des clients défaillants, le contrôle des charges administratives et le développement des ressources financières.
Le micro-crédit suscite un engouement parfois aveugle. Les études en cours montrent que son impact est complexe. Betty Wampfler (CIRAD-SAR)Nouveaux créneauxLe micro-crédit est-il vraiment cette solution miracle pour laquelle le monde du développement s'enthousiasme si foi depuis quelque temps ? Il est difficile d'apporter une réponse unique à ces questions de fond tant le micro-crédit a de formes et de fonctions; néanmoins quelques pistes sur son impact peuvent être tracées à partir d'études en cours, au Burkina-Faso et en Albanie (CIRAD), au Niger (Université allemande de Hohenheim), au Cambodge et au Vietnam (GRET).
Le premier effet positif est qu'il aide les familles à subsister. L'achat d'une vache à crédit est un investissement productif à moyen terme et une recapitalisation des exploitations agricoles éprouvées par la sécheresse (Sahel) ou les bouleversements politiques (Albanie), mais il permet avant tout d'assurer la fourniture quotidienne de lait pour la famille.
Le micro-crédit peut avoir des effets plus complexes, voire même négatifs : ainsi, l'université de Hohenheim (Allemagne) a observé au Niger des situations où le micro-crédit permettait aux femmes d'augmenter leur activité mais réduisait leur disponibilité pour l'allaitement des enfants en bas âge. Leurs bébés étaient moins bien nourris que ceux des femmes n'ayant pas de crédit.
Sur le développement de la production, les effets du micro-crédit sont très nets : les études du CIRAD au Burkina-Faso (Projet de petit crédit rural) et en Albanie montrent que le micro-crédit permet de développer les activités économiques que les individus maîtrisent déjà : le crédit desserre les contraintes de trésorerie, permet d'augmenter les fonds de roulement, d'acheter la matière première, en gros, d'accroître l'activité.Par ailleurs, le micro-crédit favorise la diversification : à partir des premières expériences réussies, les emprunteurs s'enhardissent, innovent, explorent de nouveaux créneaux.
Sur le plan social, le micro-crédit, qu'il soit fondé sur des groupes solidaires ou des formes coopératives, peut être le catalyseur de l'organisation d'un groupe de femmes ou d'agriculteurs, conduire à l'apprentissage de la gestion, ou même, plus simplement, provoquer un désir d'alphabétisation. Quand il peut être développé dans la durée, il peut faire évoluer le statut de certains individus ou groupes (les plus pauvres, les jeunes, les femmes).
Cependant, le micro-crédit n'est pas un outil miracle de développement. D'abord parce qu'au-delà d'un seuil d'activité, il n'apporte plus de réponse au développement, en raison de son montant limité et de ses échéances à court terme inadaptées à des projets rentables à moyen terme. Ensuite, parce qu'il profite souvent davantage aux emprunteurs « riches » qu'aux emprunteurs les plus démunis, comme le montre une étude du Groupe de recherche et d'études technologiques (GRET ) en cours au Cambodge.
Enfin, parce que le micro-crédit n'est souvent qu'un outil parmi d'autres dans les stratégies des familles, si l'on en croit l'étude menée en 1994 par le CIRAD dans les zones sahéliennes : il semble concerner les ménages disposant d'une épargne moyenne et de main d'œuvre permettant de s'engager dans des stratégies de diversification économique. Les ménages aisés conservent des stratégies centrées sur leur épargne animale. Les ménages défavorisés ont recours au marché de l'emploi quand ils ont besoin de liquidités.
Sur le plan social, le micro-crédit peut avoir des effets complexes, donc difficiles à gérer : en permettant d'améliorer le statut individuel, il peut provoquer des changements dans des relations sociales et communautaires complexes et exacerber des conflits de pouvoir.
Au total, le micro-crédit est certes un outil essentiel pour le développement mais pas une panacée. En réalité, il n'est pleinement efficace que s'il peut s'appuyer sur d'autres formes de soutien au développement, notamment l'organisation des marchés, la mise en place d'infrastructures, l'aide technique aux producteurs.
Microfinances pour le développement - Diversité et enjeux des crédits alternatifsUne série de cas concrets de micro-crédit présentés par les responsables de projets, selon un modèle de fiche propre à la revue Passerelles éditée par la Fondation pour le progrès de l'homme.Microfinance pour les pauvres
Bulletin Passerelles n° 9, Réseaux d'Information Tiers Monde (RITIMO) / Fondation pour le Progrès de l'Homme(FPH), Paris, septembre 1996, 50 FFSous la direction de Hartmut SchneiderLes systèmes financiers pour le développement rural
Un livre de référence qui décrit et analyse de manière claire, précise, détaillée, parfois technique, des expériences variées de micro-crédit (CIDR au Mali, Grameen Bank au Bangladesh, Bancosol en Bolivie notamment), en s'interrogeant sur leur efficacité et leur viabilité.
Centre de développement de l'OCDE, Paris, 1997, 221 p., 95 FF.Edité en français et en anglais, le compte rendu d'un séminaire organisé au Laos fin 1995 présente de manière limpide les systèmes financiers et décentralisés et les problèmes de fonctionnement qu'ils rencontrent. Il présente également les systèmes de crédit rural du Vietnam, du Cambodge, du Laos et de Myanmar (ex. Birmanie).Le financement décentralisé. Pratiques et théories
GRET, CCL, TRAM, Éditions du GRET, France, avril 1996.Sous la direction de Dominique Gentil et Philippe HugonFinancer autrement
Des banquiers ambulants du Bénin aux avatars du modèle Grameen Bank en passant par le financement rural en Bolivie, ce numéro de la revue Tiers-Monde mêle avec beaucoup d'efficacité études de terrain et réflexion théorique sur le micro-crédit. C'est un ouvrage de référence sur le sujet.
Revue Tiers-Monde, n° 145, janvier mars 1996, Paris, Presses Universitaires de France.De Fernand VincentLes paysans peuvent-ils devenir banquiers ?
En deux volumes l'auteur présente avec un constant souci didactique et de nombreuses études de cas les différents outils de financement qui peuvent être utilisés pour le développement par les hommes et les femmes des pays du Sud.
IRED (Innovations et réseaux pour le développement), Genève, 1994.
Diffusion : IRED, 1 rue de Varembé, case postale 117, 1211 Genève 20, Suisse.De Dominique Gentil et Yves FournierSystèmes financiers ruraux
Ce qui fut l'un des premiers livres sur les systèmes financiers décentralisés reste d'actualité. Contrairement à ce que son titre semble indiquer, il ne se consacre pas seulement aux paysans. Il se limite, par contre, et c'est dommage, à l'Afrique. Les auteurs, spécialistes du crédit à l'IRAM, connaissent bien le continent noir et font un historique utile du crédit rural dans cette zone.
Éditions Syros, collection Ateliers du développement, Paris 1993, 271 p. 98 FF.Ce dossier publié en 1993 sur le micro-crédit présente des études de cas intéressantes. Notamment sur une banque paysanne au Nicaragua, le crédit solidaire en Guinée Conakry et le financement informel de la pêche au Mali.
Les Cahiers de la Recherche Développement n° 35, Édition CIRAD-SAR, Montpellier, 1993.
D’après « Microfinances pour le développement », revue Passerelles, FPH (Fondation pour le Progrés de l'Homme), Paris, septembre 1996 ; Institutionnalisation des mouvements de crédits mutuels, séminaire CICM, Crédit mutuel, Paris, 1997.Banquier ambulantPersonne qui se présente chez ses clients qui lui confient chaque jour la somme d'argent qu'ils désirent épargner, ceci pendant trente et un jours. Au bout de ces trente et un jours, ils lèvent la somme ainsi épargnée moins une journée de rémunération.Banque de développementBanque à capitaux publics ou venant d'institutions bilatérales ou multilatérales, mise en place dans beaucoup de pays du Sud au moment des indépendances et ayant pour vocation d'aider l'ensemble des projets de développement économique.Banque solidaireBanque dont le fonctionnement s'appuie sur une démarche utilisant le crédit solidaire, inspiré du fonctionnement de la Grameen Bank (voir Crédit solidaire et Grameen Bank)Caisse villageoise d'épargne et de crédit autogéré (CVECA)Banque dont se dotent les villageois pour sécuriser leur épargne et la faire fructifier en accordant les crédits à des individus ou à des groupes qui en sont membres. Les villageois fixent en commun l'ensemble des règles de gestion et de fonctionnement de leur caisse et élisent dans le village les gestionnaires de la caisse chargés de tenir les comptes. Un comité de crédit décide l'octroi des prêts, en assure le suivi et le recouvrement. Les ressources obtenues par l'activité de crédit de la caisse servent à financer des activités de développement du village.Coopérative d'épargne et de crédit (coopec)Association de personnes qui déposent leurs économies dans un fonds commun et qui empruntent à ce fonds selon les règles qu'elles se fixent. L'adhésion est matérialisée par le versement d'une part sociale qui permet d'être propriétaire de la coopec et d'élire un conseil d'administration qui définit les lignes d'action de la coopérative. Les coopec s'appellent aussi Banque populaire (Rwanda), Caisses populaires (Burkina-Faso, Cameroun), Mucodec (Congo), Credit Unions (Afrique anglophone).Crédit solidaireSystème de crédit dont la garantie est fondée sur la constitution de petits groupes de caution solidaire, garantie rendue efficace par la pression sociale qui s'y exerce.Grameen BankBanque privée fondée en 1983 au Bangladesh par le professeur Muhammad Yunus. Elle accorde de petits crédits aux plus démunis, en particulier aux paysans sans terre et aux femmes, crédits qui sont garantis par la constitution de petits groupes de bénéficiaires au sein desquels s'exerce une caution solidaire (voir Crédit solidaire).Ratios prudentielsCe sont les normes que doit respecter une banque. Elles s'expriment par un ratio, c'est-à-dire par un rapport entre deux éléments. Le ratio prudentiel de fonds propres, ou ratio de fonds propres, est le rapport entre le capital qui appartient en propre à la banque et ses créances. Le ratio de liquidité est le rapport entre l'argent liquide, ou liquidités, détenu par la banque et les exigibilités. Ce ratio a pour objectif de rendre les établissements aptes à faire face aux demandes de remboursement des déposants, cet objectif est atteint lorsque les liquidités sont égales aux exigibilités.RefinancementOpération par laquelle une banque emprunte à l'extérieur et redistribue le prêt localement. Les différences de taux d'intérêt entre le prêt initial et le prêt secondaire permettent à la banque de couvrir en partie ses charges de fonctionnement. Le produit net bancaire (PNB) est calculé sur la base de la différence entre les produits financiers (intérêts sur crédits, etc.) et les charges financières (intérêts versés à la clientèle sur les dépôts, à terme).SubventionsForme la plus courante d'aide pour le démarrage d'une opération de micro-crédit, la subvention peut prendre la forme d'une subvention d'exploitation poste par poste, d'une subvention d'équilibre sur un résultat déficitaire, d'une subvention d'investissement pour les charges d'équipement.TontineAssociation d'épargne dans laquelle les adhérents se réunissent régulièrement pour mettre en commun leurs cotisations et où chacun reçoit à tour de rôle la somme ainsi rassemblée.Yes YesNom donné au Togo au banquier ambulant car il se déplace sur les marchés en criant « Yes-Yes » pour signaler son arrivée à ses clients (voir aussi Banquier ambulant).