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LE MICRO-CREDIT
UN OUTIL POUR QUEL DEVELOPPEMENT ?

Dossier réalisé par Philippe Ortoli
Grain de Sel n° 6 - Juillet 1997

Sommaire détaillé

(partie 1/2) - (partie 2/2)

 
Mutuels ou solidaires, les systèmes de micro-crédits 
Deux systèmes se partagent une clientèle qui va des plus pauvres aux petits entrepreneurs : le système solidaire, qui a révolutionné le crédit et le système mutualiste, qui a retrouvé une seconde jeunesse dans les pays en développement. Entre les deux, un nouveau venu, les caisses villageoises autogérées.


La révolution de la Grameen Bank
Appelée familièrement «banque des pauvres», la Grameen Bank a été créée en 1983 au Bangladesh par un professeur d'économie étranger au milieu bancaire, Mohammad Yunus, après plusieurs années d'expérimentation.
Choqué par les ravages de la famine qui dévaste le pays, le professeur Yunus met au point en 1974, avec son argent personnel, un système de crédit totalement nouveau avec les paysans pauvres qui vivent autour de son université : le crédit solidaire. Les prêts l'équivalent de 250 FF (50 dollars) sont attribués à des individus appartenant à des groupes de cinq personnes qui doivent être solidaires des remboursements de chacun. Les échéances sont payées chaque semaine et les taux d'intérêt sont voisins de ceux des banques. Pour la première fois, les pauvres accèdent à un crédit qui n'est pas celui d'un usurier sans apporter de garantie matérielle. Une révolution. Le succès est immédiat avec des taux de remboursement de l'ordre de 100 %, qui sont désormais la marque de ce système de caution solidaire plébiscité par les femmes : elles représentent aujourd'hui 94 % de la clientèle de la Grameen Bank, pourcentage que l'on retrouve dans la plupart des banques solidaires, quel que soit le pays. Soutenu par la banque agricole de son pays, le professeur Yunus donne un cadre juridique à son expérience en créant en 1983 sa banque des villageois ou Grameen Bank (du bengali grameen, villageois) autorisée par la Banque centrale. « La réussite entraîna un afflux de capitaux d'origines diverses (FIDA, fondations américaines, fonds nordiques) et permit une extension très rapide », raconte Dominique Gentil, spécialiste des systèmes financiers décentralisés à l'Iram (Institut de recherches et d'applications des méthodes de développement). Il y a 58 000 clients dès la première année, 600 000 en 1989, plus de 2 millions en 1996. La «banque des pauvres», comme on l'appelle, est présente dans un village bengali sur deux et distribue près de 2 milliards de dollars de prêts. «Actuellement, la Grameen emprunte de plus en plus sur le marché monétaire à des taux d'intérêt commerciaux et dépend de moins en moins du financement étranger, ce qui semble indiquer une diminution de la dépendance à l'égard des financements octroyés par des organismes donateurs », affirme un économiste du Bangladesh, Syed M. Hashemi.

Traverser la ligne de pauvreté

A côté du crédit, l'activité de la banque comporte un volet social incarné dans une charte de « [6 décisions » mise au point au cours d'une rencontre nationale de femmes chefs de centre en [984, « Le crédit est au service d'un objectif social : permettre aux emprunteurs de traverser la ligne de pauvreté », explique Dominique Gentil.
Le modèle Grameen Bank a essaimé à travers le monde : on le trouve en Amérique latine (sans le volet vie quotidienne), en Afrique, en Asie, y compris dans les pays riches comme les États-Unis et la France pour les exclus de la croissance ou les victimes de la crise. L'objectif lancé par le Sommet du micro-crédit qui s'est tenu à Washington en février 1997 repose en partie sur le système solidaire : il s'agit de fournir un petit crédit à 100 millions de pauvres d'ici 2005, dix fois plus qu'aujourd'hui.

Le dogme mutualiste 
Epargnez : c'est le maître mot des mutuelles et leur objectif. Un véritable dogme. Elles ne distribuent pas de crédits avant plusieurs mois, voire plusieurs années d'épargne préalable. Une épargne conçue comme un apprentissage dans le maniement de l'argent, qui sert de caution matérielle au futur emprunteur et qui permet à la banque d'avoir à sa disposition des liquidités à un prix inférieur au marché financier. Les premières caisses de crédit mutuel ont été créées en 1864 en Allemagne (les caisses de crédit rural de Frédéric-Guillaume Raiffeisen) et au début du siècle au canada (Les caisses populaires Desjardins). Elles sont nées en réaction contre le capitalisme sauvage et l'industrialisation brutale de ces pays alors en développement. Objectif : soustraire les ouvriers et paysans aux usuriers en les faisant participer à la construction et la gestion d'une banque grâce à l'épargne de chacun. Le système mutuel repose sur un échange : les clients achètent des parts de la société et deviennent des « sociétaires », propriétaires de la banque qu'ils gèrent par le biais d'une assemblée générale qui élit des administrateurs.
Ces banques, qui ont le plus souvent un statut de coopérative (du latin : cooperator, associé), sont devenues grandes, comme le Crédit Mutuel, le Crédit coopératif ou le Crédit agricole en France. Le crédit agricole est même l'une des premières banques mondiales après avoir perdu au fil des ans son caractère social pour affirmer ses objectifs capitalistes. Mais le modèle mutualiste des origines a servi de référence dans les pays du Sud pour pallier la déconfiture des banques agricoles ou des banques de développement : des coopératives d'épargne et de crédit (en abrégé, coopec), également appelées banques populaires, y ont été mises en place, avec l'appui des mutuelles du Nord.

Les pionniers anglophones

En Afrique, le mouvement a démarré dans les années 50-60 dans les États anglophones, puis vingt ans plus tard dans les états francophones après l'échec des banques de développement ou des banques agricoles avec l'aide du crédit mutuel français (Congo, 1983 ; Côte d'Ivoire 1987 ; Guinée et Sénégal 1988) ou des caisses Desjardins (Togo 1969, Burkina 1972, Bénin 1984). Des crédits mutualistes existent aussi en Amérique latine et en Asie.
A priori, ces banques s'adressent plus aux classes moyennes qu'aux pauvres stricto sensu, en raison de l'épargne préalable qui est exigée. contrairement aux banques solidaires, les femmes sont peu présentes dans les coopec et le pouvoir des hommes y est déterminant.

L'autogestion des caisses villageoises 
En Afrique, des caisses villageoises d'épargne et de crédit autogérées (CVECA) ont été créées par une ONG française, le Centre International de Développement et de Recherche(CIDR), et fonctionnent sur un modèle mixte, mutuel et solidaire. Elles empruntent au système mutuel car c'est l'épargne collectée dans la circonscription de la caisse - le village - qui génère le crédit. Mais elles se réfèrent au système solidaire pour l'attribution du crédit et le type de caution : comme il s'agit de répondre aux besoins des populations villageoises les plus pauvres, l'octroi d'un crédit ne dépend pas de la constitution d'une épargne préalable ni son montant d'une épargne déjà constituée. La différence entre épargne collectée et crédit provient d'un refinancement bancaire. L'aide des bailleurs de fonds est destinée aux investissements tels ceux de la formation.
Ces caisses sont administrées par un comité de gestion bénévole et deux gestionnaires (caissiers et contrôleurs) désignés par le village. Le règlement intérieur est défini par l'assemblée générale du village. c'est l'autogestion.
Conçues comme une banque de développement à l'échelle du village, les caisses villageoises se définissent comme des « partenaires des banques en milieu rural enclavé et s'inscrivent avec elles dans une stratégie de codéveloppement », explique Renée Chao Beroff, responsable du département des systèmes financiers décentralisés au CIDR.
Ces caisses fonctionnent dans six pays d'Afrique, au Mali, Burkina-Faso, Gambie, Cameroun, Sâo Tomé et Madagascar depuis la fin des années quatre-vingt. Au Mali, les caisses villageoises du pays Dogon, les plus anciennes, sont parvenues à l'autonomie financière.
Ces Caisses villageoises autogérées doivent être distinguées des caisses de femmes créées par les coopec.
Les tontines
La tontine est une forme de crédit mutuel qui existe dans presque tous les pays avec des noms différents mais des pratiques identiques. Au Japon, exemple, c'est le Tanomoshi. Le mot français est dérivé du nom d'un baron italien qui l'a « inventé » au XVIII ème siècle, le baron Tonti. La tontine est une association de fait entre des personnes qui mettent en commun de l'argent, mais parfois des biens (animaux) ou des services (prestations de travail de paysans) pour en bénéficier à tour de rôle sous forme de prêts. Lorsque chacun a eu son tour, le cycle est achevé et soute. La durée du cycle dépend du nombre de membres. La tontine est un moyen de disposer d'un prêt sans passer par une banque grâce à une collective réalisée par les membres de groupes homogènes, femmes, artisans, ouvriers, commerçants, etc.
Les tontines représentent le type même de ce que l'on appelle le crédit informel, développé à l'écart de toute réglementation. Elles font partie du paysage économique africain où elles drainent une part importante de l'épargne populaire. Les tontines des minorités chinoises éparpillées aux quatre coins du monde sont réputées pour leur puissance. A Paris, c'est grâce aux tontines que des restaurants chinois ont vu le jour. Mais les tontines peuvent s'écrouler brutalement dans des faillites retentissantes comme celle qui a frappé les Chinois de Cho Lon au Vietnam.

Épargne avant crédit ou crédit avant épargne - Débat : crédit mutuel ou crédit solidaire ? 
Crédit mutuel contre crédit solidaire ? Derrière un antagonisme de façade, les deux systèmes doivent user de méthodes voisines pour atteindre l'équilibre financier et s'émanciper des bailleurs de fonds. Explication de trois opérateurs de micro-crédits.

Yann GAUTHIER (Mutuelles) « Nous avons pris ce qui est bon dans le crédit solidaire »

Yann Gauthier est directeur du Centre international du Crédit mutuel (CICM), organisme créé par le Crédit mutuel en 1979 pour apporter une assistante technique et financière aux pays en développement souhaitant créer leur propre réseau de coopératives et d'épargnes.

Grain de sel : Le crédit mutuel est-il contre le crédit solidaire ?
Yann Gauthier : Le crédit solidaire, ce n'est pas de la banque, c'est de la distribution de crédit sur la base de financements extérieurs. il n'est possible qu'avec l'aide des bailleurs de fonds. Les organismes de crédit solidaire marchent à cloche-pied. Il y a du crédit, mais il n'y a pas d'épargne. Ils en sont d'ailleurs conscients et sont de plus en plus nombreux à se mettre à l'épargne. C'est leur seul moyen de devenir autonomes, sans appui financier extérieur et de perdurer. Car le marché international des capitaux est de plus en plus cher. Ces organismes ne peuvent s'en sortir qu'en collectant l'épargne locale et en évoluant donc vers le mutualisme.

Mais le crédit mutuel s'est mis aussi à faire du crédit solidaire, non ?
La solidarité comme caution est vieille comme nos caisses, elle a cent trente ans. il y avait, à l'origine, une épargne préalable dont chacun profitait à tour de rôle en obtenant un crédit. Cela étant, depuis trois ou quatre ans, il faut reconnaître que nous utilisons ce qui est bon dans le crédit solidaire -à savoir la caution du groupe- pour élargir notre clientèle. Prenez une activité commerciale de vente de poisson séché au Sénégal, pratiquée par des femmes. Chaque femme a un fonds de roulement quotidien de 3 000 FCFA (30 FF). Il est évident que ce type de petit crédit n'est pas rentable pour une banque. Mais 150 femmes qui ont besoin de 2 millions de francs CFA, ça l'est davantage. on peut prêter à un groupe de ce type qui organise lui-même la redistribution aux taux qu'il choisit. A Thiès, nous avons ainsi une caisse de 5000 sociétaires avec 1 300 groupes féminins de 50 à 100 femmes par groupe. Ces femmes ne sont pas forcément sociétaires mais peuvent le devenir. Nous captons ainsi une clientèle potentielle.

Alors, si le crédit solidaire se met à faire de l'épargne et le crédit mutuel à faire du crédit solidaire, il y a convergence des deux systèmes ?
L'on ne converge pas l'un vers l'autre. C'est le crédit solidaire qui évolue vers le crédit mutuel que nous avons inventé. Les organismes de crédit solidaire pensaient que nous étions une vilaine banque qui prend de l'argent pour le prêter à un prix plus élevé. C'est amusant de voir qu'ils s'y mettent aussi.

Renée CHAO BÉROFF (Caisses villageoises) « L'avenir est au métissage» 
Renée Chao Béroff est responsable du département des systèmes financiers décentralisés du CIDR. Cette ONG a créé les caisses villageoises d'épargne et de crédits autogérées, système mixte qui ait appel aussi à la caution solidaire du groupe.

Grain de sel : Crédit solidaire et crédit mutuel sont-ils vraiment opposés ?
Renée Chao Béroff : Il n'y a pas antagonisme mais complémentarité. Les systèmes financiers décentralisés, qu'ils soient mutualistes ou de style Grameen Bank, ont des problématiques variées. Ils ne répondent pas à un mais à plusieurs besoins : crédit agricole (financer les intrants), crédit rural (logement, commerce), développement local. La lutte contre la pauvreté est l'une de leurs fonctions mais pas la seule. Chacun peut choisir un créneau et l'occuper. En réalité, le choix entre crédit mutuel ou crédit solidaire dépend du problème à résoudre. Le crédit solidaire répond plutôt à des situations de pauvreté, quand les gens sont incapables d'épargner, qu'ils soient agriculteurs ou chômeurs des villes.

Sur le terrain, pourtant, les deux systèmes se concurrencent ?
Les institutions peuvent se concurrencer, mais il y a une sorte de mixage des deux systèmes. Cette tendance a démarré en Asie. En Afrique de l'Ouest, on ne trouve plus de mutuelles pures et dures. La plupart ont ajouté à leur activité un volet crédit solidaire qui leur permet d'élargir leur clientèle, de retrouver le contact avec la base qu'elles ont perdu, tout en gérant au mieux leur excédent traditionnel de liquidités, comme Kafo au Mali, la Fececam au Bénin, la Caisse populaire du Burkina-Faso. C'est particulièrement rentable.
En Asie, 10 % du portefeuille de chaque banque doit aller aux plus pauvres. La distribution de ces crédits se fait souvent par l'intermédiaire de coopératives très anciennes, aussi importantes parfois que notre Crédit agricole, comme la Sanasa au Sri Lanka, vieille de cent ans, qui a un million de membres. Ce sont des garanties de type crédit solidaire qui sont demandées.

Le crédit solidaire ne se mutualise-t-il pas lui aussi ?
Oui, à l'inverse, les systèmes de crédits solidaires se mutualisent pour se pérenniser. Ils se rendent compte que l'aspect appropriation par les clients, la « gouvernance », est important. Ils mettent une forme de mutualisation en faisant entrer leurs clients dans le capital de la banque. C'est le cas de la Grameen Bank dont 90 % du capital est possédé par les femmes.
Ce métissage est, à mon avis, la bonne formule. Mais, en réalité, le vrai débat, c'est la pérennisation
des systèmes financiers décentralisés. Le crédit décentralisé coûte plus cher puisqu'il faut être sur le terrain et que les prêts sont modestes. Comment faire pour qu'il soit rentable ? Se limiter aux « pauvres économiquement actifs », ceux à qui il ne manque que le capital pour agir et écarter les indigents, ceux qui peuvent être coulés par un crédit et entraîner le système dans sa chute ? Faut-il multiplier le nombre de clients ?
C'est une solution à condition que le seuil de rentabilité soit atteint, autrement vous creusez le déficit avec chaque nouveau client. il faut donc des taux d'intérêts suffisamment élevés, entre 30 et 40 % par an.

Ce sont des taux très élevés ?
Ce qui est important, ce n'est pas le taux d'intérêt car les remboursements se font à la semaine et sur de petites sommes. Ce qui compte, c'est l'accès rapide au crédit pour permettre à l'emprunteur de saisir l'opportunité de réaliser un bénéfice. Des taux d'intérêt élevés sont la condition pour pouvoir offrir ce type de crédits sans être subventionné à vie par les bailleurs de fonds qui peuvent changer de politique sans crier gare.

Maria NOWAK (Crédit solidaire) « Les deux faces d'un même système » 
Maria Nowak, à la Caisse Française de Développement d'abord puis à la Banque mondiale aujourd'hui, a soutenu l'implantation en Afrique puis en Europe de l'Est du crédit solidaire. Elle a créé en France une association, l'Adie (Association pour le droit à l'initiative économique), fondée sur les mêmes principes.

Grain de sel : On reproche à la Grameen Bank de régenter la vie de ses membres.
Maria Nowak : il faut situer les choses dans leur contexte : au Bangladesh, les femmes sont les laissées-pour-compte du pays et sont écrasées par la religion. Elles n'ont pas de fonction économique, elles ne travaillent pas, comme c'est le cas en Afrique. Elles n'osent même pas lever les yeux vers leur interlocuteur. À travers le crédit et les prêts, la Grameen Bank essaye de créer un sentiment d'égalité : une femme qui fait le salut obligatoire ne s'agenouille pas. Elle ne baisse pas les yeux.
La Grameen Bank fait de l'action sociale. Les emprunteurs s'engagent à envoyer les enfants à l'école, construire des latrines, avoir un minimum d'hygiène, ne pas payer de dot. ce sont des règles de développement économique et social élémentaires. Tous les systèmes de crédit solidaire n'ont pas ce volet social, notamment en Amérique latine.

Crédit mutuel et crédit solidaire s'excluent-ils vraiment ?
Le père du crédit mutuel, l'allemand Raiffeisen, a démarré avec le crédit et non avec l'épargne. En réalité, un système de crédit solidaire permet d'amorcer le crédit qui permet un investissement qui peut déboucher sur une épargne. Cette distribution de crédit est parfois le seul moyen d'amorcer la pompe. En Afrique, dans les années quatre-vingt, je me suis battue sur ce thème avec le centre international du crédit mutuel qui avait une approche très rigide du crédit. A ses yeux, on ne devait faire crédit qu'à partir de l'épargne. il ne fallait pas d'apports extérieurs. La réalité est plus complexe. Dans certains pays d'Afrique, des cultures de vente comme le coton ont permis aux paysans de dégager une épargne, ce qui n'était pas le cas au Sahel où la sécheresse poussait au contraire les éleveurs à vendre leurs bêtes. En Albanie, on a mis en place, avec la Banque mondiale, des groupes de crédit solidaires dans les communautés villageoises, on a démarré avec le crédit sans épargne. Il n'y avait pas moyen de faire autrement. Les paysans avaient reçu des terres de l'État, mais n'avaient pas de quoi acheter des semences.
En réalité, les mutualistes se sont aperçus qu'il était parfois utile d'avoir une ligne de crédit pour amorcer le développement.

Cela veut dire que crédit mutuel et crédit solidaire ont besoin l'un de l'autre?
Oui, d'une certaine façon. Le crédit et l'épargne sont les deux faces d'un même système. Que l'on commence par l'un ou par l'autre, on aboutit toujours à l'intégration des deux. Aucun système n'est viable si l'on n’intègre pas les deux aspects.
L'antagonisme avec les mutuelles n'est pas si vif qu'on le dit. L'association que j'ai créé en France, l'Adie, a entamé un partenariat avec des Fédérations de crédit mutuel après cinq ans de fonctionnement sur nos fonds propres. C'est nous qui instruisons les prêts, ce sont les caisses de crédit mutuel qui les décaissent. La loi est respectée. On partage les risques ; la banque en assume 25 % .


Le Réseau des Institutions d'Epargne et de Crédit Autogérées en Afrique (Rieca), un réseau œcuménique

Des tontines, des Coopec, des caisses villageoises, le Rieca refuse l’ostracisme. Constitué en juillet 1996, il rassemble 15 organismes de micro-crédit appartenant aussi bien aux systèmes solidaires que mutualistes. Le Rieca « parie sur la richesse des emprunts réciproques de systèmes différents, opte clairement pour la pluralité et refuse l'harmonisation et la standardisation », selon ses organisateurs. Un premier atelier d'échanges d'expériences s'est déroulé au Mali. Le réseau est appuyé par le CIDR, Fides, GTZ, Intercoopération Suisse, KFW, Praoc (Aide française).


Expériences à la loupe (Burkina-Faso, Sénégal, Guinée, Tchad, Cameroun, Togo, Bénin, France, Chili) 
Du Bangladesh à l'Afrique, de l'Amérique latine à l'Europe, en une quinzaine d'années le micro-crédit s'est propagé à l'ensemble de la planète. Les femmes le plébiscitent et, dans bien des cas, en assurent le succès. Coup d'œil sur quelques expériences aux quatre coins du monde.

Au Burkina-Faso, Biba Boly : « Pourquoi le crédit solidaire marche avec les femmes»

Biba Boly est responsable de l'antenne régionale d'une banque solidaire au Burkina-Faso, soutenue par le Projet de Petit Crédit Rural (PPCR) avec le CIRAD et la Caisse Française de Développement.  Cette antenne gère 15 000 clients avec dix huit agents.

Je suis allée au Bangladesh en 1990 pour voir comment fonctionnait la Grameen Bank et faire la même chose chez nous. j'ai vu que le crédit marchait car les femmes profitent de la chance de ne pas retomber dans les mêmes souffrances qu'avant. Ces femmes sont voilées, enfermées. Pour elles, c'est une occasion de se rencontrer, de discuter, de faire remonter les problèmes. C'est ça qui fait le succès de ces crédits. Ici, au Burkina-Faso, c'est le même problème. Les femmes dans la société sont délaissées en quelque sorte : elles font toutes les activités car les hommes sont partis en exode. Les femmes ne vont jamais en exode. Elles luttent, font les travaux les plus durs pour nourrir la famille. La solidarité existe en Afrique. Il y a toujours des femmes qui se regroupent pour préparer un baptême, un mariage, qui font des tontines. Il y a de l'entraide. Compte tenu de notre organisation sociale, le crédit solidaire marche bien. Cela part toujours d'activités existantes que les femmes maîtrisent mais qu'elles ne peuvent pas faire par manque d'argent, comme de la transformation alimentaire (fabrication de la pâte d'arachide), l'ouverture d'un petit restaurant. Même les plus pauvres peuvent faire cela et avoir un crédit sans caution. Et d'ailleurs, avec un seul crédit, elles font plusieurs choses comme le maraîchage pendant la saison des pluies, la fabrication de boissons pendant la saison chaude, le dolo (bière de mil), des niébés, la vente de mangues.
Ce qui explique que notre crédit marche bien, c'est que nous avons une culture de proximité. Ce ne sont pas les gens qui viennent nous voir. C'est nous qui nous déplaçons, écoutons les femmes, donnons les montants, récupérons les remboursements ».

Au Sénégal, du crédit à la lecture
Le carcan du crédit reste impénétrable pour les petites vendeuses du jus de bissap ou de haricots cuits du Sénégal. Leur chiffre d'affaires journalier n'excède pas 500 à 1000 FCFA (5 à 10 FF). Cette somme sert en grande partie à assurer la dépense quotidienne et divers autres besoins (santé des enfants, fournitures scolaires, fonctionnement de l'activité). Les Comités Locaux d’Attribution du Crédit (CLAC) ont mis en place un système d'attribution qui amène cette catégorie à apprendre à lire et à écrire, à savoir calculer et, petit à petit, à acquérir les techniques qui lui permettront de s'intégrer dans le tissu économique du terroir. Les comités locaux d'attribution du crédit sont de petits regroupements de femmes de quartiers des zones urbaines ou leur taille peut entre 50 et 100 sociétaires doivent acquitter une part sociale, épargner, apprendre à lire et à écrire.
Contact : Bureau central de coordination des Clac (service d'appui aux organisations paysannes), BP 03, Koungheul, Sénégal.
Les banques spontanées de la Guinée forestière 
En Guinée forestière, des paysans font marcher des banques qui ne doivent rien aux tontines. Ghislain Brégeot y a mené une recherche pour chaire de sociologie rurale de l'Institut national agronomique Paris Grignon (INA PG) avec la Coopération française, le ministère guinéen de l'Agriculture, l'Association française des volontaires du progrès (AFVP).

Les « clubs » de paysans dans des villages africains qui fonctionnent comme des banques, récoltent de l'épargne, distribuent des crédits, investissent des capitaux, cela existe : un jeune chercheur français, Ghislain Brégeot les a rencontrés en Guinée forestière, près de la frontière libérienne, lors d'une recherche sur les organisations paysannes.
Ces mutuelles spontanées ont pris le nom très britannique de club sous l'influence du voisin libérien anglo-saxon qui les pratique dans les villes. Elles existent depuis une bonne dizaine d'années mais se distinguent des tontines : les prêts ne sont pas « tournants » et il n'est pas nécessaire d'attendre que le voisin ait remboursé le sien pour en demander un ; le club prête de l'argent à des non-membres mais le taux d'intérêt est un peu plus élevé. Enfin, les dépôts sont rémunérés par des intérêts distribués au bout d'une année, au moment où on « casse le club », autre différence avec les tontines dont la durée de vie dépend du nombre de membres. Les clubs investissent aussi dans des petites activités commerciales. Ils fonctionnent librement sans appui ni contrôle de l'administration.
Ces banques spontanées ont un grand succès dans cette zone de collines et de bas-fonds peu peuplée, occupée par une forêt dense où l'on produit depuis la nuit des temps du riz, de l'huile de palme et, depuis cinquante ans, du café, culture de vente qui procure les liquidités nécessaires et permet de dégager une petite épargne. Dans un village de 450 habitants, Ghislain Brégeot a compté pas moins de trois clubs de vingt personnes, tous paysans, hommes et femmes.
Les dépôts d'argent -les « bras »- et les prêts sont calqués sur la tenue des marchés, tous les mois ou chaque semaine. Les crédits sont peu élevés -moins de 10000 Francs guinéens (soit 50 FF)-, cinq fois moins en moyenne que les prêts des banques rurales ou des projets de développement.
Le fonctionnement du club est décrit dans des « cahiers » de manière détaillée avec un langage concret et familier : les taux d'intérêt ? : « Tu prends 1000 FG, tu rembourses 1200 ». Des « cahiers de caisse » précisent ce que chacun a versé. Des « policiers » « poursuivent » les retardataires ou les mauvais payeurs.
Comme toute banque qui investit, les clubs peuvent avoir de mauvaises surprises, comme cela s'est déjà produit à la suite de la chute des cours de l'huile de palme que personne n'avait prévue, faute d'informations sur la filière. Ces banques spontanées vivent en effet en autarcie et leur isolement est aggravé car « il n'y a pas de concertation entre clubs d'un même village qui sont concurrents », constate Ghislain Brégeot qui se demande « comment contribuer à résoudre les difficultés mises en évidence par les membres de ce type d'organisations autonomes sans les déposséder de leur initiative ? »

Les femmes de Kélo au Tchad : « avec du crédit on fabrique du savon » 
Laoukounda Madjierem, secrétaire général de la Fédération syndicale des travailleurs ruraux, BP 64, Kélo (Tandjilé), Tchad.

En campagne, il y a beaucoup de choses à faire avec la mobilisation de l'épargne locale. Les femmes et les hommes de Kélo (Tchad) regroupés au sein de leurs caisses mutuelles peuvent se procurer du petit matériel. Ils font des achats de céréales et stockent pour revendre aux moments difficiles. Les femmes fabriquent du savon à base de produits locaux, noix de karité, arachide et natron tchadien. Les femmes de Kélo ont créé une dizaine de caisses mutuelles dans le domaine de la commercialisation des produits de base. Les caisses mutuelles leur rendent d'énormes services par de petits crédits pour faire face aux effets de la dévaluation du franc CFA.

Les freins à l'épargne : gaspillage et thésaurisation 
Épargner emprunter nécessite un apprentissage. Témoignage d'un animateur d'une caisse villageoise autogérée du Cameroun qui décrit les deux freins à l'épargne : le gaspillage qui mène à l'usure, et l'ignorance à la thésaurisation. Yoboh Ndongoh  Martin François, Animateur du projet Crédit rural décentralisé, Nanga Eboko, Cameroun.

Quoique ayant adhéré, plus de la moitié des adhérents par-ci, les trois quarts par là, gardent leurs livrets vierges, n'effectuent aucun dépôt malgré les trois produits d'épargne qu'offrent les caisses villageoises. « Nous allons épargner quoi ? Il n'y a pas d'argent, on a beaucoup de problèmes », nous rétorque-t-on souvent. Est-ce la vraie raison ? Logiquement non. Pendant les enquêtes préliminaires, la capacité mensuelle d'épargne par individu dans ce département oscillait entre 300 et 1000 FCFA (3 à 10 FF). L'une des véritables raisons de cette réticence à épargner, c'est l'habitude. En effet pendant longtemps les paysans ont thésaurisé, certains préférant creuser des trous dans leurs maisons pour enfouir leurs économies. L'autre raison c'est qu'en période « d'abondance », pendant la campagne cacaoyère et caféière, les gens s'adonnent à des dépenses folles, oubliant le lendemain, pour solliciter ensuite l'aide des « gardes monnaie » à des taux d'intérêt impensables (10 à 20 % par mois). Or, dans les caisses villageoises, le taux d'intérêt le plus élevé est de 48 % l'an, soit 4 % le mois. En fin de compte, les paysans vous disent : « je suis d'abord endetté, vous voulez que j'épargne en plus mais avec quoi ? ».
 Demander le crédit : tout le monde dans le village en a besoin, même s'il n'est pas adhérent. Un règlement intérieur a été élaboré par les adhérents mais les articles concernant le crédit sont les moins respectés. Chaque demandeur aimerait voir changer (en sa faveur) les conditions d'accès au crédit quand il en a besoin. Mais parfois ces conditions sont tellement dures qu'elles constituent des blocages avec pour conséquences qu'il y a parfois dans les caisses des ressources non utilisées.
L'autre problème est que les dirigeants des caisses ont tendance à privilégier les relations sociales, au détriment de la professionnalisation du monde rural, comme entend le faire le CIDR : former de véritables banquiers paysans. En définitive, ça ne marche pas encore comme souhaitée dans le Haute Sanaga mais plus les jours passent, plus les populations prennent conscience de la nécessité d'un outil financier de proximité dont la gestion soit transparente et efficace.

Succès sous condition de crédits sans caution 
Le soutien pédagogique et sanitaire des familles vaut bien une caution. Une ONG française le démontre au Togo et au Bénin, l’association Echoppe (Echange pour l'organisation et la promotion des petites entreprises, 6 rue Saint Laud, 49100 Angers, France.)

Petits commerces de rue ou restauration ambulantes : elles sont trois mille à s'être lancées dans ces petits boulots dans les rues de Lomé (Togo) et de Cotonou (Bénin) grâce à des micro-crédits représentant l'équivalent de 100 FF à 200 FF fournis par une ONG française, Échoppe.
Bien qu'il n'y ait à l'appui de ces prêts ni caution matérielle ni caution d'un groupe de personnes, le taux de remboursement frise les 98 %. « Notre garantie c'est le suivi social des femmes qui font ces emprunts », assure le responsable d'Échoppe, Olivier Houville. Dans l'équipe qui attribue les crédits se trouve en effet une assistante sociale chargée de « régler tout ce qui peut faire échouer le remboursement ». Cela va de l'éducation sanitaire de base pour éviter les maladies des enfants ou de la mère de famille à la formation au planning familial.
Ce suivi social coûte cher, ce qui explique qu'il soit rarement pratiqué dans d'autres projets. Les taux d'intérêt de 18 %, légèrement inférieurs aux taux pratiqués par les banques, ne parviennent pas à payer les charges salariales de l'assistante sociale dont la présence conditionne le bon remboursement des prêts, ces charges doivent être couvertes par les subventions, fait remarquer, le CFSI (Comité français pour la solidarité internationale), l'un des bailleurs de fonds, qui affirme : « sans assistance sociale, c'est l'échec assuré ».
En l'absence de subventions (450 000 FF sur un budget de 900 000 FF, les taux d'intérêts devraient atteindre 22 % et l'équipe de crédit devrait gérer cent dossiers supplémentaires (600 au lieu de 500) pour atteindre l'équilibre financier. Mais l'augmentation de la productivité du travail diminuerait inévitablement la qualité du suivi et donc les taux de remboursement, reconnaît Échoppe.
Les femmes de Cotonou et de Lomé arrivent à dégager une petite épargne de leur activité, de 5000 FCFA en moyenne la première année à 15 000 FCFA la deuxième année (50 à 150 FF). Cela a permis à trois cents d'entre elles de créer leur propre coopérative d'épargne et de crédit après trois à quatre ans de prêts successifs, consécration suprême, cette mutuelle a adhéré à la Fucec (Fédération des caisses d'épargne et de crédit) du Togo.

Crédit aux pauvres dans les pays riches 
Aux Etats-Unis comme en Europe les exclus des pays riches se mettent au crédit solidaire. Exemple en France avec l’ Association pour le développement de l'initiative individuelle (Adie).

« Je suis resté plusieurs mois avec pour seule ressource le revenu minimum d'insertion. Aucune banque ne vous prête de l'argent dans ces conditions », raconte Didier, un homme de 36 ans qui a pu se lancer dans l'importation d'objets brésiliens grâce à un prêt de 20 000 FF de l'Adie. Créée il y a cinq ans par Maria Nowak (Madame crédit solidaire » en France), cette association privée soutenue par une multitude de bailleurs de fonds a fait des prêts de ce type à 1 500 chômeurs ou RMIstes avec des taux d'impayés qui ne dépassent pas dix pour cent. C'est du crédit solidaire sans la caution d'un groupe car « les gens sont trop isolés et il est difficile d'en trouver cinq qui se connaissent suffisamment dans la même ville ». Le système a donc été aménagé avec une caution de l'entourage familial sur la moitié du prêt et un « suivi très proche des dossiers ». Ce sont dans les services aux particuliers (coiffure, repassage à domicile, nettoyage de vitres) et aux entreprises (maintenance, livraison) que se recrutent ces entrepreneurs d'un type nouveau dont certains sont analphabètes. « L'esprit d'entreprise est la chose du monde la mieux partagée », affirme Maria Nowak.. « Il n'est pas vrai que seul le salariat puisse sauver le monde ».

L’ONG chilienne Contigo (Avec toi) : « Nous faisons des études de marché pour les entrepreneurs pauvres » 
Créée il y a huit ans, cette ONG offre crédits et soutien logistique aux candidats à la micro-entreprise des quartiers pauvres de Santiago. Entretien avec l'une des responsables de l'ONG chilienne, Véronique Van Simaeys. Propos recueillis par Jean-Pierre Prod'homme, membre du bureau de l'Inter-Réseaux, directeur de la chaire de sociologie rurale de l'Institut national agronomique de Paris-Grignon.

Grain de Sel : Que fait Contigo pour aider les pauvres à créer une micro-entreprise ?
Véronique Van Simaeys : Nous avons créé cette association en 1989 à la suite d'une recherche collective pour trouver des solutions à la pauvreté. L'idée était de soutenir l'esprit d'entreprise et de débrouillardise d'une frange de la population engagée dans le secteur de l'économie informelle alors que les banques traditionnelles refusaient de prendre ce type de risques. Il y avait dès le départ la volonté de permettre la création d'emplois, bien sûr, mais aussi l'idée de croissance et de durabilité. c'est la raison pour laquelle nous avons choisi d'apporter un service de conseil à côté du service de crédit. Et nous réalisons effectivement des études de diagnostic et d'impact pour aider ceux qui s'installent ou ceux dont l'entreprise se développe.

Comment se recrutent ces micro-entrepreneurs ?
Nous avons quatre « centres d'attention » dans la dizaine de communes du sud de l'agglomération de Santiago, des communes où vivent en forte concentration des pauvres et des indigents. c'est à ce niveau que le contact s'établit. En huit ans, plus de 4 000 micro-entrepreneurs ont fait appel à nous dont la moitié pour des activités de type informel. Il y a également des petites entreprises commerciales (épiceries), artisanales (habillement) et même agricoles (production de fruits ou légumes). Il est possible de démarrer une micro-entreprise avec un crédit représentant l'équivalent de 2 500 FF, ce qui permet la création d'au moins un emploi. La moyenne des prêts que nous accordons est de 4 000 FF. Il y a d'autres organismes de ce genre à Santiago et dans le reste du pays où la pauvreté est parfois plus grande que dans la capitale. Nous avons constitué avec une quinzaine d'entre eux un réseau appelé Redesol (Réseau de développement solidaire) qui se réunit tous les deux mois et aura bientôt un statut juridique.

Les bénéficiaires participent-ils au fonctionnement de Contigo ?
Non, ils ne participent pas au conseil d'administration, dans lequel il y a surtout des entrepreneurs chiliens. La participation aux séances du conseil aurait peu d'intérêt pour eux. Par contre, lorsqu'ils demandent un prêt, ils sont amenés à défendre leur projet.

A quels taux faites-vous ces prêts ? Vous permettent-ils l'équilibre financier ?
Les taux sont de 2,5 % par mois, soit 30 % par an. c'est le taux légal, le même que celui pratiqué par les banques qui ne font pas ce genre de prêts. Les usuriers prêtent à des taux de 8 à 10 % mois. Cela dit, nous n'avons pas atteint le seuil de rentabilité opérationnelle permettant que les intérêts couvrent l'ensemble des charges de fonctionnement y compris les salaires de nos 35 permanents. C'est notre objectif.
Au départ, nous avons reçu des financements européens et l'aide de coopérants. Actuellement, le financement provient de la Banque interaméricaine de développement, de l'Agence de coopération internationale du chili et des entreprises chiliennes.
L'appui financier d'institutions ou de particuliers chiliens devient de plus en plus nécessaire car nous devons faire face à des demandes de prêts qui s'accroissent d'année en année. En 1997, nous n'avons pu répondre qu'à la moitié d'entre eux.

Copyright Inter- Réseaux 1999

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