Grain de Sel n°20 - Avril 2002
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DOSSIER

Vulgarisation et développement agricole : l'expérience française.

L'histoire de l'organisation du monde agricole français illustre l'importance du dialogue entre paysans et pouvoirs publics dans la construction des services à l'agriculture.

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Des agriculteurs se prennent en charge

Après les syndicats " boutiques ", vendant de l'engrais, est apparu au début du XXe siècle le système de vulgarisation du progrès agricole organisé par la puissance publique : il restait cependant basé sur des rapports de type " maître-élève ". Après 1944, des Centres d'études techniques agricoles (Ceta) émergent, sur l'initiative d'agriculteurs vivant déjà une certaine solidarité à l'intérieur du groupe et avec leur milieu et souhaitant progresser et expérimenter des solutions nouvelles. Cette dynamique permit une formidable accélération de la vulgarisation en s'appuyant sur l'intérêt du groupe comme outil privilégié et moyen que se donnent les agriculteurs pour participer eux-mêmes à leur propre vulgarisation.

Des financements appropriés relayent l'initiative paysanne

Un décret de 1959 organise la vulgarisation du progrès technique agricole et signe le développement des GVA (Groupements de vulgarisation agricole) regroupant une centaine d'adhérents. Les fédérations de Ceta et de GVA favorisèrent la démultiplication du travail en groupe et les échanges entre régions différentes. Le financement des groupes étant assuré par les cotisations des adhérents, on laissait de côté toute une catégorie d'agriculteurs ne pouvant cotiser. Ainsi, le décret mit aussi en place des taxes parafiscales qui alimentaient le processus de financement des actions de conseil et de vulgarisation. Les Instituts techniques spécialisés par produit alors créés formèrent le maillon indispensable de la recherche appliquée.

Le rôle primordial des chambres d'agriculture

Ce puzzle construit à partir de l'initiative paysanne en concertation avec les pouvoirs publics est complété par les chambres d'agriculture qui se sont aussi investies dans le conseil agricole en mettant des conseillers à la disposition des groupes. Un décret de 1966 finalise les réformes amorcées en 1959 et placent les chambres d'agriculture au cœur du dispositif en créant en leur sein des Service d'utilité agricole de développement (Suad). Les Suad assuraient la complémentarité entre les fonctions permanentes d'animation, de formation et d'appui aux agriculteurs, et les représentants élus des groupes d'agriculteurs. Les chambres, par le biais de l'impôt foncier, complétèrent le dispositif de financement.

Le financement du développement agricole ne tombe pas du ciel. Il est le fruit de la solidarité nationale à travers le budget de la nation et le résultat d'une solidarité bien comprise au sein du secteur agricole. En France, les céréaliers, via les taxes parafiscales sur les céréales commercialisées, ont financé pendant plus de vingt ans près de 80% du développement agricole, permettant ainsi, par solidarité, le développement des éleveurs qui payaient alors moins de taxes parafiscales.

D'après Jacques Pinon,
ancien directeur de la Fédération nationale
des Centres d'études techniques agricoles.

Pour en savoir plus, lire Campagnes en mouvement : un siècle d'organisations paysannes en France, Médard Lebot et Denis Pesche, Éditions Charles Léopold Meyer, Dossier pour un débat n°88, 1998.

 

 

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