DOSSIER
" Défendre l'agriculture avec des chiffres et pas seulement avec des larmes "
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Jusqu'en 1950, seules quelques grandes fermes du bassin parisien, soucieuses de rentabiliser leurs investissements en matériel, tenaient une comptabilité. L'idée se répand petit à petit et d'autres agriculteurs expérimentent des outils pour mieux maîtriser leur exploitation. Ces initiatives étaient soutenues par des professeurs d'économie rurale cherchant à appliquer les résultats de leurs recherches. Les pionniers du conseil de gestion lui donnaient une dimension technique et syndicale : " il fallait se demander si les techniques qui se développaient dans les exploitations étaient rentables, il était temps de défendre l'agriculture avec des chiffres et pas seulement avec des larmes ". Les premiers centres de gestion ont tout de suite été des structures indépendantes, de type associatif, même si leur création était souvent le fait de responsables agricoles ou de fonctionnaires. En 1956, on compte 24 centres de gestion : ils seront 93 en 1971. Les responsables syndicaux ayant bien compris l'intérêt qu'ils pouvaient retirer de ce service rendu à leurs membres, de nombreux centres de gestion ont une histoire très liée au syndicalisme agricole, Pour dynamique qu'il soit, ce mouvement reste très marginal et touche en 1971 moins de 2% des agriculteurs français. Au début des années 70, des mesures fiscales pour l'agriculture et l'obtention d'aides (prêts bonifiés) obligent alors une bonne partie des agriculteurs à tenir une comptabilité : ceci conduit de nombreux exploitants vers les centres de gestion mais en détourne l'esprit originel. Les crises successives que connaît l'agriculture française depuis les années 80 obligent les centres de gestion à s'orienter vers des services d'accompagnement de projets des exploitants.. En parallèle, la diversité syndicale grandissante suscite d'autres initiatives. Aujourd'hui, le conseil de gestion ressemble souvent à un conseil d'entreprise (fiscalité, choix stratégiques). Si les centres de gestions se félicitent de leur autonomie financière, il faut aussi rappeler que leur développement a été permis dans un contexte de politique agricole où les revenus des agriculteurs, pour ceux qui ont pu survivre, se sont toujours maintenus. Enfin, le syndicalisme, les chambres d'agriculture, des cabinets privés et des associations autonomes d'agriculteurs offrent aussi des services de gestion aux producteurs.
Pour en savoir plus : Anne Legile, Histoire de la gestion en France, document de travail de l'Inter-Réseaux, 1998.
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