SUR LE TERRAIN
Les migrants : une chance pour les campagnes
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Avec la crise économique, les campagnes africaines voient affluer les migrants. André Kamga* relève quelques innovations dues aux migrants de l'Ouest-Cameroun, en matière de développement local.
La crise économique des années 80 au Cameroun a fortement accéléré le processus de migration de retour qui a connu une importante évolution dans la période 1990-2000 et se poursuit toujours actuellement. Ce qui ne se fait pas sans difficultés en raison de la forte pression foncière qu'elle entraîne. Une récente étude sur les versants méridionaux et orientaux des monts Bamboutos nous révèle que les migrants de retour sont en majorité des hommes, qui reviennent au village avec toute leur famille en raison de la rareté du travail, et seulement 5% sont des femmes chefs de famille.
Selon cette enquête, sur un échantillon de 110 migrants on dénombrait 54% de tâcherons, 25% de déscolarisés, 14% de commerçants, dont une partie avaient fait faillite à cause de la crise, 5% de fonctionnaires et d'anciens agents de l'État ayant perdus leur emploi et enfin 2% de retraités. Avant leur retour au village, la majorité était des tâcherons -maçons, charpentiers, électriciens, plombiers, chauffeurs - travaillant dans la construction. Leur nombre s'explique par l'arrêt des grands chantiers pour cause de crise économique et le ralentissement des constructions de particuliers, dû à la hausse des prix du matériel, après la dévaluation du FCFA en 1994.
Pour subsister, même au village, la grande majorité des migrants (88%) s'est lancée dans l'agriculture commerciale dont le maraîchage constitue l'activité principale. L'élevage attire peu, compte tenu de l'investissement de départ et des risques encourus, s'agissant notamment de l'élevage porcin. En revanche aucun migrant ne plante de caféier car " le café ne paie plus alors que les revenus du maraîchage sont à brève échéance ".
D'autres se sont tournés vers l'exploitation de palmiers raphia pour en extraire du vin, mais plutôt à titre d'activité secondaire. Un migrant en a cependant fait sa principale source de revenu. Il achète le raphia à maturité dans différents champs et en commercialise le vin qui lui vaut de confortables rentrées d'argent car ce produit est très prisé.
Modernisation de certains villages
Au-delà du repeuplement quantitatif des campagnes, le retour des migrants, jeunes pour la plupart, crée de graves conflits fonciers compte tenu de la rareté des terres cultivables. Toutefois, certains aspects positifs méritent d'être mis en évidence. Sur le plan agricole, on y note une intensification de l'agriculture sur de petites superficies. De plus, ces migrants, bénéficiant généralement d'un niveau d'éducation moyen, sont des innovateurs dans leur zone, utilisant par exemple de la documentation pour faire des essais sur leurs parcelles sans attendre l'éventuel appui d'un agent agricole. On a ainsi assisté à l'amélioration de certaines techniques d'irrigation des cultures maraîchères.
Sur le plan du développement local, la qualification professionnelle de la plupart de ces migrants est un atout pour la population rurale. Désormais, pour réaliser une construction on n'est plus obligé d'attendre l'unique maçon du village comme par le passé. De même, on n'est plus tenu d'aller en ville chercher un électricien pour la moindre panne. Ainsi, ceux des migrants qui ne peuvent faire plusieurs cycles de maraîchage par an, parce qu'ils n'ont pas accès à l'eau toute l'année, exercent leur ancien métier de maçon ou de charpentier pendant la saison sèche. Du coup, cette saison est devenue la période pendant laquelle le plus de nouvelles maisons en brique sortent de terre. Finalement, la campagne se rajeunit dans cette province de l'Ouest-Cameroun depuis la crise économique, et l'agriculture y prend un nouvel élan grâce au retour des jeunes à la terre. Pourvu que cela dure.
André Kamga
Email: andrekamga@yahoo.fr* Chargé de cours à la faculté d'agronomie et des sciences agricoles de l'université de Dschang, Cameroun et membre de l'Inter-Réseaux.
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