INTER-RESEAUX
Débat sur les filières coton
Suite des réactions au débattélécharger le fichier texte (format RTF)
Quatre articles :
Un point de vue du syndicalistes maliens, par Dominique de la Croix
A propos des filières agricoles, par Issifou Tchan
Vie ou mort des organisations de base, par Mamane Ali
L'augmentation du prix d'achat au producteur n'est pas de nature à sécuriser la filière, par Mamadou S. Coulibaly
Un point de vue du syndicalistes maliens, compte-rendu par Dominique de la Croix
La question de Grain de sel intitulée " Quels défis pour les OP des filières agricoles ? ", a donné lieu à Bamako, à une discussion entre responsables (1) du Syndicat des producteurs de coton et de vivriers (SYCOV) et du SYPAMO. Organisée par l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture, cette rencontre s'est tenue en mai dernier peu après les " Etats généraux du coton " et avant les accords (intervenus depuis) sur la restructuration de la CMDT (2)
Des réserves ont été émises par certains participants sur la relation qu'a faite par Grain de sel à propos de la création des Associations villageoises (AV) en zone Mali-Sud. De leur point de vue, s'il est bien vrai que la " quête d'autonomie " des OP représente aujourd'hui un objectif clair, la création des premières AV en 1974/1975 a été le fait de la CMDT qui cherchait à faciliter par ce biais, la distribution des intrants et du crédit. Ainsi, la constitution des AV aurait eu davantage pour mobile l'amélioration du fonctionnement de la CMDT que la défense des intérêts des producteurs.
Sur la question de
l'endettement qui met aujourd'hui les AV en péril, les réactions sont
particulièrement vives. Pour les représentants du SYCOV, le problème du crédit
n'incombe pas seulement aux AV, mais à l'ensemble des partenaires : producteurs,
CMDT, BNDA (Banque nationale de développement agri-cole). En réalité, ce phénomène
de surendettement n'est pas très ancien puisqu'il s'est produit entre 1996
et 1998, à un moment où les critères d'octroi n'étaient plus respectés. Mais
on peut en trouver la cause principale dans le changement du système d'octroi
et de récupération du crédit.
Autrefois, la charge
de récupération du crédit (octroyé sur la base d'un montant ne dépassant pas
le tiers des revenus du coton) incombait aux secrétaires d'AV, ceux-ci reversant
les sommes collectées à la CMDT ou à la BNDA. Avec la mise en place du principe
de " retenue à la source ", le système s'est détérioré. Du fait que les créances
intrants sont automatiquement déduites de la paie du coton, il n'y a plus
de réelle incitation à respecter les critères d'octroi. Placé dorénavant sous
la responsabilité de la BNDA et de la CMDT, le contrôle, autrefois pratiqué
par les responsables AV ou ZAER, ne s'exerce plus et conduit à la suppression
des garde-fous qui assuraient la sécurisation du crédit.
Cependant, il ne
s'agit pas de sous-estimer la responsabilité des équipes AV. La preuve en
est qu'il existe toujours des AV " sans problèmes ", où les responsables appliquent
rigoureusement les critères d'octroi de crédit. Pour assainir la situation
des " mauvaises AV ", les représentants du SYCOV proposent que les demandes
de crédit fassent dorénavant l'objet d'un avis préalable de la part des centres
de gestion, afin de déterminer les limites d'endettement possible (ce qui
suppose que les AV soient adhérentes à des centres de gestion, or un tiers
seulement le sont.)
Quoi qu'il en soit,
la crise que traversent actuellement ces organisations de base ne devrait
pas conduire à remettre en cause, comme certains le préconisent actuellement,
le principe même des AV. D'ailleurs, lors de la réunion organisée par la CMDT
en vue de la création d'associations de producteurs de coton, le SYCOV avait
tenu à affirmer que tous les systèmes (AV, APC …) étaient bons à partir du
moment où le respect des règles était préservé et où chacun des partenaires
(OP, société cotonnière, banque, fournisseurs) exerçait son rôle de manière
indépendante.
A propos de la création de structures faîtières, le rôle de l'Etat a été mis en avant. En Côte d'Ivoire, l'Etat a favorisé la création de l'URECOCI et l'a fait reconnaître alors que tel n'a pas été le cas au Mali pour le SYCOV. Les participants ont par ailleurs estimé que le Mali s'est engagé dans un faux débat avec la question de savoir si un syndicat (comme le SYCOV) peut être aussi une organisation de producteurs. En Côte d'Ivoire, l'URECOCI est à la fois l'un et l'autre. Selon eux, le SYCOV exerce aussi un rôle d'organisation de producteurs (information des membres, contrôles aux ponts-bascules, participation au dépouillement des appels d'offres intrants, etc.). Malgré ses divisions actuelles et l'absence d'appui de l'Etat, le SYCOV a, en 10 ans, largement fait ses preuves et l'existence de dissensions internes ne doit pas conduire à le remettre en cause. Pour la construction de faîtières, la création d'une organisation regroupant le SYCOV n'est cependant pas exclue, avec, par exemple, les unions régionales des caisses de crédit (KAFO JIGINEW) ainsi que celles des centres de gestion et des exploitants motorisés.
Le rôle des responsables d'OP dans l'organisation et la gestion de la filière coton est plus que jamais revendiqué ; en particulier s'agissant du principe d'une prise de participation des OP au capital de la CMDT et à condition que le fait d'être actionnaire garantisse la possibilité d'influer réellement sur la gestion de la filière. Les participants à la discussion estiment par ailleurs indispensable que les services rendus par leurs organisations soient rémunérés. Tel est déjà le cas en Côte d'Ivoire où l'URECOCI touche 5F/kg de coton graine commercialisé alors qu'au Mali, la demande de rémunération de 2F/kg présentée par le SYCOV n'a pas été acceptée par la CMDT.
En conclusion de ce petit débat, les responsables syndicaux cotonniers ne sont pas pessimistes. Tout en reconnaissant la gravité des problèmes actuels et la part de responsabilité des OP, ils refusent la remise en cause des AV et continuent de croire en leurs syndicats qu'il s'agit de conforter et non de fragiliser ou de condamner, sous prétexte de leurs dissensions internes. Selon eux, les diverses tendances SYCOV- SYPAMO sont unanimes à reconnaître l'importance de la participation des OP à la gestion de la société cotonnière et à se positionner en faveur d'une société unique (non démantelée), mais assainie et réorganisée pour éliminer tout risque de détournement et de malversation. Ils assurent que le SYCOV et les OP du Mali sont prêts à relever le défi de la pérennité de la filière cotonnière, dès lors qu'ils seront réellement en position d'agir en partenaires aptes à mesurer les enjeux et à exercer leur part de responsabilité, en disposant des ressources nécessaires pour couvrir leurs charges et financer les appuis techniques dont ils ont besoin.
|
L'avis du rédacteur Ayant été présent au Mali au moment de la création des premières AV, Dominique de la Croix, rédacteur de ce compte-rendu, estime que si la CMDT a bien été le véritable concepteur de cette institution pour faciliter les opérations de commercialisation du coton-graine et de mise en place des intrants, il y avait aussi de la part de certains agents de vulgarisation de la société, un réel souci de promouvoir l'organisation des agriculteurs. En ce qui concerne la crise du crédit, le système de " retenue à la source " peut effectivement apparaître comme déresponsabilisant pour les AV, mais il est difficile de le tenir pour seul responsable des dérives constatées. En effet, comme l'indiquent les représentants syndicaux eux-mêmes, le phénomène de surendettement des AV n'est apparu que dans les années 1996/1998, alors que la retenue à la source est en vigueur depuis 1981, date de création de la BNDA…Par ailleurs, à côté des AV surrendettées, il y a des AV " sans problèmes ".
|
(1) Mamadou Dabo (SYPAMO-KITA),
Gaoussou Sanogo, Yacouba Doumbia et Anfa Coulibaly (SYCOV), Abdramane Bouare
et Abdoulaye Keita (APCAM- Chambre d'agriculture)
(2) CMDT : Compagnie
malienne pour le développement des fibres textiles
A propos des filières agricoles, par Issifou Tchan
Pour ce qui concerne en particulier mon pays le Bénin, le premier défis à relever c'est de procéder à une évaluation de tous les systèmes : Organisation, gestion, activités à transférer aux OP et privatisation sauvage des sociétés et services intervenant dans ce domaine. Tout ceci doit se réaliser en faisant d'abord l'historique des OP depuis leur création jusqu'à ce jour, en diagnostiquant, pour chaque période, les maux et mécanismes qui ont bloqué le bon développement et le bon fonctionnement de la filière cotonnière.
Ceci est valable pour tous les pays africains. Il y a un adage qui dit : " Si on ne connaît pas là où on va, on sait d'où on vient. " Voilà pourquoi je souhaiterais que tous les acteurs et bailleurs de fonds qui interviennent dans ce domaine, organisent des forums pour diagnostiquer tout ce qui mine cette filière et son organisation.
Avec l'expérience que j'ai en tant que conseiller en gestion et consultant auprès de ces OP, je peux vous citer quelques méthodes ou manières de gérer la filière cotonnière qui est bloquée dans son développement : le contenu du programme de leur mission a évolué et est dépassé. Dans ce cas précis je cite deux exemples
1. Le cas de la caution solidaire.
2. Le problème du bénévolat des responsables d'OP
Le premier cas entraîne des mécontentements parmi les membres puisque ce sont les meilleurs et les plus conscients des producteurs qui remboursent les dettes des mauvais et inconscients. Quant au deuxième cas, il favorise des détournements de la part de certains responsables d'OP.
Il y a également le fait que les autres crédits d'intrant sont exprimés sur la filière cotonnière. Une clarification est donc nécessaire pour une spécialisation bien précise des filières, afin éviter l'endettement de ces OP. En outre, il faut amener les paysans à choisir une seule filière de manière à éviter la concurrence au niveau des superficies à emblaver et les aider à organiser d'autres filières comme le maïs, le manioc, etc.
Par ailleurs, on devrait :
- interdire aux producteurs la vente illicite des intrants ;
- accorder des crédits agricoles aux producteurs qui ne font pas le coton ;
- aider les producteurs à dresser les comptes d'exploitation de leur filière à la fin de chaque campagne, pour leur permettre de savoir quelle filière choisir en terme de rentabilité.
En conclusion, avant qu'une activité ne soit transférée ou libéralisée, il faut d'abord s'assurer de la compétence de ceux qui doivent la prendre en compte, sachant qu'il ne sert à rien de privatiser si toutes les conditions ne sont pas réunies.
Issifou TCHAN - BP 185 - Parakou, Bénin
Vie ou mort des organisations de base, par Mamane Ali
J'ai reçu le Grain de sel 17 et j'en suis fier. Je vous apporte mes opinions sur quelques questions posées. Au niveau des OP, je pense que le refus des intrants aux groupements de producteurs est dû sûrement à la faute de ces bénéficiaires. Leurs organisations sont mal administrées surtout en matière de gestion. Si les producteurs n'arrivent pas à payer le crédit qui leur est octroyé, il est fort possible qu'il y aura refus de leur en octroyer un autre. Donc à ce niveau, on peut dire qu'il y a non-respect des engagements, même si c'est un cas de retard de paiement. Par conséquent, il est même possible de prévoir la mort des organisations de base.
Ce qui est suggérable, c'est une étude approfondie du fonctionnement de ces structures avant de s'engager dans toute opération de crédit. De plus, il faut prévoir un renouvellement de bureau avec un nombre de mandats limité pour pallier toute influence des membres du bureau incapables de bien conduire leurs tâches. Prévoir aussi une suspension directe par une instance supérieure (assemblée générale par exemple) en cas d'incapacité du bureau.
Quelle
articulation entre organisation de base et faîtière ?
Au niveau des
organisations villageoises, la création de sections spéciales pour exercer une
tâche peut entraver leurs activités à un certain niveau. Si l'on s'en tient
aux organisations traditionnelles des villages, on constate qu'il y a une certaine
synergie dans leurs activités. Ils s'organisent de façon à ce qu'il y ait toujours
une personne influente (chef de village, notable ou religieux) qui exerce un
pouvoir de décision. Les autres exécutants prennent la place des syndicats.
Pour une meilleure organisation de ces communautés, il faut une grande responsabilisation des exploitants par rapport à leurs activités. Les chambres d'agriculture et les professionnels des organisations rurales doivent jouer un rôle prépondérant dans leur encadrement. Ils doivent éviter l'implication directe des personnes influentes et multiplier l'alphabétisation fonctionnelle.
En somme, pour ces deux questions, je peux dire que les multiples articulations des structures paysannes sont fonction d'une organisation de base solide. L'information et la formation de la population s'avèrent indispensables afin d'amener les villageois à gérer leurs activités de manière démocratique. Le système d'organisation traditionnelle des paysans doit être aussi revalorisé et être pris en compte dans la mise en place des organisations. Par exemple les personnes influentes peuvent avoir un titre honorifique au niveau des organisations (président d'honneur, conseiller), sans qu'il y ait une mainmise directe dans les activités.
Enfin, pour ce qui est des activités de l'Inter-Réseaux, je pense que la création d'une unité de l'Inter-Réseaux en Afrique serait souhaitable pour accélérer les échanges entre les membres. Il serait aussi bon de songer au renforcement de leurs capacités d'intervention en leur donnant des possibilités de formation.
Mamane Ali, Service d'arrondissement du développement social - Loga, Niger
L'augmentation du prix d'achat au producteur n'est pas de nature à sécuriser la filière, par Mamadou S. Coulibaly
>Comme vous le savez, le Mali était deuxième producteur de coton en Afrique après l'Egypte. Mais l'année dernière, les paysans ont refusé de cultiver le coton dont le prix était trop bas pour eux. Néanmoins le gouvernement, à la suite d'une sensibilisation très poussée, est parvenu à convaincre les couches paysannes. Ce qui fait que cette année, suite à une hausse du prix par le gouvernement, les cultures ont repris dans tout le pays.
Mais je pense que cette montée du prix du coton n'est pas de nature à sécuriser la filière. Par conséquent, il faudrait que :
Le coton, une fois récolté et stocké par le paysan, soit enlevé à temps par les services qui s'occupent de la filière (CMDT - OHVN) et que son dû soit réglé dans les meilleurs délais. Car le paiement tardif est de nature à décourager beaucoup d'embrasser la filière ;
Une réduction générale du prix des intrants qui baissent considérablement les avoirs des paysans à l'heure du bilan des campagnes agricoles. Ces intrants, trop chers, ne sont pas à la portée de tous ;
Mettre suffisamment l'accent sur la création de groupements paysans bien structurés en vue de défendre les intérêts matériels et moraux des couches paysannes ;
Une sensibilisation poussée et une formation continue du monde paysan en vue d'attirer leur attention sur l'intérêt de la filière. En effet, l'organisation et la formation constituent les éléments clés pour une plus grande promotion de la filière coton, car nous vivons dans un pays où la quasi totalité des pays sont analphabètes ;
Un suivi constant des paysans par les services compétents; - Une gestion saine et efficiente des produits cotonniers et des avoirs paysans par les structures techniques (CMDT-OHVN) dans la mesure où il est gravé dans la mémoire du paysan malien que ces structures mènent une vie luxueuse sur leur dos. D'où les paysans estiment qu'ils sont exploités parce que ne jouissant pas pleinement des fruits de leurs efforts.
Je suis persuadé qu'en respectant ces quelques mesures, l'avenir de la filière cotonnière, qui constitue un pan essentiel de notre économie, est prometteur. Car, ce n'est un secret pour personne, la crise cotonnière de l'année dernière a coûté des milliards de francs CFA à l'Etat. Ainsi il est du devoir de l'Etat et de ses structures déconcentrées et décentralisées d'inciter les couches paysannes à adhérer à la filière cotonnière.
Mamadou S. Coulibaly, Secrétaire général de la commune rurale de N'Tjiba - Cercle de Kati BP 561, Bamako, Mali
Copyright Inter- Réseaux 2001
Qui
sommes nous * Sources d'Information
sur le Développement rural * Infos
du réseau
Plan du
site * Grain de Sel - le bulletin
* Publications * Nouveautés
sur le site
Chercher
* Groupes de travail * Trucs
et astuces d'internaute * Ecrivez
nous