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Des paysans à l'université pour mieux garder leurs terres
25 responsables paysans ont inauguré en février dernier à Dakar le premier cycle de l'Université paysanne africaine organisé par le Réseau international d'agriculture paysanne et modernisation (APM). Un programme de formation de 15 jours pour aider les agriculteurs à mieux se défendre face à l'absence de culture juridique sur les questions foncières. La sauvegarde de l'exploitation familiale a largement retenu l'attention des participants venus de 12 pays d'Afrique, soucieux de vivre de leur terre et de résister aux spéculations foncières tous azimuts qui les contraignent souvent à vendre leur exploitation. Les témoignages sur des occupations illégales de champs et les ventes de terres à l'insu de leurs exploitants ont été nombreux. Selon certains, le refus de céder ses terres à un homme d'affaires ou à un cadre de l'administration entraîne parfois menaces et expropriations, car l'administration ne protège guère le paysan.
La crise foncière en Afrique Australe a été également commentée par les agriculteurs zimbabwéen et Sud-africain présents, en s'appuyant sur la redistribution des terres entamée au Zimbabwe et visant à installer des "sans-terre" Noirs sur 5 millions d'ha appartenant à des fermiers blancs. Par contre, en Afrique du Sud où 87 % des terres cultivables se trouvent entre les mains de ces derniers, la procédure d'expropriation n'est pas encore envisagée alors que des milliers de petits paysans vivent dans la misère. Les organisations paysannes veulent acheter au moins 30 % des terres arables de leurs ancêtres, mais elles se heurtent aux lobby financier de l'ex-apartheid.
Ces cours ont permis aux paysans de mesurer le chemin à parcourir et la nécessité de renforcer leurs mouvements. Dans certains pays, ceux-ci ont pris une ampleur considérable, comme au Sénégal où, depuis 1993, les organisations paysannes participent à l'élaboration des politiques agricoles. Interlocuteur privilégié de l'État avec ses trois millions de membres, le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR), appuyé par l'Union Européenne, a ainsi démarré en janvier dernier un vaste programme d'information en vue de la prochaine réforme foncière dans le pays.
Pour ces " étudiants ", "les enjeux", ce sont les réformes dictées par l'agrobusiness, les ajustements structurels prônés par la Banque mondiale et le Fmi, qui fragilisent et précipitent la disparition des exploitations familiales. Ce sont aussi les accords de l'Organisation mondiale du commerce avec sa tendance à faire des produits agricoles d'Afrique une simple marchandise. "Nous avons besoin de comprendre ces notions, les adapter à nos réalités pour pouvoir négocier et se protéger des lois du marché international ".
Dembélé Malado - Syfia Sénégal
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