Grain de Sel n°18 - juillet 2001
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INTER-RESEAUX

Des télécentres connectés à Internet pour le monde rural


Un plaidoyer pour l'équipement des intervenants de terrain
Par Gilles Mersadier, chargé de programme Internet à l'Inter-Réseaux*
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Comment ça se passe en occident ?

Tout d'abord, un télécentre est un lieu qui fournit au public un accès aux technologies de l'information et de la communication : téléphone, fax, photocopieuse, équipement informatique.

Le premier télécentre fut établi dans le milieu des années 80 au sein d'une communauté agricole suédoise pour permettre aux communautés rurales isolées de renforcer leurs liens avec le reste du pays et d'établir des relations économiques avec l'extérieur. Le modèle a ensuite été adopté dans des régions d'Europe du nord, des Etats Unis et d'Australie où les communautés rurales vivent dans des lieux très reculés.

Ainsi, au début des années 90, le réseau Internet devenu accessible en dehors des universités et des centres de recherche, va permettre d'accéder, par le biais des télécentres, à l'utilisation du courrier électronique et à la consultation de divers contenus. Dans les zones rurales françaises, ces nouvelles technologies seront surtout considérées comme des outils de développement local. Elles permettent le télé-travail et la télé-formation, favorisent la promotion d'activités locales sur le Web, ouvrent l'accès à des informations économiques et administratives régionales, nationales et internationales. Le cas des Télécottages du Berry est représentatif de cette approche : un réseau de télécentres connectés dont chaque unité représente un pôle local de ressources humaines ainsi qu'un cercle de rencontres pour une communauté, proposant des formations et des services aux entreprises et aux particuliers (bureaux, bibliothèques, salles de réunion).

Parallèlement le nombre d'individus connectés augmente rapidement dans le secteur rural du fait de la démocratisation de l'accès à Internet : même dans les zones faiblement peuplées on observe une croissance des connexions pour un coût de plus en plus faible des communications et du matériel informatique. Des sites portails thématiques ou sectoriels regroupent les internautes isolés au sein de communautés virtuelles partageant des intérêts, des préoccupations et des besoins. Ces sites spécialisés leur apportent de nombreuses sources d'informations répondant aux attentes de publics spécifiques tels que les producteurs.


Les télécentres en Afrique

En Afrique, on désigne sous l'appellation " télécentre " un local privé doté d'une ou plusieurs cabines téléphoniques destinées à la population environnante. Au Sénégal (comme au Kenya et au Ghana) on comptait 10 000 télécentres en l'an 2000, dont plus de la moitié dans la zone de Dakar. Ceux qui disposent d'une connexion Internet sont majoritairement situés en milieu urbain (capitale et villes secondaires) et dépendent généralement de petites entreprises spécialisées dans le matériel informatique.

Le modèle de " télécentre communautaire polyvalent " (TCP) est issu d'une démarche des agences de coopération multilatérales à la fin des années 90, suite au Plan d'action des Nations Unies pour le développement rural intégré en Afrique (1) . Cinq pays (Mali, Ouganda, Mozambique, Tanzanie et Bénin) ont bénéficié de ces projets localisés dans des villes secondaires éloignées des capitales et disposant d'un système de télécommunication autonome (radio ou satellite).

Outre la fonction de télécentre relié à Internet, les TCP proposent toute une gamme de formations et d'informations administratives locales et nationales, et ils mettent en lignes des expériences et savoirs locaux. Les premières évaluations sur ce projet font état de difficultés techniques (maintenance du matériel difficile en milieu rural) et d'une durabilité improbable en cas d'arrêt des subventions ! Ainsi, à Tombouctou au Mali, la forte implication de l'opérateur national des télécommunications et de l'administration locale en voie de décentralisation ne facilite pas l'appropriation du projet par la société civile. Mais dans l'Ouganda anglophone, le modèle " communautaire " est plus en adéquation avec les institutions locales. Ces dernières subventionnent en partie le fonctionnement du TCP avec les impôts locaux et en confient contractuellement la gestion quotidienne à une société privée.

Autre modèle de télécentre expérimenté en milieu rural, celui s'appuyant sur une association ou organisation à but non lucratif qui, en plus de ses activités de développement, met à disposition du public des ordinateurs connectés dans ses locaux. C'est le cas de l'ONG béninoise SONGHAÏ, connue pour être la seule en Afrique francophone à fonctionner ainsi. Grâce à ses télécentres du Réseau béninois des téléservices communautaires décentralisés, SONGHAÏ a pour objectif d'amener les NTIC vers les communautés rurales afin de favoriser l'acquisition et l'échange d'expériences au niveau national et international (2).


Quelles perspectives pour le milieu rural ?

En Afrique, les nombreuses contraintes pesant sur ces technologies nécessitent une intégration pragmatique des NTIC et de l'outil Internet dans des dynamiques existantes. En effet, face aux coûts de connexion élevés (abonnement, communications), aux liaisons de qualité médiocres (difficultés pour se connecter, coupures fréquentes, etc.) et aux prix prohibitifs du matériel pour un niveau de vie moyen, le regroupement de ces services reste la solution idéale pour en faciliter l'usage à moindre coût. Pour bénéficier des meilleures conditions possibles de fonctionnement, ce lieu devra être implanté dans des grandes villes où se trouvent concentrées les compétences et infrastructures adaptées. Donc, le modèle le plus "durable"? Celui de télécentres classiques offrant une connexion Internet.

Et les communautés rurales ? Beaucoup d'ingénieurs de télécommunications se contentent de les connecter au réseau mondial en palliant l'absence de téléphone (ou la vétusté du réseau) par des moyens techniques plus sophistiqués (satellite, boucle radio). Plus pragmatiques, les praticiens de la communication pour le développement proposent plutôt que soient prioritairement connectées les organisations d'appui et de base qui ont déjà une pratique de formation, conseil et information par des médias plus classiques comme les radios rurales et communautaires, la diffusion de cassettes audio et vidéo et la distribution de bulletins, journaux, et affiches.

Ces organisations représentent des intervenants importants du monde rural : fédérations d'organisations de producteurs, organisations d'appui au monde rural, services agricoles, sièges d'ONG et de médias spécialisés sur le monde rural, centres de documentation et de formation, bibliothèques. Elles peuvent utiliser les NTIC pour améliorer leur fonctionnement général, accéder à des sources d'information distantes, échanger avec des partenaires sectoriels ou thématiques. Ces usages nouveaux se répercuteront dans les contenus diffusés par les organisations vers leurs publics respectifs (administrés, membres, adhérents, lecteurs) ; ils leur permettront aussi d'augmenter le capital, aujourd'hui très réduit, d'informations électroniques tant sur l'environnement local et national dans lesquels ils agissent, que sur leurs savoirs, leurs expériences de terrain et leurs produits documentaires.

Ainsi, des organisations telles que les OP ou les collectivités locales, disposant, en dehors des villes principales, d'antennes, de délégations ou de correspondants équipés d'une ligne téléphonique, pourraient se doter d'ordinateurs pour relayer les messages de leur base et faciliter l'accès à Internet en se spécialisant dans des initiations et des conseils de "navigation" appliqués à leurs domaines de compétence (sites Web et listes de diffusion mais aussi cédéroms).

* Animateur du programme P@ssDev mersadier@inter-reseaux.org www.inter-reseaux.org - www.passdev.net

(1) Les projets pilotes de TCP ressortent d'un programme mis en œuvre conjointement par l'UNESCO (fonds en dépôt de l'agence danoise DANIDA), l'Union internationale des télécommunications (UIT), et le Centre de

(2) Recherches pour le Développement International (CRDI) du Canada. Voir leur site web (www.songhaï.org) et leur publication " L'Aigle de Shonghaï" dont le numéro 37 (1999) est consacré au NTIC

 

Pour mieux s'informer :


 

À consulter : www.web-agri.fr et www.terre-net.fr, ainsi que les liens du Ministère de l'Agriculture et de la Pêche : http://www.agriculture.gouv.fr/accueilv4f.htm

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