Grain de Sel n°17 - avril 2001
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SUR LE TERRAIN

André Ledoux Wamba * : La ville des mangues
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Dans la classification et la valorisation des filières agropastorales de l'Adamaoua, au Nord Cameroun, les arbres fruitiers occupent, depuis 1997 la deuxième place derrière la filière bovine pour l'amélioration des revenus des paysans.

Ngaoundéré, capitale provinciale de l'Adamaoua pourrait même être appelée " la ville des mangues ", quand on sait que pendant la saison qui va de mars à juin, ces fruits abondent sur les marchés, dans la rue, les gares routières, les cours des maisons grâce à une multiplication des points de vente et prennent le dessus sur d'autres fruits.

Les bienfaits du manguier sont multiples car en plus de ses fruits qui nourrissent l'homme et les animaux, ses feuilles et ses branches nous donnent de l'abri et nous protègent du vent, de la chaleur, de l'érosion et de la pollution. De plus, si une mangue est cueillie à maturité et consommée dans de bonnes conditions d'hygiène, elle ne présente aucun risque de maladie pour la population.

Les commerçants viennent du Tchad et du Nord Cameroun et sillonnent les villages environnants pour acheter aux paysans qui les livrent par sacs de jute de 100kg, pour 1500 à 2000 F CFA. C'est que l'offre est toujours supérieure à la demande, raison pour laquelle les villageois en font une utilisation rationnelle, comme le témoigne un paysan de Ndang : " Nous ne cueillons pas nos mangues en désordre. Lorsqu'il n'y a pas d'acheteurs, nous préférons les laisser sur pied et ne consommons que les fruits mûrs qui tombent de l'arbre. "

Par contre à Ngaoundéré, une vue des artères de la ville pendant la saison des mangues vous montre des fruits pourrissant sur la chaussée et occasionnant des odeurs et une prolifération des fourmis et des mouches. Cette détérioration de l'environnement est due aux gamins et aux adolescents qui font la cueillette par des jets de pierre sur les manguiers, abîmant ainsi les arbres et leurs fruits. C'est pourquoi, chaque année, dès que s'annoncent les premières fleurs de manguiers, les autorités municipales entreprennent des campagnes de sensibilisation au niveau de la population pour qu'elle pratique des cueillettes saines pour ne pas détruire les arbres fruitiers.

Ces campagnes portent souvent leurs fruits car de nombreux jeunes sans emploi y ont trouvé leur compte : ils s'arment d'un long bâton à crochet prolongé d'un filet qui retient les fruits cueillis. Puis en fin de journée, ils exposent leur butin sur le trottoir et le proposent aux passants et aux automobilistes pour 100 F CFA le tas de quatre ou cinq mangues. Dès lors, les mangues à Ngaoundéré ne sont plus considérées seulement comme une source de vitamine A, glucides et sels minéraux pour la population, mais aussi comme une contribution à l'amélioration de leurs revenus.

* André Ledoux Wamba, membre de l'Inter-Réseaux, BP 11514 Douala, Cameroun - Email : andre_ledouxcm@yahoo.fr


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