Grain de Sel n°17 - avril 2001
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SUR LE TERRAIN

Zéneb Touré : " Insérer les laissés-pour-compte dans les programmes de développement "
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Membre de l'Inter-Réseaux et géographe de formation, Zéneb est coordinatrice de l'ACFED au Burkina Faso (Appui-conseil femmes, environnement et développement au Sahel)

Avant d'en arriver là, c'est en suivant son mari, muté comme fonctionnaire international à Dakar, qu'elle a découvert le milieu associatif. " J'y ai retrouvé pas mal de femmes de différentes nationalités, avec des compétences professionnelles ou un certain niveau intellectuel et qui, comme moi, pour avoir suivi leur époux, se retrouvaient au chômage dans un pays étranger. Pour ne pas rester inactives, on a créé une association et on s'est rapproché de certaines ONG qui menaient des expériences en faveur des femmes. Cette curiosité a facilité notre entrée dans la société civile et nous a permis de valoriser nos profils dans des activités de développement".

Au bout de huit ans de séjour au Sénégal, c'est pour Zéneb, désormais divorcée, le retour au Burkina avec ses deux enfants : il lui faut trouver une activité. Ce sera la naissance de l'ACFED, une structure d'appui créée avec une dizaine d'amis - économistes, juristes, géographes, comptables, éducatrices, formateurs - travaillant dans le développement. Toutefois, le marché des ONG souffre d'une prolifération d'associations depuis que la société civile s'est vue reconnaître des responsabilités en matière de développement. " Conscients de cette difficulté, nous avons choisi de spécialiser nos activités de conseil, d'études et de formation sur des thèmes porteurs comme 'Genre et développement', 'Approche participative', 'Lutte contre la désertification', etc.".

La formation intitutlée 'Genre et développement' connaît un succès immédiat : on est dans l'après-Conférence des Nations unies sur les femmes tenue à Pékin en 1998 qui attend des Etats l'application de ses résolutions sur la valorisation du potentiel féminin. " Or dans nos pays, les institutionnels ont souvent des carences en matière de formation théorique pour mettre en œuvre de telles résolutions. On tombait donc à pic pour les aider. "

Le concept de 'Genre' traite de la répartition des tâches entre les groupes sociaux. Recouvrant des activités transversales (santé, développement, environnement, éducation), il permet aux spécialistes de repérer les groupes défavorisés ou marginalisés dont la participation aux activités de la communauté n'est pas encouragée du fait de l'organisation sociale ou de la division sexuelle du travail. Ainsi, peuvent être marginalisés des jeunes, des femmes ou encore des gens 'castés'. " Ça a toujours été ainsi et ce n'est même pas perçu comme un problème, souligne Zénéb. Or cette façon de faire est facteur d'inégalité. Quand un projet démarre dans un village, se sont toujours les mêmes qui se l'approprient et le mettent en œuvre. Alors que ceux qui en sont écartés en raison de l'image que leur confère leur statut dans la société ou la manière dont ils ont été façonnés par la culture dominante, pourraient contribuer à la réussite de ce projet ".

Ecartés de par leur statut social

Si les femmes avaient accès à des activités qui leur sont traditionnellement fermées, sans doute pourraient-elles intervenir de façon plus efficiente dans la dynamique collective. D'où l'importance d'une sensibilisation des décideurs, des acteurs du développement et des populations cibles pour les pousser à améliorer leur place dans la communauté, sans se poser en concurrents mais en complément des autres actifs. " Notre travail consiste à faire comprendre aux laissés-pour-compte que de telles inégalités ne sont pas une fatalité et que les choses peuvent changer. Surtout, on essaie de s'adapter au contexte local en évitant de trop féminiser les problèmes pour ne pas heurter les populations auxquelles on s'adresse. "

Un combat difficile que de lutter contre des préjugés. Mais il n'effraie pas Zéneb qui prépare sa thèse de doctorat : " Les idées reçues contribuent à maintenir des femmes en situation d'infériorité alors qu'elles ne travaillent pas moins que les hommes. Certes aujourd'hui les choses évoluent, mais ce n'est pas facile. Même quand une femme arrive à percer en milieu rural, il n'est pas évident pour elle de se faire reconnaître car les hommes éprouvent souvent un certain complexe vis à vis de celles qui réussissent ".

ACFED - Sahel 06 BP 9336 - Ouagadougou 06 - Email : acfed@fasonet.bf

Sylvia Serbin

 

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