SUR LE TERRAIN
André Kamga * : Pour les caféiculteurs de l'Ouest camerounais, retour aux vivriers.
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Dans cette région qui compte environ 68% de ruraux, la culture du caféier arabica introduite en 1924 par l'administration coloniale a connu un essor sans précédent. Grâce à cette culture, le paysan Bamiléké a pu payer la scolarité de ses enfants, contribuer à l'entretien de sa famille et investir dans le domaine social (acquisition de titres de notabilité, construction de maisons, prise en charge de funérailles, etc.)Mais avec la crise économique des années 80, couplée une décennie plus tard à la dévaluation du franc CFA, les cours du café, comme tous les produits agricoles d'exportation, ont connu des hauts et des bas sur le marché mondial. Pour en atténuer les effets, le gouvernement avait créé une Caisse de stabilisation des produits de base permettant de maintenir les prix aux producteurs. Cette structure assurait également une subvention des intrants avec le surplus prélevé sur les ventes.
Cette période de crise a été marquée par trois faits majeurs : la chute des prix aux producteurs, la libéralisation de la filière et l'arrêt des subventions par l'État et les coopératives. Ainsi, la libéralisation a supprimé le monopole exercé jusque là par les coopératives sur la production caféière. Les effets pervers de la dévaluation ont induit un abandon progressif des cultures du fait de la cherté des intrants. Faute de moyens pour en assurer l'entretien, de nombreux planteurs ont abandonné la caféière au profit des cultures maraîchères et vivrières, rentables dans un délai plus court, la production vivrière pouvant se faire 2 à 3 fois par an alors que celle du café est annuelle.
La mort programmée de la caféiculture
Les systèmes de cultures de la province Ouest-Cameroun ont alors connu une évolution assez rapide. Plusieurs personnes ayant perdu leur emploi, auxquelles se sont ajoutés des jeunes déscolarisés, sont rentrées au village à cause des difficultés rencontrées en ville. Face aux aléas des cultures d'exportation, chacun a cherché à devenir maraîcher pour survivre.C'est ainsi que la culture du caféier arabica se meurt dans la province de l'Ouest-Cameroun. Les vieux, découragés par la faiblesse des prix, n'ont plus la force d'assumer le travail des plantations. Les jeunes ne veulent plus investir pour attendre plusieurs années avant de commencer à récolter les fruits de leur investissement. Les paysans qui jadis utilisaient cette culture de prestige pour résoudre leur quotidien n'arrivent plus à entretenir leur caféière faute de moyens. Les intrants coûtent très chers par rapport au prix de vente du kilo de café de bonne qualité.
D'où la solution trouvée dans l'arrachage des caféiers pour rendre la terre aux vivriers et au maraîchage qui procurent des revenus monétaires immédiats. On a compté qu'en 1996, plus d'un tiers des exploitants avaient arraché des pieds de caféiers dans leurs plantations pour les remplacer par des vivriers et des maraîchers. Près de 80% des superficies récupérées étaient réutilisées de la sorte. Même sans arracher, de plus en plus de planteurs abandonnent la caféière, même si certains espèrent toutefois que les prix redeviendront un jour suffisamment intéressants pour en faciliter la reprise, mais la négligence des plantations entraîne une lente disparition de cette production.
A preuve, dans toutes les coopératives de café de la province, les quantités d'engrais vendues décroissent constamment. On note par exemple qu'à la Coopérative agricole des planteurs du département de la Mifi (CAPLAMI), les achats d'engrais les plus utilisés ont connu une chute brutale, entraînant une baisse continue des rendements.
* Chargé de cours à la Faculté d'Agronomie et des Sciences Agricoles de l'Université de Dschang au Cameroun.
E.mail : andrekamga@lemel.fr
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