Grain de Sel n°17 - avril 2001
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SUR LE TERRAIN

Un tiers des pesticides vendus aux pays pauvres sont de mauvaise qualité et représentent un danger pour la santé et l'environnement
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L'Afrique subsaharienne serait la plus menacée

Selon une récente mise en garde de la FAO et de l'OMS, environ 30% des pesticides commercialisés dans les pays en développement ne sont pas conformes aux standards de qualité internationaux. Or ces produits chimiques contenant des substances dangereuses et des impuretés interdites ou strictement limitées, sont employés dans l'agriculture, mais aussi en santé publique comme insecticides contre l'agent du paludisme. Venant souvent gonfler les stocks de produits obsolètes qui existent dans la plupart des pays en développement, ils ont représenté en l'an 2000, un coût de 3 milliards de dollars pour les paysans du Sud.

Leur mauvaise qualité provient généralement du fait que les concentrations d'ingrédients actifs dépassent les limites de tolérance internationalement acceptées ou bien encore d'une contamination par des substances toxiques. En outre, l'emballage et l'étiquetage qui constituent la seule source d'information pour une manipulation sûre et efficace par le consommateur, laissent souvent à désirer sur les produits acheminés dans les pays du Sud : ils ne fournissent pas toujours d'indications sur l'ingrédient actif utilisé, la date de fabrication ou le mode d'utilisation.

C'est en Afrique subsaharienne que les pesticides de mauvaise qualité sont le plus largement répandus, les contrôles de qualité y étant très faibles. D'où la vive recommandation de la FAO et de l'OMS aux gouvernements et organisations internationales et régionales pour qu'elles adoptent les spécifications préconisées en matière de production et de commercialisation de pesticides. Ces deux organisations ont d'ailleurs récemment signé un accord prévoyant la mise en place d'une procédure unifiée de spécification destinée à mieux protéger la santé humaine et l'environnement, tout en assurant une production agricole durable.

" Les produits les moins chers ne génèrent pas forcement le meilleur rendement "

Face aux préoccupations exprimées ça et là sur ces problèmes de qualité, la position des grands fabricants d'intrants est claire, ainsi que l'a exprimé le PDG de NOVARTIS au séminaire de la Banque mondiale sur 'l'accès des organisations de producteurs aux intrants', organisé en juin dernier en Ouganda. Pour lui : " De grandes différences de qualité existent entre des matières portant le même nom chimique. Parmi les producteurs d'intrants, on trouve d'un côté des grands groupes mondiaux détenteurs de brevets, des producteurs de matières actives et de produits phytopharmaceutiques, et de l'autre, des fabricants de produits génériques, c'est à dire tombés dans le domaine public et qui dès lors peuvent être fabriqués par n'importe qui".

En clair, une manière d'en rejeter la responsabilité sur la partie la moins 'noble' de la profession. Selon lui, en effet, les grands laboratoires ont le souci de réduire les risques toxiques et sur l'environnement en privilégiant des critères de fabrication reconnus et en limitant au strict minimum les impuretés non identifiées. Ce qui n'est pas le cas des producteurs qui font l'impasse sur certaines phases du processus de fabrication pour des raisons économiques et obtiennent des produits de qualité douteuse, à l'efficacité moindre et pouvant s'avérer dangereux.

De même que la formulation du produit fini doit répondre à des normes rigoureuses, des indications précises doivent en préciser les modalités d'utilisation. Or ce souci d'étiquetage n'est pas toujours pris en compte par certains fabricants, notamment lorsque les conseils d'utilisation ne sont pas standardisés ou qu'ils ont à répondre à une demande spécifique adaptée à un type de client ou de pays.

Quoiqu'il en soit, la recherche de produits performants pour l'amélioration de la production agricole a un coût, même si l'objectif est de réduire les coûts de traitement à l'hectare par rapport au coût de revient de la production. Pour juger de l'efficacité d'un produit, il faut non seulement tenir compte de son impact sur le rendement à l'hectare, mais aussi en matière d'environnement et de santé des travailleurs. " Ce n'est pas forcément le produit qui a été acheté le moins cher qui générera le prix de revient le plus bas au kilo de culture, a dit le PDG de Novartis. On a souvent constaté des baisses significatives de rendement après une utilisation d'intrants 'moins chers', avec pour conséquence un appauvrissement du paysan".

Sylvia Serbin


Pour plus d'informations vous pouvez consulter :

Compte-rendu de la réunion de Kampala sur les organisations de producteurs et l'accès aux intrants
, sous la direction de Marie Hélène Collion
Banque mondiale, 66 avenue d'Iéna. 75008 Paris

Réseau d'action contre les pesticides (Pesticide Action Network) BP 15938 Dakar Fann Sénégal
Tél : 221 825 49 14 - email : panafric@sonatel.senet.net - Site internet : http://panafric.webjump.com

Sur les problèmes d'environnement, un site en français : http://www.ulb.ac.be/ceese/meta/cdsfr.html

 

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