Grain de Sel n°17 - avril 2001
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BOITE AUX LETTRES

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A propos de l'aide au développement

Fils de paysan, pour avoir au cours des dix dernières années exercé respectivement comme : producteur, distributeur de produits agricoles, étudiant en agronomie, expérimentateur de variétés potagères et vulgarisateur d'intrants agricoles, j'ai recensé quelques facteurs limitants au développement rural :

- Voies de communications absentes ou mal entretenues.
- Absence de banques de données fiables sur les produits agricoles et les intrants, aussi bien sur le plan local, national ou régional.
- Enormes pertes après récoltes, alors que des produits abondants à certaines périodes deviennent rares à d'autres.
- Limites des systèmes de vulgarisation utilisés dans certains pays. Ils pourraient cependant être améliorés par l'encouragement à l'installation de jeunes formés pour servir d'exemples aux autres producteurs et qu'ils copient les techniques modernes de production.

En conclusion, je pense que toute action, qu'elle soit des pouvoirs publics ou des ONG, des coopératives ou des bailleurs de fonds, des opérateurs privés ou des individus qui tendrait à réduire ces quelques facteurs, aura pour effet d'améliorer les rendements, de réduire les coûts de production et de commercialisation et de faciliter les échanges des produits agricoles, pour améliorer la condition des producteurs du Sud.

Emmanuel Nghenzeko, S/c M. Sonhaka Isaac - BP 766 Douala Cameroun


Vos articles m'intéressent

C'est avec un réel plaisir que j'ai lu le N° 16 de Grain de sel. J'encadre des groupements de producteurs de coton dans la province du Houet au Burkina Faso. Des intrants sont mis à la disposition de ces groupements à crédit par la société burkinabé des fibres textiles (sofitex) et la récupération se fait sur les recettes de coton. Mais le remboursement du crédit ne se fait pas toujours sans problèmes et c'est ainsi que beaucoup de ces groupements sont en impayés. Vous comprenez donc pourquoi vos articles m'intéressent.

Georges Valia à Bobo Dioulasso (si l'auteur de ce courrier se reconnaît, peut-il nous communiquer son adresse afin que son abonnement lui soit adressé ?)


Les actions visant au développement rural doivent
créer un nouveau paysan professionnel et libre

Trois entités doivent pleinement collaborer pour promouvoir le développement rural : l'État, les organismes d'aide (nationaux, internationaux, associations socioprofessionnelles) et les paysans. Mais pour quelles priorités ? Car malheureusement tout est prioritaire dans un monde rural en évolution permanente et face à la mondialisation.

L'État : sans remettre en cause la pertinence du désengagement de l'État dans plusieurs domaines, en ce qui concerne le monde rural, cette entité doit veiller à ce que l'environnement soit propice au développement. C'est à dire : assurer la scolarisation, la sécurisation, la santé publique, l'infrastructure rurale ; participer aux décisions impliquant les paysans; délimiter les zones d'action des différents intervenants et essayer de ne pas favoriser une région particulière.

L'État doit participer à l'élaboration et la finalisation des projets de politique agricole sinon le 'désengagement' pourrait être considéré comme un désintéressement. En matière d'agriculture, Les agents de l'État comme ceux des autres intervenants doivent mettre en avant le savoir indigène, faire preuve de plus d'écoute au lieu d'imposer et surtout, garder leurs diplômes universitaires et autres bagages intellectuels dans leurs serviettes. On n'apprend pas au paysan comment choisir les boutures saines de manioc ou planter ces boutures à un endroit plutôt qu'à un autre car il le sait depuis des générations. Par contre, le phytopathologiste et le pédologue étudieront avec son concours et ses expériences l'art de planter des boutures saines au bon endroit.

Les organismes d'aide : pour développer le monde agricole, il ne suffit pas d'amener de grands moyens financiers ni de concevoir un programme ou un projet à plusieurs milliers de kilomètres sans la participation des principaux bénéficiaires. Ces organismes doivent être capables de choisir de vrais développeurs (chefs de projets, techniciens, vulgarisateurs, chercheurs, gestionnaires, planificateurs, etc.), mais ils doivent aussi toujours penser à inclure les paysans dans toutes les situations se rapportant au monde agricole. Enfin, ils doivent savoir écouter, tenir compte des observations, penser à la pérennisation des actions et à la relève.

Leurs agents ne sont que des personnes d'appui et non des commandeurs. Ce ne sont pas des surhommes face à des paresseux et des ignorants. Les organismes d'aide ont atteint leur but lorsqu'ils arrivent à la conclusion suivante : " Maintenant nous ne sommes plus utiles ; nos interventions ne sont plus nécessaires à partir de maintenant. "

Les paysans : les diverses actions visant au développement rural doivent aboutir à créer un nouveau paysan professionnel et libre, capable de dire oui ou non et de défendre ses points de vue ; capable de ne pas se laisser dominer par les politiciens ; de créer des associations ou syndicats ; de reconnaître les vrais leaders parmi les charlatans de tous bords ; de mettre en place d'autres outils pour améliorer les capacités de jugement des populations, comme par exemple des radios de proximité axées sur les activités productives de la région ; capable enfin de comprendre que les aides ne sont que temporaires et que c'est à eux de pérenniser les actions entreprises.

David Rakotovoalavo, FOFIBA- BP 206 - 301 Fianarantsoa, Madagascar

 

 

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