DOSSIER
Comment promouvoir le financement des exploitations familiales?
télécharger le fichier texte (format RTF - 242 Ko, 1052 mots, 3 pages)J.C. DEVEZE
Chargé de mission à l'Agence française pour le développement.
Membre du bureau de l'Inter-Réseaux.Pour les agricultures paysannes africaines constituées en majorité de petites unités de production, la priorité est la subsistance de la famille et l’obtention de revenus. Ce n’est qu’ensuite que se pose la question de l’évolution de l’outil de production et des investissements à effectuer.
Faute d’outil de crédit formel, c’est dans le cadre local que se sont réglées par le passé, plus ou moins bien, les questions de manque d’argent pour l’acquisition d’intrants ou les besoins de la famille. Il ne s’agit pas de décrire ici les mécanismes traditionnellement utilisés à cet effet, mais de réfléchir aux évolutions en cours à la suite de l’ouverture des agricultures familiales sur le monde extérieur. Au stade actuel de l’évolution des agricultures africaines, on se trouve en effet devant un difficile problème d’ajustement entre une demande croissante de crédit de la part des producteurs et une offre réduite et souvent inadaptée de financement.
La demande de crédit est importante pour les nombreuses unités familiales1 qui ont du mal à épargner pour s’autofinancer. Il s’agit d’une demande éparpillée, concernant le plus souvent de faibles montants avec des perspectives de remboursement insécurisées. Cette insécurité est non seulement liée, comme dans toute production agricole, aux aléas climatiques et aux maladies et fléaux éventuels, mais aussi à un environnement socio-économique instable et risqué, faute de politiques agricoles maîtrisées et d’organisations de producteurs fiables.
Un des rares mécanismes de sécurisation du crédit des intrants, mis en place dans le cadre de l’organisation intégrée des filières coton en Afrique francophone, est remis en cause par l’endettement de nombreuses organisations de producteurs et par le rejet de la caution solidaire par certains bons producteurs obligés de payer pour les insolvables.
De façon plus générale, c’est d’abord le manque de sécurité sur le plan commercial (approvisionnement et vente) qui constitue le principal handicap à la sécurisation du crédit. Il ne s’agit pas seulement de la faiblesse de certains prix d’achat, mais aussi des intrants fournis en retard, des produits de traitement de mauvaise qualité, des incertitudes sur le prix de vente, des retards de paiement, etc., qui pénalisent le remboursement du crédit. D’autres éléments de sécurisation comme la maîtrise du foncier, l’équipement de l’exploitation peuvent être importants, mais ils sont souvent secondaires par rapport aux problèmes subsistant dans l’organisation des filières agricoles.
Difficile pour les organismes de crédit de présenter une offre face à une demande si peu maîtrisable. Pour le moment, la microfinance paraît être la voie la plus crédible. Les systèmes de financement décentralisés essaient en effet de s’adapter au contexte, en combinant épargne locale et crédit, en répondant à la demande de caractère social, en se basant sur une bonne connaissance de l’emprunteur et en recourant à des systèmes de garantie adaptés (caution d’autres adhérents connus, reprise du matériel en cas de défaillance sur un crédit d’équipement, etc.).
Il ne faut pas se cacher que les progrès en ce domaine sont fragiles vu les difficultés à consolider et à étendre l’action des organismes de microfinance. Ce qui conduit à faire preuve d’une grande prudence dans leur extension, de rigueur dans leur gestion et, malheureusement, à pratiquer des taux élevés de crédit pour assurer leur équilibre financier (souvent incompatibles avec des investissements agricoles). Si le préfinancement des campagnes agricoles par des prêts à court terme est souvent possible, le financement d’investissements à moyen terme pour l’équipement en culture attelée ou la réalisation de plantations par exemple, reste l’exception.
Les banques de développement et les banques commerciales ont du mal à s’intéresser à l’exploitation familiale
Elles doivent en effet trouver des relais, soit en refinançant les organismes de microfinance, soit en contractant avec des organisations de producteurs ou des agro-industries. Les organisations de producteurs qui en plus de leurs activités se sont lancées dans le crédit agricole, ont rarement réussi. Il semble préférable qu’elles aident à créer des organismes autonomes de microfinance dans leur zone d’action ou à les consolider s’ils existent déjà.
Cette analyse pessimiste (offre insuffisante, partielle et coûteuse ; demande dispersée et insécurisée) conduit cependant à rechercher des solutions qui ne peuvent être que progressives vu l’importance des difficultés à affronter. Pour ma part, je m’en tiendrai à trois priorités(2) :
En matière de rapport entre emprunteur et prêteur, l’important est d’établir des relations de confiance basées sur une connaissance réciproque des possibilités et contraintes de chaque partie et sur une approche progressive commençant par de petits prêts avant d’en augmenter les montants une fois les remboursements effectués. Les garanties mobilisables ne sont donc pas toujours l’aspect essentiel.
Ces relations de confiance supposent aussi une professionnalisation de chaque partie, c’est-à-dire une amélioration des capacités de chacun à exercer son métier. Le producteur doit maîtriser sa technique, ses risques, sa gestion(3), son organisation. Il doit améliorer aussi la présentation de ses dossiers d’emprunt dans le cadre, par exemple, d’un conseil de gestion pour son exploitation. De même, l’agent de crédit doit maîtriser non seulement les techniques de financement, mais aussi savoir apprécier les risques, gagner la confiance des emprunteurs pour mieux les connaître et travailler en équipe.
Mais, tout ceci ne peut prendre du sens que si l’environnement socio-économique et judiciaire des agricultures africaines se sécurise pour permettre la mise en place de dynamiques susceptibles de créer de meilleures conditions de crédit pour les petits entrepreneurs. Il faut en effet rappeler que les efforts de financement de l’exploitation familiale seront mal récompensés sans la mise en en place, avec les représentants des agriculteurs, de politiques agricoles encourageant l'investissement au sein des unités de production agricole.
Finalement, il s’agit pour chacun d’assurer au mieux les fonctions liées à son métier. Pour les producteurs, maîtriser production, vente et investissement; pour les OP, rendre des services fiables en matière d’approvisionnement, de technique et de mise en marché et être exigeant en matière d’octroi de crédit à leurs membres; pour les organismes de crédit, prêter à ceux qui présentent des dossiers sérieux et se faire rembourser; pour les gouvernements, créer un cadre sécurisé à destination des acteurs économiques et enfin pour les bailleurs de fonds, accompagner les efforts de ceux qui cherchent à assurer honnêtement leurs fonctions.
Ensuite devront être recherchées des solutions susceptibles de prendre en compte certains aspects complémentaires (mutuelle de santé, assurance calamité agricole, prêt d’installation jeunes agriculteurs, Fonds de garantie, etc.).
Note :
1 - Les agriculteurs capables d'emprunter des sommes importantes sur des investissements porteurs avec des garanties crédibles sont rares.
2 - On est encore souvent loin de pouvoir traiter de problèmes financiers comme les fonds de garantie, les bonifications de taux d'intérêt, les allègements de fiscalité.
3 - Y compris pour régler les problèmes de répartition des revenus et de choix des investissements dans la famille.
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