DOSSIER
Bonification des taux du crédit agricole au Sénégal
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- La situation avant 1997
Les taux d’intérêt des prêts, aussi bien de campagne que pour les investissements, étaient de 12,5 % l’an. Un taux trop élevé pour le financement des intrants et encore moins acceptable pour les investissements et les aménagements hydroagricoles. Ce niveau de taux d’intérêt a été longtemps justifié par les banques du fait d’un risque élevé de non-remboursement, que les loyers des prêts ne permettent de couvrir que partiellement. Un tel mécanisme entraînait donc une subvention inacceptable des mauvais payeurs (souvent les gros producteurs) par ceux qui remboursent régulièrement leurs prêts (la plupart des petits paysans).
Les effets cumulés de l’absence de financements adaptés et de la cherté du coût du crédit ont contribué, en plus du mécanisme de subvention implicite des mauvais payeurs, à décourager les producteurs de rembourser leurs dettes et à adopter des stratégies de contournement qui ont occasionné leur sur-endettement, dans l’attente d’un effacement du stock de la dette souvent promis par les politiciens.
- Désendettement des exploitations familiales
A la suite de difficiles négociations menées avec l’État, à l’initiative du CNCR (Conseil national de concertation et de coopération des ruraux), le gouvernement sénégalais devait adopter, en 1997, les mesures suivantes :
- baisse du taux d’intérêt débiteur de 12,5% à 7,5%,
- limitation de l’apport personnel à 10% du crédit demandé,
- allongement de la durée du crédit matériel à 7 ans,
- moratoire sur les impayés sur 5 ans à 1% l’an.
La décision d’accorder un moratoire et de baisser le taux débiteur du crédit par la mise en place d’un Fonds de bonification des taux, visait à favoriser l’accès au crédit agricole des exploitations familiales, notamment celles dont les niveaux de revenus sont égaux ou en dessous du seuil de pauvreté.
Ces mesures positives n’ont cependant pas permis une relance significative de la production agricole pour lutter efficacement contre la pauvreté, améliorer la sécurité alimentaire, accroître les revenus des ruraux et les exportations de produits agricoles. En l’absence d’une situation exacte de l’endettement et des profils des emprunteurs, on peut penser que les exploitations se trouvant en dessous du seuil de pauvreté, n’ont bénéficié que très modestement de ces incitations. De nouvelles mesures complémentaires, comme par exemple un état des lieux détaillé de la situation de l’endettement des paysans et la mise en œuvre effective de Fonds de calamités et de garantie, seront donc nécessaires pour atteindre les objectifs visés.
Daouda Sackho,
économiste à aquadev,
animateur de l’antenne Sénégal du groupe de travail
daouda@enda.sn.
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