DOSSIER
Risques familiaux, épargne et mutuelles
télécharger le fichier texte (format RTF - 236 Ko, 410 mots, 1 page)Les économies familiales en situation de plus ou moins grande précarité sont très sensibles aux problèmes de santé des différents membres de la famille. Une maladie ou un accident engendre des coûts élevés (médicaments, soins, hospitalisation) et réduit souvent la main d’œuvre disponible. Ces aléas peuvent réduire à néant les projets permis par l’accès à un crédit et, parfois, les difficultés économiques qu’ils occasionnent engendrent des problèmes de remboursement, voir une décapitalisation de l’exploitation familiale. Des enquêtes d’impact sur plus de 1.000 emprunteurs de réseaux de financement rural dans trois pays d’Afrique (Bénin, Burkina Faso et Guinée) ont montré par exemple que près de 20 % des crédits contractés n’engendraient pas de bénéfices en raison de ces difficultés.
Face à ces risques, les institutions de financement rural ont souvent mis en place des Fonds d’auto-assurance (ou Fonds de solidarité). Ces fonds, prélevés lors de l’octroi des prêts(1), permettent de couvrir les défauts de paiement liés aux décès ou à l’invalidité des emprunteurs. S’ils préservent la viabilité des systèmes financiers, ils ne répondent pas aux difficultés traversées par les économies familiales.
Un autre niveau de réponse peut se structurer autour de la mise en place d’un service d’épargne. La constitution d’une épargne liquide, sur livret ou compte d’épargne à vue, permet de disposer d’une réserve mobilisable à tout moment, capable de faire face aux dépenses exceptionnelles ou à une baisse inattendue des revenus familiaux. La réussite de cette fonction " d’épargne-assurance " dépend de l’adéquation des modalités d’épargne retenue (sécurité, liquidité, confidentialité, rémunération, etc.) et de la confiance qu’inspirera, auprès des paysans, l’institution qui la gère.
Plus récemment, et dans le prolongement des pratiques informelles de " caisses de secours ou caisses villageoises ", se développent à titre expérimental différents systèmes d’assurance santé ou de mutuelles de santé en milieu rural. Ils ont pour objectif, dans des zones où existe une certaine solvabilité, de sécuriser les économies familiales en permettant de faire face aux dépenses de santé, en évitant la décapitalisation et en encourageant l’accès aux soins. Une institution de financement rural au Cambodge, EMT(2), propose par exemple un premier niveau de services reposant sur la couverture de risques facilement identifiables (décès, amputations, certaines opérations) en contrepartie de cotisations individuelles. Elle réfléchit à la définition d’un système d’assurance étendue avec services complémentaires (indemnisation forfaitaire) et aide à l’accès aux soins via des visites médicales, le recours d’un médecin traitant à domicile et la prise en charge du transfert à l’hôpital.
François Doligez,
ingénieur agronome, IRAM
(Institut de recherche et d’application de méthodes de développement)
Notes :
1 - Un prélèvement autour de 1 % du montant octroyé en général suffit à couvrir ce risque.
2 - Ennathien Moulethan Tchonnebat, avec l'appui du GRET.
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