SUR LE TERRAIN
La taxation des intrants inquiète les producteurs ivoiriens (2 pages – 760 mots)
télécharger le fichier texte (format RTF - 236 Ko)Avec les accords de l'UEMOA sur le Tarif extérieur commun, l'introduction d'une TVA à 20 % sur les intrants met fin à l'exonération du secteur agricole Promulguée en janvier dernier, cette directive, lourde de conséquences pour l'ensemble du secteur agricole, a pris les producteurs de court. Séraphin Biatchon, secrétaire exécutif de l'ANOPACI (Association nationale des organisations professionnelles agricoles de Côte d'Ivoire) et rédacteur en chef du 'Professionnel agricole', nous en donne les enjeux.
" C'est une directive qui vise à l'harmonisation des taux entre Etats dans le cadre de la politique d'intégration sous-régionale de l'UEMOA (Union économique et monétaire ouest africaine). Même si cette taxe existait déjà dans certains pays à un taux moindre, elle devra être la même partout. Depuis le dernier Sommet de l'UEMOA à Lomé (décembre 99), les Etats doivent appliquer cet accord supra national sous peine d'amende".
Quelle a été la réaction des paysans? " La surprise totale car ils n'y avaient pas du tout été préparés. Les organisations de producteurs ont rencontré les pouvoirs publics pour les informer des risques encourus sur les revenus des paysans et leur compétitivité. Il faut savoir en outre, qu'une taxation de 5% a été rajoutée sur les bénéfices du palmier à huile, de l'hévéa et de l'ananas. Mais cette taxation s'applique en réalité au chiffre d'affaire, puisqu'elle est due avant écoulement des produits. Cette mesure, combinée aux 20% de TVA sur les intrants et aux 10% de fiscalité sur les bois en grumes, aboutit à un étranglement brutal des paysans. En outre, ces augmentations ne pourront pas être répercutées sur le consommateur qui en subirait durement les effets alors que son pouvoir d'achat n'évolue pas".
Est-ce à dire que l'avenir des filières est menacé ? " On pourrait effectivement penser que cela augure la mort de toutes ces filières si on n'arrive pas à trouver de solutions. Pour l'heure, on constate que ça va surtout favoriser les importations du Nord qui, elles, sont subventionnées. Quand un aviculteur achète 100 F CFA un poussin dont la nourriture importée lui revient à 120 F, comment peut-il être compétitif ? La filière porcine y est confrontée de la même façon. Et dans le même temps qu'on est en train d'asphyxier les productions nationales, de gros instruments viennent au nom de l'Aide, préconiser le développement des filières agricoles. On nage en pleine contradiction ".
Ce schéma est-il inéluctable ou peut-on encore rattraper les choses ? " Les organisations paysannes ont demandé à l'Etat d'observer une pause dans cette mesure et d'en examiner d'abord les conséquences autour d'une table, dans le cadre d'une concertation entre pouvoirs publics et professionnels agricoles. Une démarche qu'il aurait fallu entreprendre bien plus tôt, si on nous avait associés à la réflexion au niveau de l'UEMOA. Les paysans ont bien conscience que l'Etat a besoin de ressources pour alimenter son budget, mais il est vital que la demande de sursis a exécution soit entendue. Ou alors, il faudrait mettre en place des mesures d'accompagnement pour aider à passer le cap. Mais est-il en mesure de le faire ? Avec des cours qui piquent constamment du nez, bien des paysans ne peuvent plus acheter d'intrants. A quoi va-t-on aboutir ? A une nouvelle explosion de l'exode rural. L'autre aspect à ne pas négliger est la régression technique qu'entraînera immanquablement une moindre utilisation d'engrais. Avec des engrais et des produits phytosanitaires hors de leur portée, que vont faire les gens ? Augmenter les surfaces cultivables pour maintenir les rendements. Et on retombera inévitablement sur les problèmes fonciers car les terres ne sont pas extensibles à l'infini ; avec à terme, des risques de conflits très graves sur le plan social ".
Ce problème de Tarif extérieur commun ne concerne pas que les paysans ivoiriens. La revendication n'aurait-elle pas davantage de poids si elle s'inscrivait dans une réflexion sous régionale ? Ce sera sans doute un des dossiers prioritaires de la nouvelle Plate forme paysanne ouest africaine. Le problème est qu'on n'a pas, pour le moment, de structures transversales capables de peser sur ces décisions politiques. Le plus grave est que toutes ces convulsions ne font que freiner les choses, car en même temps qu'on essaie de s'organiser pour affronter le marché, professionnaliser nos activités, devenir plus performants, des décisions de ce type viennent tout bloquer. Tout ce qui nous reste à faire est d'organiser une riposte constructive des producteurs pour être considérés comme des partenaires à part entière dans les négociations avec nos Etats ".
Propos recueillis par Sylvia Serbin
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