Grain de Sel n°15 - juillet 2000
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SUR LE TERRAIN

Kafo Jiguinew prisonnière de la crise du coton ? (797 mots – 2 pages)
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Après avoir bâti son essor sur ce produit, la mutuelle Kafo Jiguinew, banque des cotonniers maliens, se retrouve face à la tourmente de la crise cotonnière.

Après avoir connu une exceptionnelle percée depuis sa création en 1987, le réseau de caisses mutuelles d'épargne et de crédit KAFO JIGINEW ( fédération des greniers en bambara), se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. La crise qui vient de secouer la ceinture cotonnière du Mali, fief d'implantation de KAFO, a fait l'effet d'un coup de semonce. Car, précarisés par les aléas des cours mondiaux, les paysans ont failli sacrifier leur campagne agricole en refusant de planter pour un prix d'achat jugé insuffisant, d'autant qu'ils ont déjà subi un paiement tardif de la campagne précédente et une augmentation du prix des intrants.

Pour KAFO JIGINEW qui repose sur l'épargne des producteurs de coton et la distribution de crédits à ses membres, de telles incertitudes sur l'avenir de la filière ne peuvent que peser sur ses ambitions. Alou Sidibé, son directeur général, ne faisait pas mystère de ses préoccupations : " Si la chute des prix du coton persiste, cela ne peut qu'affecter la situation de KAFO. Même si des partenaires extérieurs peuvent nous soutenir ponctuellement, le déséquilibre entre l'épargne dont nous disposons et la masse de crédit allouée risque de compromettre notre indépendance financière. Or la situation des paysans est tributaire d'un élément extérieur : le cours mondial du coton. Si les producteurs ne peuvent plus épargner ni rembourser leurs crédits, les perspectives ne seront guère encourageantes".

Tout avait pourtant bien commencé avec le lancement de cette organisation faîtière assez originale, grâce à l'appui de parrains de référence : un consortium de quatre ONG européennes, (Comité français pour la solidarité internationale, SOS faim Belgique, Mani Tesa d'Italie et l'ONG allemande Agro Action), auquel se sont ajoutées la Fondation du crédit coopératif, le Centre international du crédit mutuel et l'Union européenne. Bien préparée, l'initiative a très vite porté ses fruits. Un important travail de sensibilisation a été mené auprès des paysans pour les inciter à mettre leur épargne en commun et à financer leur développement grâce au crédit, alors qu'ils avaient coutume d'enterrer leurs économies dans des jarres bien cachées. " Au début, se rappelle Djibril Koueta, responsable de la formation de KAFO, certains cultivateurs traçaient des croix ou des signes distinctifs sur leurs billets pour être sûrs de bien récupérer leur argent en cas de retrait à nos guichet ".

Essaimant dans les villages cotonniers formant la zone la plus riche du pays, KAFO JIGINEW s'est rapidement imposé comme un réseau de proximité, disposant de caisses au cœur de nombreux villages, alors que les réseaux bancaires traditionnels ne dépassent guère les principales agglomérations. Premier groupe de financement décentralisé du Mali avec ses 92 guichets dont cinq caisses urbaines, il repose sur plus de 83 000 sociétaires et disposait à son actif, en 1999, de plus d'un milliard FCFA de fonds propres.

Un envol pourtant prometteur

Saluée par les spécialistes comme l'une des structures de micro finance les plus performantes d'Afrique de l'ouest, cette banque de paysans avait même réussi l'exploit d'être créditée d'une image positive dans la presse occidentale. Dirigée par un conseil d'administration représentant les associations villageoises et organisations paysannes sociétaires ainsi que des paysans indépendants, KAFO s'est entouré de cadres de haut niveau pour assurer son expansion.

D'ailleurs les projets ne manquaient pas. Notamment d'opérer une diversification vers d'autres régions agricoles, comme les zones arachidière et d'élevage, pour alléger la dépendance au coton. S'ouvrir également à de nouveaux produits pour les femmes. KAFO a ainsi étudié un système de crédits associatifs s'adressant à des groupements d'une trentaine de femmes, dont les cotisations pourraient garantir de petits crédits. La diversification s'est amorcée en 1994 avec la création de ses caisses urbaines qui recueillent les avoirs de petits artisans, commerçants, fonctionnaires et micro-entreprises du secteur informel. Pour Alou Sidibé, malgré la concurrence de structures du même type, il y a encore des places à prendre car KAFO n'atteint que 50% des exploitations agricoles de Mali-Sud qui compte environ 163 000 exploitants.

Mais aujourd'hui il y a la crise du coton. La chute des cours a déjà fait perdre à l'économie malienne, dont c'est la principale ressource, 60 milliards de F CFA. D'ores et déjà, le dernier conseil d'administration de KAFO a renoncé à ses projets d'implantation pour soutenir les cotonniers en difficulté. Une stratégie tenable sur un exercice mais difficilement jouable à plus long terme compte tenu du déséquilibre financier qu'elle imposerait à la structure, le taux de remboursement ayant sensiblement chuté par rapport à l'exercice précédent. Qu'adviendrait-il alors d'une expérience aussi prometteuse en matière de développement rural, si les cotonniers continuent de s'appauvrir ?

 

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