Grain de Sel n°15 - juillet 2000
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Le Cacao aux oubliettes - Que pensent les paysans camerounais de leur sort ? - Des agriculteurs africains contre la directive européenne sur le cacao (2 pages – 863 mots)
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Le Cacao aux oubliettes

Des paysans qui ne regrettent pas du tout d'avoir abandonné le cacao pour se lancer dans d'autres activités souvent plus rentables

Nous sommes à Mimbang dans le Sud Cameroun. Dans sa parcelle de tomates située près de la cacaoyère non entretenue de son mari, Albertine ramasse laborieusement les derniers fruits mûrs. Son mari a été contraint de délaisser sa plantation à cause du manque de produits de traitement phytosanitaires et du travail trop pénible pour une si petite récolte. Un peu plus loin, Parfait, s'occupe avec entrain de son étang piscicole. En deux ans d'activité, il a construit une dizaine d'étangs de dérivation pleins de poissons. A l'issue d'un voyage d'échanges entre paysans organisé dans l'Ouest du Cameroun, où la forêt a disparu depuis longtemps, ces anciens producteurs de cacao ont opté pour la diversification.

Les marécages sont transformés en étangs et près de là, les cultures maraîchères s'affichent fièrement. Près des maisons, les bananiers plantains portent de gros régimes et l'exploitation de parcelles d'arachide, de maïs ou de maraîchage, s'impose progressivement, tandis que d'autres se sont lancés dans la culture de champignons. Pour eux, ces pratiques d'agriculture intégrée sont plus rentables que le cacao qui cette année fait piètre figure. Cependant, malgré l'engouement de ces ruraux pour de nouvelles activités génératrices de revenus, les difficultés ne manquent pas. Les paysans restent confrontés au douloureux problème de l'écoulement de leur produits vers les grands axes. Ils se sont organisés en association et grâce à une structure d'appui, le Centre pour l'environnement et le développement, un transport est mis en place pour les aider chaque fois que de besoin.

D'après Luidor Nono du bulletin Bubinga (Cameroun)

Que pensent les paysans camerounais de leur sort ?

L'excellent mensuel 'La voix du paysan' qui, en plus d'autres distinctions, a été élu meilleur journal de l'année par l'Association des journalistes Camerounais, a publié les résultats d'un sondage édifiant, réalisé en début d'année auprès de 850 paysans, hommes et femmes, répartis sur une centaine de village. Nous avons retenu quelques-unes unes des questions les plus éclairantes sur leur vision des choses.

Le paysan de demain vivra-t-il mieux que vous ?......... La majorité en est persuadée parce que disent-ils, leurs enfants disposeront de meilleurs outils qu'eux, de financements, de moyens de communication et de formations. Ils seront plus lettrés et plus avertis au travail. Certains paysans n'ont pas manqué de voir quelques signes d'espoir à travers les grands travaux réalisés aujourd'hui dans leur région : aménagement routier, lignes téléphoniques, électrification, points d'eau potable, écoles, etc. Les plus pessimistes sont ceux de zones enclavées où les villages sont dans un état de dénuement déplorable et où les paysans sont coupés du monde en saison des pluies.

Qu'est ce qui freine le plus le développement au village ?....... Hommes, femmes, jeunes et vieux sont unanimes ; la sorcellerie arrive loin devant la mésentente, la paresse, le manque de formation et d'information et l'isolement. Déjà la maladie, la mort, la chute d'un arbre, les inondations ou la sécheresse ne sont pas reconnus comme des phénomènes naturels, c'est donc à voix basse que tel paysan vous dira que dans son village aucune producteur ne peut mettre en champs une superficie de plus de deux hectares de culture de peur d'être taxé de sorcier. Commentaire du journal : cette dimension sociale, voire culturelle étant rarement prise en compte, il n'est donc pas étonnant qu'aucune théorie économique, même des plus savantes n'arrive à s'appliquer en milieu rural camerounais, voire africain.

Comment jugez vous la contribution des élites au développement de votre village ?......... La réponse est sans appel : nulle ! Car même si de nombreux villages n'ont pas de ressortissants dans la haute administration ou les affaires, ceux qui en ont ne sont pas pour autant assurés d'en obtenir des retombées positives.

A qui faites-vous confiance ?............ La famille vient en tête, suivie des missionnaires qui participent au développement de manière honnête et désintéressés, et des organisations paysannes. Les ONG et les structures d'encadrement arrivent en avant dernière position, juste devant les hommes politiques, à qui les paysans ne font aucune confiance pour leur développement.

Etes vous fiers de vivre au village ? ..................Oui à 90% car ils y retrouvent leurs repères. " Au village on ne meurt pas de faim, on ne devient pas clochard et on garde un semblant de dignité ". Ceux qui ont fait une expérience en ville avant de se replier sur le village s'y sentent aussi plus sécurité à tous points de vue. N'eut été le problème d'outillage et d'intrants pour les activités agricoles, le village, pour certains, serait le paradis !

Contact : La voix du paysan, BP. 11955 Yaoudé, Cameroun saild@camnet.cm

Des agriculteurs africains contre la directive européenne sur le cacao

Une vingtaine d'agriculteurs et représentants d'organisations paysannes africaines ont manifesté devant le siège du Parlement européen à Strasbourg, où a été adoptée la directive sur l'introduction de matières grasses végétales dans le chocolat. Pour l'ivoirien Désiré Porquet et le Guinéen Moussa Para Diallo, cette décision entraînera une baisse de la demande et une chute des cours du cacao d'environ 20% dès la première année, avec un manque à gagner de 800 millions de $.

Prince Mayelele - Syfia.

 

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