LE POINT SUR...
Alphabétisation : quelles approches pour les OP et les producteurs ? (5 pages – 2100 mots)
télécharger le fichier texte (format RTF - 248 Ko)Le problème de l'alphabétisation est d'une grande actualité en milieu rural en Afrique subsaharienne. Un praticien, Alain Bonnassieux, nous parle des offres et des attentes en la matière. (Alain Bonnassieux, coordonnateur de projets de formations rurales, a exercé au Niger, au Burkina, en Côte d'Ivoire, à Madagascar et en Centafrique. Il est actuellement en poste au Laboratoire de dynamiques rurales de l'Université de Toulouse en France - Email : bonnassieux@wanadoo.fr)
De nombreuses structures de développement ont un volet alphabétisation dans leurs activités. C'est une composante des programmes de lutte contre la pauvreté. Dans des villages, on voit fréquemment des adultes se cotiser et faire appel à un instituteur, un ancien élève pour apprendre à lire et à écrire lors de cours du soir.
Les demandes de formation en alphabétisation s'inscrivent dans un contexte général de progression limitée de la scolarisation, voire de stagnation ou de régression de celle-ci dans plusieurs pays. Le taux d'alphabétisation est plus réduit en milieu rural qu'en milieu urbain. C'est dans les zones excentrées, dépourvues d'infrastructures où le revenu moyen est plus faible que les taux d'alphabétisation sont plus bas. Certaines catégories de la population sont moins alphabétisées que d'autres : femmes et éleveurs notamment. Même, dans les zones où la scolarisation s'est développée, on constate un retour de l'analphabétisme chez des anciens élèves qui n'ont pas l'occasion de pratiquer les quelques connaissances acquises à l'école.
Les structures étatiques ou para-étatiques, dans les pays d'Afrique francophone, qui avaient pour missions de mettre en œuvre des programmes d'alphabétisation à grande échelle, ont aujourd'hui des moyens limités. Leur efficacité, du fait de la lourdeur des dispositifs mis en place, a été souvent contestée. Leurs interventions portent de plus en plus sur des appuis à la conception des programmes, de matériel didactique, la formation des formateurs et l'évaluation des activités. La réalisation des actions d'alphabétisation est confiée plutôt à des opérateurs privés : ONG, prestataires. Leur rémunération vient en grande partie des financements que les agences de développement, les ONG internationales mettent à la disposition des projets et des organisations professionnelles pour des activités de formation
Ces opérateurs doivent répondre, sans toujours en avoir les capacités, à une demande croissante qui émane :
- des structures de développement et des organisations professionnelles qui veulent que les producteurs prennent en charge des fonctions d'organisation, de gestion ou de vulgarisation dans un contexte de désengagement de l'Etat ;
- des populations elles-mêmes qui demandent à s'alphabétiser pour accéder à des connaissances techniques, améliorer leurs conditions de vie, communiquer avec l'extérieur et s'insérer dans l'environnement lettré.
Les approches utilisées varient en fonction des demandes exprimées tant par les structures de développement que par les groupes qui souhaitent se former. En ce qui concerne l'alphabétisation au sein des organisations paysannes, les méthodologies qui sont utilisées sont fortement influencées par des modèles construits dans le cadre d'une longue expérience d'alphabétisation fonctionnelle.
Une alphabétisation au service de la gestion des organisations et des filières
Le problème du choix d'une approche d'alphabétisation adaptée à l'évolution des organisations des paysannes et du monde rural s'est posé à peine une décennie après l'indépendance des pays africains. Dans les années 60, les programmes d'alphabétisation de type classique fondés s