Grain de Sel n°15 - juillet 2000
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INTER-RESEAUX

Internet et développement rural en Afrique francophone (4 pages – 1623 mots)
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L'implantation d'Internet sur le continent africain s'est beaucoup développé ces trois dernières années. Un état des lieux par Gilles Mersadier, responsable du programme Internet de l'Inter-Réseaux.

Des indicateurs sur les conditions d'utilisations

Alors que fin 1996 11 pays seulement sur 54 disposaient d'un accès au réseau mondial, début 2000 seuls la Somalie et le Liberia (en guerre) ne disposent pas de connexion. Tous les pays ne bénéficient cependant pas des mêmes conditions d'utilisation : les ruraux par exemple ne peuvent pas accéder facilement à l'Internet, d'autres ne peuvent pas se connecter tous les jours où sont limités par la vitesse de transmission, tandis qu'un certain nombre d'utilisateurs disposent de connexions fiables et rapides dans quelques capitales. Parmi les indicateurs expliquant les disparités importantes d'un pays à l'autre, nous en retiendront trois principaux:

Les performances du 'point national' d'accès à Internet :

Chaque pays disposant d'un accès Internet est relié au réseau mondial par ce "point national" caractérisé par des équipements d'émission et de réception (relais satellite, point d'atterrissement d'un câble sous-marin). La quantité d'information transmise en une seconde (la bande passante, exprimée en bit par seconde ou bps) détermine la performance des échanges d'informations (fluidité ou engorgement). Pour montrer les disparités régionales, il suffit d'indiquer que la bande passante est de 128 000 bps au Mali alors qu'elle atteint 2,128 millions de bps au Sénégal.

Les coûts de connexion :

Pour se connecter, il faut disposer d'une ligne téléphonique et d'un abonnement auprès d'un fournisseur d'accès à Internet (FAI). Le coût d'une connexion se compose de deux parties : la liaison au réseau mondial payée au FAI et la communication téléphonique (entre le "connecté" et son FAI) payée à l'opérateur des télécommunications. Les FAI on aujourd'hui généralisé un système de forfait mensuel permettant une connexion illimitée : les tarifs varient de 15 à 35 000 FCFA en Afrique de l'Ouest francophone. Les communications téléphoniques interurbaines sont coûteuses : comme les FAI sont concentrés sur la capitale, les "connectés" qui résident en dehors de la zone de tarification locale de leur fournisseur sont donc très désavantagés. De nombreux pays de la région adoptent une politique tarifaire permettant de pallier cet inconvénient avec un tarif unique (proche du tarif local) s'appliquant à tout le pays et réservé aux connexions Internet (c'est le cas au Burkina - Faso, au Gabon, au Mali, en Mauritanie, au Sénégal, au Tchad et au Togo).

Les caractéristiques du réseau téléphonique :

Le réseau de télécommunication national constitue un maillon fondamental de la connexion à Internet. Son déploiement plus ou moins important va permettre d'accéder facilement à une ligne téléphonique : cela se mesure par la télédensité (nombre de ligne pour 100 habitants) qui est très faible dans la région, allant de 0,16 % en Guinée à 1,20 % au Sénégal. La qualité du réseau téléphonique se mesure par la fiabilité de la connexion (fréquence des coupures par exemple) et par la vitesse de transmission des informations : constante et rapide sur les réseaux numériques, elle reste variable et réduite sur les réseaux analogiques qui sont encore les plus répandus dans la région.

L'importance des points d'accès publics à Internet

Mis à part l'Afrique du Sud, il n'y aurait actuellement sur le continent que 15 000 ordinateurs connectés à Internet. Ces machines sont essentiellement installées dans des grandes entreprises, des universités, des agences d'aide, des ONG et médias ayant une ampleur nationale, des hôtels et chez des expatriés ! Cela s'explique simplement par le coût élevé de l'équipement (matériel informatique importé et fortement taxé) et de la connexion, sans oublier la maintenance qui représente non négligeable dans le budget de fonctionnement d'un ordinateur en milieu tropical.

Faute de pouvoir assurer ces charges, la grande majorité des individus qui veulent exploiter les ressources d'Internet utilisent actuellement les services de points d'accès public ouverts par des particuliers. En Afrique de l'Ouest francophone, ces points d'accès public se multiplient très rapidement dans les capitales et les villes secondaires importantes comme Bouaké, Bobo-Dioulasso, Saint-Louis, Kaolack, etc. Les tarifs pratiqués (de 500 à plus de 5000 FCFA l'heure) sont conditionnés par le modèle économique (but lucratif, simple recouvrement des coûts, subventionné), le coût de la connexion nationale et le type d'organisme qui héberge ces services.

On rencontre principalement trois catégories de points d'accès public à Internet :

En milieu rural et dans la plus part des villes secondaires ces équipements sont encore très rares. Des projets et des initiatives sont en cours au sein de collectivités locales intéressées par ce nouveau type de service public. Mais pour que la société civile puisse effectivement accéder au réseau mondial à travers ces points d'accès publics, les équipements devront être installés en priorité au sein d'organisations intermédiaires : sièges d'associations, de fédérations et de réseaux, centres de documentation et bibliothèques publiques, médias nationaux et régionaux.

Sources bibliographiques


Internet et les médias africains

Il y a plus de 200 sites Web consacrés à l'information du continent africain, dont une centaine émanent directement d'entreprises de presse disposant d'un journal ou d'une radio. Parmi ceux-ci, seuls quelques grands quotidiens anglophones d'Afrique du Sud et du Nigeria disposent d'un site web où l'actualité est "mise en ligne" dans la journée, grâce à des journalistes spécialement affectés à cette tache. Pour le restant on constate de très grandes disparités, allant du véritable site web disposant d'une page d'accueil, de mise à jour régulière et d'archives, et montrant une certaine similitude avec la version papier (mêmes rubriques, mêmes contenus) - jusqu'à une simple compilation d'articles rarement actualisés. La presse écrite nationale est la plus représentée sur Internet. Les médias anglophones dominent en termes de présence mais aussi en termes de qualité de présentation, d'accessibilité des contenus, de "navigabilité" et de gestion des archives. Mais les journaux et les radios francophones arrivent en force sur le net, particulièrement au Sénégal qui se distingue pour la qualité de ses sites "médias" (voir par exemple le site du groupe de presse SudOnline, http://www.sudonline.sn)


NTIC et développement durable : les enseignements de "BAMAKO 2000"

A l'initiative du réseau Anaïs, la capitale malienne a accueilli en février dernier un séminaire sur l'apport des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) dans les pays en développement. L'Inter-Réseaux a participé à cette rencontre qui a rassemblé plus d'un millier de personnes venues de 48 pays du Nord et du Sud. Les thématiques abordées en ateliers étant très variées (télésanté, développement durable, commerce électronique et droits des citoyens), l'Inter-Réseaux s'est particulièrement intéressé au module sur l'utilisation des NTIC pour le développement durable, au cours duquel les participants ont exposé différentes façon d'exploiter ces technologies dans le cadre de leurs activités. Il en est ressorti trois grands types d'applications :

Des supports "multimédia" (CD-Rom ou site web) rassemblant images, son et textes pour illustrer, capitaliser et communiquer sur un projet ou une thématique. Parmi les présentations, on a distingué le CD-Rom encyclopédique du programme régional des Bassins-versants du Haut Niger (Union Européenne) qui regroupe des vidéos, des photos, des cartes et plusieurs milliers de pages présentant les activités du programme.

Des outils de communication électronique utilisés pour l'animation de réseaux d'acteurs : site web, base de données en ligne, listes de diffusion et forums électroniques. Le site Web AfricaDev illustre bien ce type d'application : il fédère des structures nationales d'appui au secteur artisanal au sein d'un cadre unique de présentation. Chaque structure apporte les données spécifiques de son pays et toutes peuvent échanger entre elles des ressources utiles à l'ensemble (modules de formation, méthodologies d'appui, informations économiques régionales).

Des systèmes d'informations géographiques combinant des statistiques socio-économiques et des cartes pour la gestion d'une commune, d'une grappe de terroirs, d'un pays, d'une région. L'exemple le plus intéressant s'applique à la gestion de terroirs villageois : une association sénégalaise (ASADE) expérimente à l'échelle d'un village, une méthode associant les responsables locaux pour la collecte et le traitement d'informations. Les cartes obtenues permettent la programmation, le suivi et l'évaluation d'activités de gestion des ressources naturelles.

En conclusion, les participants à cet atelier se sont accordés sur trois recommandations prioritaires :

Informations et contacts

Un compte rendu détaillé de l'atelier "NTIC et développement rural" est disponible au secrétariat de l'Inter-Réseaux auprès de Gilles Mersadier gilles.mersadier@inter-reseaux.org

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