Grain de Sel n°15 - juillet 2000
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INTER-RESEAUX

Quels thèmes pour les groupes de travail ? (3 pages – 1195 mots)
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A partir de vos réponses à l'appel que nous avions lancé sur les thématiques des nouveaux groupes de travail, le bureau de l'Inter-Réseaux a dégagé quelques pistes de réflexion. Mais de nombreuses préoccupations ont émergé de la soixantaine de réponses reçues.

400 membres de l'Inter-Réseaux avaient été directement sollicités, en plus des lecteurs de Grain de sel, pour nous faire part de thèmes qu'ils aimeraient voir traiter en groupe de travail, selon leurs activités et leurs centres d'intérêt. De la diversité des réponses, se détachent trois grandes orientations que nous développons ci-après. Une précision toutefois : les thèmes déjà traités par l'Inter-Réseaux n'ont pas été repris (appui aux OP, financement des exploitations agricoles, etc.).

S'agissant de questions globales, non directement liées au développement rural mais ayant néanmoins des incidences sur le devenir du secteur rural du Sud, vous êtes nombreux à vouloir mieux comprendre, par exemple, les incidences des négociations commerciales actuelles (OMC) et des grandes questions environnementales (OGM, Forêts primaires, suivi des conventions internationales) et leur impact sur les réalités locales. Les questions concernant la démocratie ou le renforcement de la société civile reviennent également. Ces interrogations importantes pourront faire l'objet d'un traitement spécifique dans Grain de sel, afin que vous puissiez disposer de quelques points de repère.

Ont été également évoquées, des questions traitant plus spécifiquement de pratiques et méthodes d'interventions, comme par exemple :

La lutte contre la pauvreté : on en parle beaucoup mais quelles perceptions en ont les acteurs locaux et quelles conséquences concrètes en tirer sur les pratiques de développement ?

- La coopération décentralisée de société civile à société civile est-elle une voie prometteuse ?
- L'autonomie des acteurs locaux dans la relation de coopération est-elle possible ?
- L'expertise du nord favorise-t-elle réellement l'émergence d'une l'expertise au sud ?
- Comment réformer l'éducation et la formation rurale pour faire face aux défis actuels ?

L'utilisation de certains outils illustre également les préoccupations exprimées, telles les nouvelles technologies et leur appropriation par les acteurs locaux aussi bien que les approches participatives et méthodes d'évaluation.

Priorité aux évolutions du monde rural

Le plus gros de la demande s'oriente cependant vers des sujets très concrètement liés à des évolutions actuellement perceptibles dans le monde rural des pays en développement. Il s'agit en particulier de :

Le thème de l'agriculture familiale recueille cependant de nombreux suffrages, en particulier dans des perspectives telles que la libéralisation, le développement d'entreprises agricoles, les OGM, la biodiversité. Si certains souhaitent voir le débat se porter sur les incidences des choix de politique agricole sur les formes d'agricultures locales, d'autres privilégient en revanche la question de nouvelles formes d'appuis et de conseils aux exploitations agricoles.

On le voit, le travail du bureau de l'Inter-Réseaux de synthétiser toutes ces attentes afin d'y répondre le mieux possible n'a pas été aisé. Ce résumé est cependant suffisamment transversal pour que plusieurs des préoccupations exprimées s'y trouvent illustrées. En voici les éléments essentiels.

Dans la plupart des pays du Sud, on constate un accroissement des inégalités en milieu rural. Même dans les régions à fort potentiel, le développement de l'agriculture ne profite pas à tous : quel est sera alors le devenir de ceux qui ne pourront plus vivre de l'activité agricole ? De même constate t-on la coexistence de plusieurs formes d'agricultures qui ne sont pas forcément à opposer: une agriculture paysanne, vouée, selon certains à disparaître ou à évoluer en se modernisant, et une agriculture à base de capitaux, avec une logique d'entreprise, l'agriculture familiale dominant cependant en nombre : 95% des agriculteurs de la planète.

Cerner les conditions de compétitivité de l'agriculture familiale dans une économie mondialisée.

Les accords internationaux rendent plus difficile la mise en place de politiques de soutien à l'agriculture : quels leviers d'action restent-ils pour les Etats et les organisations paysannes qui font pression sur lui ? Les enjeux internationaux également pèsent de plus en plus fortement sur l'évolution des pays en développement. D'où une implication croissante des acteurs de la société civile dans les négociations liées à ces enjeux. Comment les représentants du secteur rural participent-ils à ces négociations ? Quelle perception ont-il des processus en cours et comment en parlent-ils ? Comment s'informent-ils ? Comment percevoir au mieux, l'impact sur le monde rural, de phénomènes globaux tels que la mondialisation, les OGM, l'évolution du commerce ou encore les évolutions technologiques. Autant d'éléments qui peuvent aider à concevoir des politiques agricoles et d'accompagnement mieux adaptées.

Car l'enjeu est bien de concevoir et d'appliquer des politiques différenciées capables de dessiner un avenir dans ou hors l'agriculture, pour le plus grand nombre de ruraux et avec un souci d'équité et d'aménagement du territoire. Le plus souvent, les choix ne sont pas déterminés et encore moins débattus : ainsi les appuis vers l'agriculture favorisent de fait certains types d'exploitations au détriment d'autres. Comment rendre ces options plus visibles et les intégrer à un véritable débat de société ?

Ce qui pose la question de la nature des appuis au secteur agricole. Si l'accès aux intrants et l'organisation des marchés sont clairement perçus comme des priorités, la vulgarisation agricole doit évoluer. Comment passer de conseils standardisés à une forme mieux adaptée à la demande des agriculteurs ? Les appuis aux exploitations les mieux positionnées peuvent-ils avoir un effet d'entraînement sur les autres ? Une vision controversée, certains estimant que la modernisation de l'agriculture entraînerait plutôt un accroissement des laissés pour compte.

Aujourd'hui l'agriculture ne se résume pas au seul développement de la productivité. Il s'agit de définir, dans le cadre d'un dialogue social et politique, les grandes fonctions qu'elle doit assumer (production d'aliments en quantité et en qualité suffisantes, gestion des ressources naturelles, emploi) et d'en tirer les mesures politiques nécessaires à l'amélioration de ces fonctions. La productivité des agricultures du Sud doit se combiner avec une gestion durable des ressources naturelles et de la fertilité, tout comme la maîtrise du poids démographique, l'aménagement du territoire et l'emploi. La pression foncière est de plus en plus ressentie comme source de conflits. La décentralisation en cours dans de nombreux pays ouvre des perspectives nouvelles tout en posant la question de la répartition des rôles entre les nouvelles collectivités territoriales et les autres acteurs locaux.

Denis Pesche

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