Grain de Sel n°14 - mars 2000
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DOSSIER
L'Aide en questions 
sommaire du dossier
Réactions aux pratiques de l’Aide
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Proportionner l’aide aux efforts des bénéficiaires
Les bénéficiaires de l’aide en sont conscients, on ne peut bâtir un développement durable sur des ressources extérieures destinées à se tarir. Dans un système où la fourniture de services publics est déconnectée des ressources propres du pays, les activités appuyées sont rarement auto-reproductibles, ne génèrant pas suffisamment de ressources propres pour survivre à l’aide. Outre le risque de dépendance, ce phénomène est susceptible de déresponsabiliser les Etats en matière d’investissements publics. La priorité doit donc tendre  vers une réduction progressive de la gratuité des actions pour accroître la participation des populations au financement des projets.

Une fois que l’Etat aura retrouvé ses marques dans la recomposition du paysage des acteurs du développement, le premier défi sera de mobiliser et de consolider des sources de financement permanentes au sein de la société civile, afin que les actions soutenues puissent être poursuivies au delà de la période d’appui. Le second défi reposera sur une prise en compte, par les finances publiques, des actions menées avec le concours des partenaires extérieurs. Proportionner le niveau d’aide aux efforts et aux ressources des bénéficiaires ? Les ONG et agences d’aide bilatérale y sont généralement favorables et elles sont nombreuses à disposer pour cela de mécanismes adaptés. C’est par exemple le profil du Fonds social de développement lancé par le Fonds d’Aide et de Coopération et des Fonds décentralisés d’appui aux initiatives productrices de base (AIPB) qui requièrent la participation des bénéficiaires à hauteur de 20 à 30%.

« Certains bailleurs nous ont obligé à mettre notre propre apport ; c’est à dire que quand on voulait monter un projet, certains nous disaient qu’il fallait obligatoirement mettre notre participation propre. Cela a été une sensibilisation qui nous a vraiment permis de mesurer notre degré de motivation. Car si on te donne une bouteille d’eau et que tu ne sais pas combien elle coûte, tu la négligeras ». Mme  Ndeye Top, Sénégal.

Finalement, on se rend compte à la lecture de ces dires d’acteurs que l’aide suscite encore des réactions bien passionnelles. Comment faire alors converger les attentes des bénéficiaires et les impératifs des bailleurs ? Il semble en effet que plus qu’une activité, la coopération est vécue comme une véritable relation par les populations bénéficiaires. Mais lorsque les utilisateurs parlent de participation aux choix, d’implication dans la mise en oeuvre, les bailleurs de fonds répondent efficacité de l’action. On serait tenté de se demander si les populations ayant vocation à être appuyées, en particulier celles du monde rural où se concentre la plus grande pauvreté, n’ont pas tendance à reporter sur l’aide les frustrations qui ne peuvent s’exprimer à l’encontre de gouvernants incapables de leur assurer des conditions de vie décentes. Ce ressentiment envers certaines pratiques de l’aide est d’autant plus fort que les projets demandeurs restent très nombreux alors que les possibilités de soutiens extérieurs se réduisent. D’où forcément un choix des bailleurs vers les actions s’intégrant le mieux à leurs critères de gestion, de clarté, de pertinence.

Les stratégies globales, les conditionnalités, les modèles, imposés parfois sans adaptation à l’environnement local, sont perçus comme des contraintes unilatérales qui peuvent dénaturer la relation de l’aide. Or pour les bailleurs, qui malgré tout font office de banquiers, ces critères restent incontournables pour justifier l’utilisation des fonds mis à leur disposition et préserver la continuité des approvisionnement en ressources, par des contribuables du Nord prompts à se trouver de nouveaux chevaux de bataille.

Changer la relation de l’aide
Aussi, pour sortir des relations de sujétion, éloigner le spectre des projets mal conçus et des réformes inadaptées, réduire la distance entre financements et populations de base, de plus en plus d’associations misent sur la formation et la valorisation de leurs compétences pour créer des conditions plus favorables à un partenariat acquis au respect de l’identité des acteurs locaux. Or le déséquilibre de la relation commence par l’inégalité des niveaux d’informations : d’un côté, les bailleurs informent peu les populations sur leurs motivations, leurs contraintes et leurs procédures ; de l’autre, ces populations ne sont pas suffisamment armées pour comprendre les logiques des bailleurs. Le défi majeur repose donc sur l’amélioration des capacités. Capacités à comprendre les enjeux liés à leurs activités, à s’imposer dans la négociation, à définir des priorités crédibles et à accepter une gestion transparente des fonds qui leurs sont confiés. La réappropriation par les communautés locales des actions temporairement prises en charge par la coopération extérieure est à ce prix.
Sylvia Serbin
sylvia.serbin@inter-reseaux.org


ENCADRES



Quelques stratégies de bailleurs de fonds vis à vis d’ONG du Sud
Selon une typologie définie par Jean Bossuyt et Patrick Develtère (cités par David Naudet) différentes approches coexistent dans la relation bailleurs de fonds - utilisateurs de l’aide : l’approche programme, où le donateur finance les activités d’une organisation ; l’approche projet, où le donateur choisit parmi des projets présentés par les ONG ; l’approche fenêtre, où le donateur précise le type ou le domaine d’action qu’il veut se voir soumettre et l’approche ‘Quango’ pour ‘quasi autonomous ONG’ - où le donateur est commanditaire et l’ONG opérateur.


« Il y a deux catégories de partenaires... »
« Nous avons connu deux sortes de partenaires. D'abord sont venus ceux qui viennent à un moment donné pour essayer d'appuyer des actions ponctuelles, un projet bien déterminé. Ils ont de l'argent pour faire juste cela, puis ils disparaissent. Les projets pour lesquels nous avons eu des partenaires qui sont venus, ont financé et par la suite sont partis, laissent un pourcentage d'échec assez considérable. Puis nous avons connu la deuxième catégorie de partenaires qui viennent, appuient financièrement et assurent un suivi plus logique. L'appui commence lors de la formulation des besoins et continue jusqu'au moment où nous pouvons avoir besoin de l'argent. Ces partenaires reviennent pour essayer d'accompagner le processus. C'est surtout avec ces partenaires que nous avons connu des résultats aujourd'hui, apprécié et qui font que l'association Jig-Jam est connue, même au niveau régional ».
Sara Diouf, Sénégal.


« Les agents de l’ONG courent derrière nous en brousse pour nous donner des conseils »
« Nous les paysans, dans cette zone, nous sommes 7 personnes qui travaillons avec ASSAILD . Leur manière de faire nous plaît ; leurs agents viennent souvent chez nous ; ils courent derrière nous en brousse, dans nos champs pour nous donner des conseils. Quelquefois, on passe tout notre temps dans la brousse, ils nous montrent comment nettoyer le terrain et cela nous aide beaucoup. Si Dieu le veut, nous allons changer notre vie parce que sans les conseils qu'ils nous donnent aujourd'hui, nous ne serions pas dans le village, nous serions ailleurs, en ville, pour faire des «ambiances» et autres. Mais ce sont les conseils, les formations qu'ils nous donnent qui nous aident vraiment à rester sur place et à travailler normalement en tant que ce que nous sommes.
Avant, il y a eu des ONG et il y a l’Office national du développement rural qui est là. Tous nous orientent directement vers les engrais et autres. C'est une dépense ! ASSAILD nous oriente sur le fumier, le compost et d'autres choses. On dépense notre énergie, mais en ce qui concerne l'argent, on n'a rien dépensé. Nous sommes vraiment contents du travail avec l'ASSAILD parce qu'elle veut que nous réussissions dans notre vie avec tous les produits que nous possédons dans le village. Avant, nous avions déjà les produits, nous avions le fumier et autres dans le village, mais nous courions ailleurs pour prendre à crédit les engrais des autres. Et cela nous réduit ! Pourquoi je dis que ça nous réduit ? Si je prends de l'engrais et si je travaille mal dans mon champ, je ne gagne rien et je serai obligé de ramasser les biens qui sont dans ma maison pour les vendre et payer ma dette à l’ONDR ».
Barmbaye Guelmian, trésorier du CODEB, Comité d’organisation pour le développement de Bedogo, Tchad.


Lorsque la confiance régit les rapports bailleurs-bénéficiaires
Selon le représentant d’une agence d’aide, « lorsque les bailleurs ont confiance, ils peuvent mettre leurs fonds en commun et le bénéficiaire, qui a su témoigner d’une certaine maturité, met en oeuvre ses propres priorités ». C’est l’approche programme, dont bénéficie le Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel qui regroupe neuf Etats ( Burkina Faso, Cap Vert, Gambie, Guinée Bissau, Mauritanie, Mali, Niger, Sénégal, Tchad). Depuis sa création après la grande sécheresse de 1973, cet organisme est soutenu par plusieurs bailleurs de fonds qui choisissaient les activités qu’ils souhaitaient financer dans le programme de développement rural présenté par le CILLS.
Devant la lourdeur des procédures (à chaque bailleur des priorités différentes) et les problèmes de gestion de financements multiples, les cinq principaux bailleurs du CILSS (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Pays-Bas) ont décidé d’harmoniser leurs pratiques et de faire un fonds commun dont la responsabilité a été transférée au CILSS. Pour bénéficier de cette expérience, conduite pour la première fois avec un organisme africain, le CILSS a dû souscrire à trois conditions :
- l’obligation d’une gestion efficace et transparente des fonds,
- la définition de priorités dans son programme d’action,
- la mise en place d’outils de suivi et d’évaluation interne (actuellement en cours).

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