Une exigence de transparence et d’information
DOSSIER L'Aide en questions
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sommaire du dossierRéactions aux pratiques de l’Aide
1 / 2 / 3 / 4Face à un tel foisonnement d’acteurs, l’exigence de transparence est très affirmée, tant du côté des bailleurs que des bénéficiaires, bien qu’elle ne recouvre pas toujours la même acception. Pour les donateurs par exemple, cette hétérogénéité rend difficile le contrôle et le suivi des actions menées, avec la crainte, parfois légitime, que l’abondance d’offres ne suscite des phénomènes de captation d’aides.Des critères nécessaires face à une forte demandeC’est pourquoi ils attendent des partenaires locaux, rigueur et clarté, aussi bien dans la définition des priorités que dans la gestion des projets. Or les gens ont souvent du mal à déterminer le plus urgent à réaliser. Ils présentent alors aux bailleurs un catalogue des desiderata de tout le village. Si ces derniers n’ont pas les moyens de se déplacer sur le terrain pour évaluer les besoins, ils sont obligés d’adopter une attitude dirigiste en ne finançant que ce qui correspond à leur champ d’intervention.
L’existence de pratiques démocratiques au sein d’une association représente souvent pour les offreurs d’aide un indicateur de maturité. Tout au moins peuvent-elles montrer que la prise de décision n’est plus le seul fait de leaders puisant leur légitimité dans le clientélisme, sans consultation de la base, avec les problèmes de mauvaise gestion et de détournements inhérents à de tels modes de fonctionnement.
Du côté des bénéficiaires, le fait que les agences d’aide ou organisations doivent tout à la fois jouer un rôle de prestataire de services auprès des populations locales et assurer leur propre développement institutionnel entretient un certaine confusion. ( « Ces gens s’enrichissent sur notre dos, sous prétexte qu’ils nous aident»). D’où la critique que certains offreurs d’aide, faisant fi des besoins du terrain, pensent d’abord à leurs intérêts en imposant, sous couvert de solidarité, des programmes éloignés des attentes des populations. De telles divergences de perceptions entre les aspirations du terrain et les stratégies des experts sont souvent sources d’incompréhension.
"Certains ici disent : l'aide doit durer car les partenaires ont besoin de nous. Les partenaires qui nous donnent de l'aide la demandent chez eux à d'autres sources, mais en notre nom. En effet, il arrive qu'on négocie un financement et qu'on en obtienne le 1/3 alors que les 2/3 sont retenus par le partenaire pour des raisons de fonctionnement ou d'autres raisons que nous ignorons. Ce sont des réalités qui sont là, que les gens ont vécues, même si on ne le crie pas sur les toits. Sans nous, ils ne recevraient pas cette aide, à travers des collectes, des dons. Et s’ il n'y a pas de structures paysannes, ils n'auront plus de raisons pour dire à leurs propres bailleurs: Nous voulons tant pour assister tel ».
Malick Sow, paysan éleveur, secrétaire général de la FAPAL, Fédération des associations paysannes de la région de Louga, Sénégal.Cette demande de transparence porte donc tout à la fois sur les motivations des donateurs, la clarification des politiques qui déterminent la mise en oeuvre des projets et les procédures propres à chaque bailleur. Le pilotage de la coopération fondé sur des motivations externes aux bénéficiaires, est perçu comme une attitude de dédain envers le potentiel et la volonté d’initiative du Sud, qui récuse cette conception du développement basée sur l’imposition de modèles rigides où les bénéficiaires ne sont qu’ exécutants.
Tributaires des contribuables du Nord, nombre de bailleurs de fonds ont tendance à prédéfinir ce qu’ils souhaitent appuyer. Dans ce cas, ils recherchent des intermédiaires susceptibles de concevoir et d’exécuter des projets dans un cadre contractuel de termes de références et d’appels d’offres. Même si les bénéficiaires participent à l’élaboration du projet, pour ces derniers, l’édiction de critères contraignants paraît difficilement compatible avec l’idée qu’ils se font du partenariat. D’où un sentiment de frustration qui les pousse à réclamer un dialogue direct avec les bailleurs afin que les choix retenus traduisent mieux leurs attentes.« Quand on a reçu les fonds, on s’est dit : Voilà d’une part ce que l’on a écrit dans le projet ; d’autre part on sait que la rentabilité de beaucoup d’activités (comme les boutiques) peut nous permettre de financer des activités jusqu’ici financées par l’ONG belge avec qui on travaillait, ou refusées par elle. Donc on a pris cet argent et on a installé des boutiques alimentaires. Le bénéfice de ces boutiques nous permettait de financer tous les volets qui étaient prévus dans le projet. Quand le bailleur de fonds belge a vu cet acte, il nous a écrit : « Le reste des fonds, on préfère ne pas vous le verser parce que vous n’êtes pas en train de mener les activités prévues dans le projet ». Alors, là on s’attendait à expliquer pourquoi on avait utilisé ces fonds pour installer des boutiques mais il n’a pas du tout tenté de comprendre pourquoi l’association avait cessé le travail ».
Pascal Mané, paysan, responsable de la communication de l’Entente de Diouloulou, Sénégal.« Un organisme d’envoi de volontaires vient vers nous et dit : « Nous voyons qu’au niveau du Centre et avec les communautés villageoises, vous menez beaucoup d’activités ; cela nous intéresse ; on peut vous aider financièrement et vous envoyer un volontaire ». Nous leur avons répondu : « Constatez ce que nous faisons. Est-ce que nous avons des lacunes techniques ? Si oui, formez-nous sur tel point plutôt que de payer un volontaire. Et si nous n’avons pas de lacune, alors envoyez-nous l’argent sans volontaire ». Ils n’ont envoyé personne et ne nous ont pas appuyés ! ».
Nicolas Biao, fonctionnaire, conseiller de l’association MORITZ (Mouvement régional de soutien aux initiatives des travailleuses en zone rurale), Kouandé, Bénin.Autre constat pointé du doigt: les effets de mode, souvent liés à la promotion de valeurs universelles en vogue dans le Nord et qui modifient les priorités régissant l’octroi de l’aide. Au gré des mots d’ordre, les bailleurs se montrent tantôt plus réceptifs aux projets de femmes, tantôt à l’environnement, la pauvreté, ou l’appui aux organisations paysannes. Les demandeurs n’entrant pas dans ces tendances sont priés de revoir leur copie. Le risque d’une offre d’aide qui impose son contenu est de pousser les gens à ne s’adonner qu’à des actions soutenues pour les abandonner une fois le financement épuisé, accentuant ainsi la dépendance à l’aide
« Les donateurs viennent et disent : « On a de l’argent pour tel ou tel domaine et c’est tout ». A nous, les ONG, ils demandent si on connaît des organisations paysannes qui peuvent rentrer dans leur cadre. Si on en a, on les conseille et on leur donne des adresses. Mais il y en a aussi beaucoup qui repartent comme cela, car souvent leurs domaines sont des domaines qui n’existent pas ou bien leurs conditions ne sont pas accessibles aux gens ».
Mme Aminé Miantoloum, responsable de la formation à l’ONG ASSAILD (Association d’appui aux initiatives locales de développement), Moundou, Tchad.« Les financeurs disent par exemple : « si vous ne mettez pas tel aspect dans vos projets, on ne vous finance pas ». Puisque les financeurs exigent que tel ou tel aspect ressorte dans les projets, les gens sont obligés de les mettre dans les dossiers. Par exemple, un des projets fréquents est la construction de magasins communautaires. On construit des magasins comme cela dans les villages alors que les gens n'arrivent même pas à produire. On construit des magasins de 600 à 800.000 CFA (8000FF) et souvent ce sont des animaux que les paysans vont mettre dans ces bâtiments. A l'époque des groupements communautaires, il «fallait » construire des magasins. Pourtant les gens ont un système de stockage traditionnel efficace, mais on cherche même pas à voir si ce système de stockage existe ou pas ».
Zambo Djeralar Miankeol, cadre de l’ONG ASSAILD, Moundou,Tchad.
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