Vers un mouvement paysan ouest-africain
Les organisations de producteurs agricoles de 17 pays africains créent un front commun pour promouvoir les positions du monde rural
Regroupant les organisations paysannes et faîtières de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, ainsi que le Tchad, une plate-forme paysanne a vu le jour en septembre 99 à Ouagadougou. L’une de ses premières initiatives a été de mandater deux émissaires au Sommet de l’UEMOA en décembre dernier à Lomé, afin de présenter son programme aux chefs d’Etats.De nombreux réseaux se constituentDes leaders paysans membres de la plate-forme se trouvaient à la FIARA de Dakar où ils ont discuté des avancées de leur projet. Conversation à bâtons rompus avec Grain de sel.
Ousséini Ouedraogo, coordonnateur des programmes de la FENOP : « Les OP sont parties du constat que très souvent, des réformes sont uniformément mises en œuvre dans le secteur agricole sans que les producteurs y soient associés, ou alors inégalement selon les pays. Dans la sous-région, les partenaires et les processus sont toujours les mêmes. Que ce soient les PAS (Plans d’ajustement structurels), les PASA (Programme d’ajustement pour le secteur agricole), ces programmes stratégiques sont soutenus par les mêmes bailleurs: Banque Mondiale, Union européenne, institutions des Nations Unies, coopérations bilatérales, etc. Ces similitudes, ajoutées à l’appartenance au même espace éco-géographique sahélien et côtier, ont milité en faveur de la constitution d’une plate- forme d’échange d’expériences. Elle permettra aux organisations paysannes de constituer une véritable force de proposition face aux Etats, aux coopérations internationales et aux ONG, dans la formulation des politiques et la mise en œuvre des programmes de développement».
« Depuis l’avènement des PAS en effet, ajoute Souleymane Keita, planteur maraîcher à Kati au Mali, et coordonnateur de la plate-forme paysanne des pays membres du Sahel, les agriculteurs africains sont confrontés aux problèmes de financement de l’agriculture, d’organisation du monde rural et de renforcement de ses capacités. Les Etats se sont désengagés et ont lancé des politiques libérales. De nouveaux acteurs ont fait leur apparition sans qu’une définition claire de leurs responsabilités ait été entreprise. Dans tout ce contexte, les paysans ne se sont pas sentis impliqués, alors que nous sommes dans une dynamique d’intégration et de mondialisation. Ainsi au niveau des organisations régionales comme la CEDEAO, l’UEMOA, les producteurs ne peuvent pas se faire entendre, alors que des décisions y sont prises, qui nous concernent directement. D’autre part, pour arriver à maîtriser des enjeux, tels que l’OMC, les Accords de Lomé, nous devons nous rassembler et informer nos membres sur ces questions ».
Madou Dominique conseiller auprès de la Fédération des unions de producteurs du Bénin (FUPRO) : « Les OP essaient de se renforcer pour mieux se faire entendre au niveau international. Quatre plates-formes nationales sont pour l’instant opérationnelles : le CNCR du Sénégal*, la FUPRO du Bénin, le CCOF du Burkina et le Conseil fédéral des paysans du Cameroun (CFPC), mais de nombreux réseaux sont en train de se constituer.Alors que les OP cherchent à prendre en mains leurs problèmes, bien des institutions ont du mal à laisser échapper des prérogatives qu’elles exerçaient jusqu’alors. Le message livré par la plate-forme au Sommet de l’UEMOA, a été qu’il valait mieux accompagner ces nouvelles dynamiques que les freiner. Car les organisation paysannes vivent des réalités que ne perçoivent pas toujours les politiques, comme par exemple le problème de la protection du petit producteur.
« C’est un problème vital auquel nous sommes confrontés, insiste Ibrahima Coulibaly, agriculteur péri-urbain, président du Syndicat malien de la solidarité rurale. Nous souhaitons que le programme d’investissement du secteur agricole en négociation avec la Banque mondiale dans différents pays africains, tienne compte des exploitations familiales si on veut éviter la disparition des petits producteurs africains et faire en sorte qu’ils produisent et vendent mieux. Or cette petite exploitation, qui occupe la majorité de nos ruraux, semble menacée par le concept d’agro-business qu’on cherche à imposer aux Africains. Des organisations paysannes ont réussi à participer aux discussions avec la Banque mondiale sur ce problème et leur objectif est de bien faire comprendre qu’on doit d’abord moderniser les exploitations familiales avant de penser à l’agro-business».
Prochaine étape, Cotonou en mai 2000, avec à la clé un important dossier : la mise en place d’un Fonds régional de renforcement des capacités des OP. Des bailleurs potentiels ayant manifesté leur intérêt pour soutenir ce projet, la réunion de Cotonou devra décider de la gestion du Fonds et de ses modalités d’accès.
Sylvia Serbin
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Tel+226 36 11 51, fenop@fasonet.bf
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