Vingt ans d’aide au Sahel - Trouver des problèmes aux solutionsPUBLICATIONS
Jean-David Naudet- Ed Club du Sahel/OCDE - 1999Fatigue de l’Aide au développement rural ? Après avoir bénéficié des attentions des bailleurs de fonds pendant des décennies, les pays sahéliens voient avec inquiétude se rétrécir les flux d‘aide, dont l’utilisation a été, il faut le reconnaître, plus ou moins heureuse. Lucide et constructif, l’économiste Jean-David Naudet passe en revue les stratégies les plus élaborées qui ont été construites autour de l’aide (programmes de développement, plans d’ajustement, renforcement des capacités, gestion des terroirs, etc.), pour constater qu’à l’arrivée, il y a toujours de forts sentiments de frustration quant à leur impact réel sur les cibles visées. Cet ouvrage, bien documenté, ne s’arrête cependant pas aux constats et privilégie une démarche de propositions basée sur des exemples concrets. L’écriture claire et agréable traduit un souci de vulgarisation appréciable qui le met à la portée du plus grand nombre.Financer autrement le développement rural
INADES Formation, 08 BP 8, Abidjan 08, Côte d'IvoireLes agriculteurs, les femmes, les jeunes ruraux sans terre sont souvent démunis face à l’aide. Particulièrement lorsqu’ils oeuvrent dans la production et la commercialisation de vivriers. Les grands projets censés appuyer le développement (banques, caisses de développement, crédit agricole) n’ont pas toujours atteint leurs objectifs ; aussi de nouveaux instruments comme les investissements directs étrangers, visent-ils les petits producteurs. Dans la collection les Dossiers développement Agripromo, l’INADES vient de publier un excellent travail pédagogique sur ce problème de financement du milieu rural en s’attachant à décortiquer de façon très claire, les dispositifs existant aux échelons nationaux comme au plan international.Plantes transgéniques, une menace pour les paysans du Sud
Robert A. Brac de la Perrière, Franck Seuret - 50 FF
Ed Charles Léopold Mayer, 38 rue Saint Sabin, 75011- Paris - Tél : 01 48 06 48 86Pour ou contre les OGM ? Alors que le débat fait rage dans les pays industrialisés, une voix manque, celle des pays du Sud, dont les paysans ignorent tout des organismes génétiquement modifiés. Et pourtant ce sont eux qui ont le plus à craindre des semences Terminator, génétiquement stérilisées et du maïs résistant aux herbicides. Car si le développement des OGM, reposant sur un modèle agricole industriel, menace les structures traditionnelles, il risque également d’aboutir à un remplacement progressif d’innombrables variétés locales sur lesquelles repose la sécurité alimentaires de ces communautés. Retentissant comme une sirène d’alarme, ce livre dresse également un tableau des implications qu’engendrerait l’introduction des OGM dans les agricultures du Sud.L'aide complice ? Coopération internationale et violence au Rwanda
Peter Uvin - Ed. L 'Harmattan,1999Comment le Rwanda, alors cité comme un pays modèle par les développeurs, a-t-il sombré dans un génocide de plus de 500.000 morts ? Pourquoi les institutions de développement, si nombreuses sur place, n'ont-elles apparemment rien vu venir et n'ont-elles pas réagi à la radicalisation raciste du régime, visible dès les années 90 ? Un livre qu'il faut lire et méditer parce ce questionnement sur l'aide nous interroge tous, ONG, experts, acteurs internationaux et nationaux, dans une Afrique où de nombreux pays sombrent dans une violence structurelle.
Les éléments de réponse apportés par Peter Uvin sont à la fois clairs et nuancés. Il décrit les différentes interprétations du génocide, remettant les différents facteurs à leur juste place: l'histoire, le durcissement ethnique provoqué par la colonisation, le renversement de pouvoir en faveur des Hutus, l’exclusion des Tutsis tenus en boucs émissaires et enfin le développement de l’Etat au service d'une élite bureaucratique vivant de l'aide internationale, sur fond de crise économique et de paupérisation de la paysannerie.
Ajouté à cela, des inégalités foncières qu’aggrave le rachat des terres par les élites urbaines, les attaques du PFR et les accords d'Arusha qui radicalisent la clique au pouvoir et attisent la haine ethnique. Ce livre raconte aussi l'oppression des petits paysans par l'appareil bureaucratique et un encadrement agricole répressif, ainsi que le ressentiment envers cette élite éduquée, pleine de mépris pour les paysans et qui circule dans les ‘4x4’des projets.
Face à cela, coupés des ruraux par la langue et la façon de travailler, les développeurs ont évacué toute dimension politique : ils ont fait semblant de ne pas voir, se consacrant à leurs projets, voyant un idéal de développement communautaire là où il y avait une ‘participation populaire’ coercitive. Lorsque les messages racistes et les pogroms orchestrés par l'armée se sont multipliés, le système d'aide n'a guère réagi. Ni pour faire pression sur le régime, ni pour réorienter l'aide. Et en ce sens, sa responsabilité est accablante, même si elle n'a pas cautionné cette crise : l'aide a augmenté dans les années 90, alors même que le régime se durcissait, apportant au gouvernement des ressources qui renforcèrent l'armée et les milices.
L’aveuglement du système d'aide sur ces enjeux, l'irresponsabilité des bailleurs qui financent des projets dont on sait qu’ils ne serviront en rien les ‘bénéficiaires’ théoriques : autant de choses qui ne sont pas spécifiques au Rwanda, mais dont Uvin nous oblige à voir les conséquences dramatiques, qui interpellent la soi-disant ‘neutralité politique’ du développement. Une interpellation qui vaut aussi pour nous, praticiens du Nord ou du Sud, responsables d'organisations paysannes, ‘aspirés’ dans le système d'aide : que produisons-nous avec nos projets, nos voitures, nos discours sur ‘la participation’, nos monceaux d'enquêtes ( répétitives et de promesses non tenues ?). Ne sommes-nous pas aussi en train de créer un légitime ressentiment des paysans contre un système qui tourne pour lui-même, incapable de se donner une exigence de rigueur et d'efficacité ?Compte-rendu Philippe Lavigne Delville