Quelles priorités pour
l’aide au développement rural ?
Une réflexion organisée
par l’Inter-Réseaux sur les enjeux de l’aide en Afrique sub-saharienne
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Rappelant le contexte dans lequel l’aide publique a évolué ces dernières années, l’un des intervenants a noté que la libéralisation économique et la démocratisation politique en Afrique sub-saharienne ont conduit, depuis le milieu des années 80, à une profonde redistribution des cartes de l’aide, tant au niveau des acteurs locaux que des donateurs.
Auparavant, pour déployer leurs stratégies d’aide au développement, la plupart des coopérations publiques s’appuyaient sur les Etats, représentant des communautés nationales et incarnant, à ce titre, l’intérêt général. Ceci avait favorisé l’émergence d’un créneau "d’intermédiaires de l’aide", investi par de nombreux bureaux d’études positionnés en passage obligé des projets financés par la coopération ; projets généralement définis en concertation avec les Etats.
Se distinguant de cette tendance, certaines
agences publiques d’Europe du Nord, de Suisse et du Canada nouèrent
des partenariats directs avec des organisations sociales ou socio-économiques
et s’impliquèrent aux côtés des populations locales.
De leur côté, les ONG, au nom des valeurs de justice sociale,
d’équité et de démocratie, se lancèrent dans
des projets de développement en faveur de la société
civile.
En raison de leur impact sur la pauvreté, de plus en plus d’ONG commenceront à s’intéresser aux questions macro-économiques et aux politiques publiques, n’hésitant pas à discuter les choix des agences d’aide, s’impliquant dans les orientations stratégiques des projets. Des rapports indépendants sur les coopérations publiques se multiplient. Ainsi, en l’espace de 10-15 ans, on va passer d’un contexte où les priorités du développement étaient définies par des appareils bureaucratiques, à une véritable explosion du marché de l’aide.
En effet, mobilisés par des causes
et des objectifs divers, de nouveaux acteurs apparaissent, qui vont tisser
des stratégies internationales de développement très
différentes. Dans ces canaux de solidarité, parfois porteurs
d’innovations, se retrouvent des collectivités territoriales, des
entreprises, des organisations socio-professionnelles (syndicats, organisations
professionnelles agricoles), des établissements d’enseignement ou
des associations très actives dans la lutte contre la pauvreté
et pour la protection de l’environnement. Riche de sa diversité
cette coopération de société civile à société
civile pèse désormais dans le débat sur l’aide au
développement.
Confrontées à la diversité des appuis indépendants, mais aussi des acteurs de l’aide et de leurs motivations, les agences publiques cherchent à jouer la carte du pragmatisme et de la cohérence en soutenant, par souci d’efficacité, les programmes les plus ouverts à des partenariats entre la sphère publique et la sphère non gouvernementale.
Le prochain numéro de Grain de Sel reviendra plus en détail sur les débats de fond de cette rencontre, avec un dossier spécial sur les enjeux de l’Aide. On y fera notamment le point sur la réflexion internationale à propos de l’aide au secteur agricole dans les pays en développement. Les opinions des différents acteurs de l’aide qui vous seront présentées (paysans et ONG du Sud, administrations et bureaux d’études du Sud, chercheurs et opérateurs du Nord, administrations et consultants du Nord), témoigneront aussi de la diversité des échanges.
Les participants au séminaire ont retenu quatre thèmes majeurs de débat qui seront développés dans le dossier spécial de Grain de Sel :
Nous vous invitons à
participer :
Nous comptons sur vous. En nous
adressant vos réactions à ce dossier, vous contribuerez
à valoriser vos expériences par le biais de Grain de sel.
Mieux accompagner le développement (Synthèse des propositions)
Les enjeux du développement rural en Afrique sub-saharienne sont aujourd’hui bien connus. Exprimés sommairement, ils ont pour noms : dosage entre libéralisation et protection, rôle de l'État, organisation des filières, rôle du secteur privé agro-alimentaire, restructuration et professionnalisation des milieux paysans, financement de l’agriculture, rapports entre décentralisation et développement local, rôles des services publics et services professionnels marchands, préservation des ressources naturelles, etc.
Les aides extérieures s’y confrontent avec plus ou moins d’efficacité (sauf peut-être pour ce qui concerne le financement interne de l’agriculture), mais avec une réelle volonté de trouver des solutions adaptées. La difficulté est d’affronter globalement ces enjeux, et non plus un par un, sans s’en remettre systématiquement aux doctrines libérales. C’est pourquoi il est important que de tels débats autour de ces enjeux soient également suscités dans les pays africains et qu’on y associe l’éventail le plus large des acteurs concernés par l’avenir du monde rural.
Les critiques relatives aux aides extérieures sont, elles aussi, bien connues : résultats souvent médiocres ou fragiles en termes de croissance, de sécurité, de réduction de la pauvreté, de préservation des ressources naturelles et de gouvernance. Par leurs méthodes et leurs modes de financement, les aides ont tendance à induire une dépendance multiforme. Multiples et peu coordonnées, s’épuisant, car transitant par trop d’intermédiaires, elles empilent priorités, acteurs et méthodes. Un cloisonnement qui dégage une impression générale de confusion, d’incohérence et de gaspillage, en dépit d’initiatives originales et fécondes. Impression confirmée et amplifiée par des témoignages directs recueillis auprès d’Africains, responsables paysans et cadres, impliqués dans la coopération.
On assiste actuellement à une réévaluation fondamentale des dispositifs d’aide, qu’ils soient bilatéraux ou multilatéraux. Mais les réflexions se concentrent surtout au Nord, sur des réformes institutionnelles, et pas assez sur les finalités et les tendances de long terme. Cependant, un consensus commence à voir le jour, sur la nécessité de redéfinir les rôles respectifs de l’Etat et des acteurs non-gouvernementaux face aux déficiences des marchés. Pour ce faire, les agences d’aide ont besoin de progresser dans la connaissance des jeux d’acteurs, dont certains, pourtant décisifs, agissent de manière voilée ou selon des codes de conduite qui échappent totalement aux intervenants extérieurs.
Le secteur du développement rural apparaît comme l’exemple de référence de ce débat, tant les enjeux collectifs y sont indissociables des intérêts privés. Ce domaine a en effet la particularité de relever d’un double registre : (1) une logique « secteur privé » ou sphère marchande liée à la production agricole et (2) une logique « bien public » dans la mesure où cette production s’opère sur la base d’une valorisation des ressources naturelles. Le secteur rural exerce par conséquent un rôle majeur dans l’aménagement de l’espace et la préservation de l’environnement. Au delà du secteur rural, le débat est plus général et concerne tous les secteurs où l’intérêt « public », c’est à dire collectif, est en jeu.
Aussi le groupe de travail recommande t-il que « les aides publiques évoluent d’un stade de maîtrise d’ouvrage « de fait » à celle d’un accompagnement, volontaire, affiché, transparent et durable, des politiques publiques intermédiaires conçues et mises en œuvre de façon concertée, entre l’État, les représentants de la société civile concernés et les entreprises. Cette évolution suppose un engagement à soutenir des « formes de gouvernance appropriées » par un travail qui combinerait à la fois l’objectif de réhabilitation de l’État et l’accompagnement de certaines catégories d’acteurs du milieu rural africain.
Les propositions issues de ce séminaire
ont été condensées dans une première synthèse
par la Comité de pilotage qui se propose de l’enrichir ultérieurement
de vos réactions. Ce travail fera ensuite l’objet d’une publication
dans la collection des dossiers de l’Inter-Réseaux en avril 2000.
| Par politiques publiques,
on entend des politiques dont l’objet est de réguler l’accès
à des biens collectifs tout en prenant en compte le jeu des
acteurs. Il ne s’agit pas forcément de politiques mises en
œuvre par les pouvoirs publics.
Par politiques publiques intermédiaires, on entend des politiques qui impliquent des cadres de concertation et de négociation associant tous les acteurs concernés et qui ne sont déterminées ni exclusivement par un cadre macro-économique international, ni par une somme de projets locaux sans liens entre eux, ni par des mesures sociales palliatives. |
Une initiative qui pour Bernard Lecomte, l’un des principaux animateurs du GRAD, pourrait enrichir la réflexion en cours sur l’amélioration de l’aide au développement.
Ces documents, d’une vingtaine de pages
chacun, comportent deux parties : une transcription des réactions
obtenues sur des thèmes spécifiques et un espace réservé
aux observations de praticiens de l’Aide sur les problèmes soulevés.
La collection qui s’articule autour des 11 thèmes suivants, sera
publiée dans sa version finale en un document unique.
DD1 : L’appui aux Organisations Paysannes
Débutantes (OPD)
DD2 : L’appui aux Organisations Paysannes
Expérimentées (OPE)
DD3 : Quelle aide pour les femmes ?
DD4 : Avantages, inconvénients
et utilisation spécifique des divers instruments
d’aide
DD5 : Limiter les effets négatifs
de l’aide extérieure sur l’autonomie des ruraux
DD6 : Construire l’autonomie financière
des ruraux aux divers niveaux
DD7 : Construire la convergence entre
acteurs du développement local
DD8 : Le renforcement des organisations
de base
DD9 : L’appui aux individus et/ou l’appui
aux divers collectifs
DD10 : Philosophie du partenariat:
Une exigence mutuelle de respect dans une relation fondamentalement inégale
DD11 : Pratiques du partenariat: Construire
et réparer malgré les doutes
D’une utilisation pratique, ces dossiers peuvent également servir de supports à la conduite de réunion. Si vous connaissez des gens, des groupes ou des institutions qui travaillent dans le domaine de l’Aide et seraient intéressés par les sujets traités, n’hésitez pas à nous en informer. Nous pourrons les leur faire parvenir en un ou plusieurs exemplaires.
Comment se les procurer ?
Pour le Sénégal et le
Burkina-Faso, s’adresser directement aux correspondants suivants :
Pour des échanges ou des discussions, voici quelques adresses de personnes concernées par ces thèmes (outre M. Baba Ouedraogo),