Sylvia Serbin
Ces problèmes auxquels elles
sont confrontées, les processus d’encadrement qui leur sont destinés
n’en tiennent pas suffisamment compte. Femmes rurales ou oeuvrant dans
ce domaine, ces formatrices, agents d’ONG et cultivatrices, originaires
du Burkina-Faso, du Bénin, du Cameroun, du Niger, du Togo, du Sénégal
et du Tchad, ont raconté les difficultés à assurer
la survie des familles, à asseoir leur autonomie en tant qu’agents
de production, ou à faire accepter leur revendication d’un rôle
plus actif dans la communauté rurale.
Ainsi, pour Aminé Mantoloum,
formatrice à Moundou (Tchad) : « Les femmes ont toujours contribué
aux différentes activités communautaires sans qu’on prenne
jamais en compte leurs activités spécifiques et leurs problèmes
de mères». Leur premier souci en tant que mères étant
le bien-être de la famille, « Elles ont beaucoup plus de charges
que les maris. Par exemple, si les soins de santé sont du ressort
du village, trouver les moyens pour soigner les enfants, c’est généralement
le problème de la mère qui le plus souvent prend aussi en
charge la scolarité des enfants. Le problème de l’eau, celui
de la nourriture, ou encore de la formation agricole, sont autant de difficultés
que rencontrent les femmes. Ces femmes font de leur mieux avec beaucoup
de sérieux, mais elles ont un pouvoir d’achat très bas et
ne savent pas où trouver des aides pour développer des activités
génératrices de revenus.
Les femmes ont compris que se réunir
en groupements est aussi un moyen d’émancipation et de prise de
décision pour la gestion des biens individuels et collectifs. Quand
c’est un bien communautaire, les maris le respectent, mais si c’est un
bien individuel, ils peuvent toujours « embêter » les
femmes. Les hommes sont de plus en plus malins. Ils savent que de nombreux
bailleurs sont attentifs aux organisations de femmes, donc ils mettent
parfois les femmes en avant pour obtenir des crédits ».
Pour cette animatrice, les organismes
d’aide devraient étudier des systèmes de gestion plus souples
pour les femmes, qui sont généralement très rigoureuses
dans ce qu’elles entreprennent, car « tout ce qu’elles gagnent, elles
ne le gardent pas pour elles, c’est l’ensemble de la communauté
familiale qui en bénéficie ». En conséquence,
les femmes devraient bénéficier des subventions de l’aide
à parts égales avec les hommes.
Ce souci de bonne gestion chez la femme
pourrait être considéré comme un atout, souligne une
participante du Niger : « Les bailleurs de fonds devraient aider
davantage les femmes. La femme a son champ de mil, son champ de manioc,
son champ d’arachide, qui lui permettent d’assurer au moins le bien-être
de ses enfants. Or quand l’homme fait ses récoltes, tout de suite
il va prendre une seconde femme, ou faire des jeux de hasard ».
Selon Ramata Sawadogo, du Burkina-Faso,
le temps est révolu où l’on donnait des subventions à
fonds perdu. L’appui financier aux femmes devrait se faire sous forme de
fonds de garantie permettant d’accéder plus facilement au crédit
pour développer des activités autonomes et durables. Ce qui
ne signifie pas qu’il ne faille plus de subventions. Celles-ci pourraient
s’orienter vers des activités sociales ou d’alphabétisation.
Même partiels, ces quelques propos
reflètent bien les préoccupations de femmes rurales, soucieuses
d’être reconnues à travers leur participation à la
vie communautaire. Elles sont convaincues qu’elles pourraient jouer un
rôle plus important si on leur en donnait les moyens. Pour ce faire,
de plus en plus de femmes s’organisent malgré le poids de la tradition
et n’hésitent pas à réclamer un contact direct avec
les bailleurs pour les sensibiliser aux spécificités de leur
condition, comme par exemple l’absence de biens propres pouvant servir
de garantie en cas de prêt. Quelques expériences ont cependant
été tentées avec succès dans certains pays.
« Si on observe la femme actuelle et qu’on la compare avec celle
d’il y a 15 ou 20 ans, on se rend compte que l’aide a nettement renforcé
leur place. Au moins deux ou trois fois par an, on organise des rencontres
pour favoriser la formation de femmes leaders : on identifie les femmes
qui pourraient arriver à jouer le rôle de responsables de
l’ensemble. Les femmes que nous avons repérées, on les incite
à prendre la parole en les formant et elles arrivent à animer
des rencontres ». (Joséphine Ndione, Sénégal).