Les filières Coton
d’Afrique en pleine mutation
Dans un numéro
spécial sur la libéralisation des filières Coton en
Afrique subsaharienne, l’Echo des cotonniers nous éclaire sur les
enjeux des grandes manœuvres en cours, d’où les organisations paysannes
n’entendent pas rester absentes.
Sylvia Serbin
Ce dossier fait suite à la rencontre
des correspondants de l’Observatoire coton, tenue à Saint-Louis
du Sénégal en janvier 1999. Nous y avons retenu les exemples
du Bénin et de la Côte d’Ivoire où le processus de
libéralisation, bien avancé, a entraîné une
forte mobilisation des organisations paysannes, en raison notamment du
fait que certaines fonctions de la filière risquent d’être
abandonnées à terme par les acteurs qui en avaient précédemment
la charge. Loin d’attendre passivement les réformes structurelles
annoncées, la plupart des organisations revendiquent désormais
la possibilité de se faire entendre dans les concertations menées
sur l’avenir de leurs activités.
Libéralisation
des filières coton : les schémas des bailleurs
La
production africaine de coton en baisse
Débat
: L’évolution de l’agriculture dans la zone de Mali Sud
Au
Bénin, les paysans veulent contrôler la gestion des intrants
Le processus de libéralisation
enclenché depuis près d’une décennie est en train
de franchir une nouvelle étape au Bénin, alors que les paysans,
mécontents des dysfonctionnements de la filière des intrants,
souhaitent en prendre en main la gestion. Par ailleurs, l’Etat ayant annoncé
en décembre 1998 son intention de commercialiser par ventes aux
enchères, près de la moitié de la production nationale
de coton-graine, à partir de 1999-2000, la décision a dû
être reportée, faute de modalités de mise en œuvre
de ce nouveau mécanisme.
Il est vrai que ces projets s’inscrivaient
dans un contexte difficile. La campagne 1998-99 a été en
effet tributaire de graves inondations de champs, de retards dans la mise
en place des intrants et de l’inefficacité des produits de traitement.
De ce fait, les rendements enregistrés à l’hectare n’ont
pas permis aux producteurs de rembourser leurs crédits. D’un autre
côté, l’idée d’enchères du coton a fait l’effet
d’une douche froide sur les égreneurs publics et privés qui
en ont demandé le report jusqu'à la prochaine campagne, afin
de s’organiser. En effet, sans mécanisme de garantie, il n’était
pas du tout certain que les établissements bancaires acceptent de
pré-financer les égreneurs pour leurs achats de coton-graine
auprès des producteurs. Si l’exclusivité d’achat de la SONAPRA,
société d’Etat qui avait également un rôle d’instance
de surveillance de la qualité du coton, permettait jusqu'à
présent cette garantie, la mise en concurrence brutale des égreneurs
par des enchères publiques supposait trop d’incertitudes pour les
banquiers, avant tout soucieux de limiter la prise de risques. Quand bien
même il était prévu que seuls les opérateurs
agréés par la SONAPRA, participent aux enchères.
Le principe d’une concurrence entre
égreneurs semblait pourtant satisfaire bon nombre de producteurs,
qui escomptaient de meilleures rémunérations en vendant librement
leur coton aux plus offrants. Ils auraient ainsi perçu directement
les recettes de leurs récoltes, sans passer par le monopole de la
SONAPRA, qui détenait jusqu’alors l’exclusivité d’achat auprès
des planteurs. Certains observateurs notent toutefois que c’est surtout
la surcapacité d’égrenage du Bénin qui aurait pu créer,
dans un premier temps, une situation favorable aux producteurs. La mise
en concurrence des égreneurs, que la décision gouvernementale
souhaitait accélérer, aurait en effet conduit à une
restructuration rapide du secteur, en provoquant notamment une baisse de
la surcapacité, mais surtout, du nombre d’égreneurs. A terme
cependant, le rapport de forces se serait sans doute inversé en
faveur des égreneurs restant.
S’il avait été adopté,
le nouveau système de commercialisation aurait provoqué la
disparition du mécanisme de stabilisation des prix, qui avait contribué
au développement de la production cotonnière au Bénin.
Se serait alors posé le problème d’un dispositif alternatif
d’aide aux producteurs face aux baisses des cours mondiaux.
Cette situation de crise, accentuée
par la dégradation des cours du coton sur le marché international,
a conduit le gouvernement béninois à mettre en place une
Commission chargée de travailler sur la gestion de la filière
cotonnière et de recadrer les relations entre ses différents
acteurs (opérateurs directs, égreneurs, producteurs et fournisseurs
d’intrants). Pour l’heure, cette Commission semble appuyer l’idée
d’une association interprofessionnelle regroupant l’ensemble des acteurs
cotonniers sur la base de négociations contractuelles ; ce qui permettrait
un meilleur partage de la valeur ajoutée. Bien charpenté,
un tel projet recueillerait sans doute l’aval de bailleurs de fonds comme
la Banque mondiale et la Coopération française, d’autant
qu’en contribuant à une certaine stabilisation des prix, il pourrait
représenter un palliatif tout à fait convenable à
l’ancien système de garantie par l’Etat.
Autre enjeu de taille, la gestion des
intrants, dont l’approvisionnement dépend de distributeurs privés
agréés par la SONAPRA. Depuis plusieurs campagnes maintenant,
les producteurs se disent pénalisés par des difficultés
d’approvisionnement qu’ils imputent aux sociétés chargées
de ce travail. Des dysfonctionnements particulièrement dommageables,
notamment lors de la campagne 98-99, qui a connu des retards dans la fourniture
des intrants, des livraisons de quantités inférieures à
celles attendues ou encore des interversions de produits destinés
à des traitements différents. Cette situation a conduit des
producteurs a abandonner les surfaces qu’ils n’arrivaient pas à
traiter et a contribué à la chute des rendements.
Lassés par tant d’anomalies,
les producteurs béninois ont manifesté le désir de
prendre en main le contrôle de la filière des intrants, après
une concertation avec les autorités compétentes. Ainsi, les
77 Unions sous-préfectorales des producteurs du Bénin (USPP)
ont créé en assemblée générale, une
Coopérative d’approvisionnement et de gestion des intrants agricoles
(CAGIA-Bénin), doté d’un conseil d’administration au sein
duquel siègent des délégués d’organisations
paysannes.
Mais si l’Etat béninois a écouté
les arguments des producteurs, il ne semble cependant pas disposé
à abandonner le rôle pivot de la SONAPRA dans le marché
des intrants à la CAGIA-Bénin. Cette coopérative n’a
pas de légitimité à reprendre le monopole, mais pourrait
tout au plus devenir un distributeur supplémentaire. En conséquence,
elle devra solliciter son agrément de distributeur d’intrants agricoles
au même titre que les autres entreprises opérant au sein de
la filière. La CAGIA-Bénin a donc démarré ses
activités en participant comme observateur à l’élaboration
du cahier des charges de l’appel d’offre pour la fourniture des intrants
de la campagne 1999-2000. Ceci, après avoir sollicité l’accord
du gouvernement pour bénéficier de l’assistance technique
de la SONAPRA (dont la privatisation est d’ailleurs à l’ordre du
jour), et faire l’apprentissage de ce nouveau métier (appels d’offres,
dépouillement, commandes, contrôle de qualité, distribution
etc.).
Forte de l’appui de la Fédération
des unions de producteurs du Bénin (FUPRO), qui lui promet une subvention
remboursable de cinq cents millions de FCFA, sur les réserves des
OP détenues par l’Office national de stabilisation, CAGIA-Bénin
estime disposer de suffisamment de garanties pour obtenir les crédits
bancaires qui financeront ses activités et lui permettront de contrôler
à terme toute la gestion des intrants au Bénin. Mais cet
optimisme ne convainc pas l’ensemble des acteurs concernés, qui
estiment à 25 milliards de FCFA les garanties nécessaires
pour assurer le préfinancement des intrants d’une campagne cotonnière.
En
Côte d’Ivoire, les OP veulent posséder leurs usines d’égrenage
...
En Côte d’Ivoire, où la
production nationale a atteint près de 350.000 tonnes de coton-graine
en 1998-99 contre 337 000 tonnes l’année précédente,
cette première campagne depuis la privatisation partielle de la
Compagnie ivoirienne pour le développement des textiles (CIDT),
a été marquée par la mobilisation des producteurs
pour, d’une part, la construction de deux usines d’égrenage et pour,
d’autre part, la création d’une mutuelle de soutien des prix.
Après le bras de fer qui a opposé
les trois principales organisations cotonnières du pays à
l’Etat et aux opérateurs privés, à propos du rachat
de six des dix usines mises en vente lors du démantèlement
de la CIDT, les organisations faîtières ont dû lâcher
prise. Renonçant à cette opération, elles ont finalement
décidé de se consacrer plutôt à un projet de
construction de deux nouvelles usines d’égrenage plus modernes,
au lieu de se battre pour de vieilles usines. Pour financer ce projet de
10 milliards de F CFA, elles comptaient sur l’apport de partenaires étrangers
et sur la part du Fonds de garantie de la filière revenant aux producteurs,
soit 12 milliards de F CFA. Mais l’argent du Fonds de garantie s’avérant
indisponible, les paysans ont dû se replier vers ceux de leurs partenaires
étrangers disposés à prendre en charge la construction
des deux usines et des magasins de stockage. Assurées de ces soutiens,
les organisations paysannes attendent maintenant le feu vert de l’Etat
pour lancer leur projet.
Dans le cadre du montage retenu, une
société financière a été créée,
la SOFINCO, dont les organisations paysannes devraient détenir 60%
des parts, les 40% dévolus à leurs partenaires représentant
les investissements liés à la construction des bâtiments.
Ces derniers fourniront aux OP les moyens de production nécessaires
à la campagne (intrants, etc.) et disposeront en contrepartie d’une
exclusivité d’achat du coton-graine produit par les membres de la
SOFINCO, via leur OP, sur la base d’un prix négocié en début
de campagne. Ce schéma s’apparente en fait à celui qui a
prévalu avec le monopole de la CIDT, à la différence
qu’il s’agira là d’une société privée où
les OP seraient actionnaires majoritaires. Par ce biais, les organisations
paysannes tenteraient de revenir en force dans les secteurs de la transformation
et de la commercialisation dont elles ont été exclues lors
de la privatisation de la CIDT.
Lucides, les producteurs n’ignorent
pas que le gouvernement peut leur refuser l’autorisation de construire
leurs usines, afin de garantir l’approvisionnement en coton-graine des
autres opérateurs privés à qui sont revenues les anciennes
usines de la CIDT. D’autant que, dans un contexte de baisse générale
de la production, l’arrivée de deux nouveaux sites risque de créer
une surcapacité du parc d’égrenage si la production ne suit
pas, avec en outre, le risque d’une faible rentabilité des usines
existantes, dont celles des producteurs.
Le dossier est donc complexe. D’où
l’idée d’un mécanisme d’organisation de la vente du coton-graine
qui pourrait procéder à un partage de la production entre
les différents égreneurs. Mais les organisations paysannes
veulent rester optimistes et envisagent même de créer, avec
les bénéfices escomptés de ce projet, une mutuelle
de soutien des prix aux producteurs, en vue de faire face aux risques de
baisse des cours sur le marché.
...
et créer une mutuelle de soutien paysan
Soucieux de se prémunir
contre les bouleversements occasionnés par la libéralisation
des filières, les producteurs de coton ivoiriens souhaiteraient
en effet créer un fonds de soutien destiné à prendre
le relais des mécanismes de stabilisation des prix appelés
à disparaître à l’issue de la période de transition
en 2002. Dans l’ancienne organisation, les prix au producteurs, annoncés
en début de campagne, étaient garantis par un Fonds de stabilisation.
Or avec la déréglementation du marché, les prix deviendront
libres.
Pour l’heure, ce projet, que les organisations
veulent bien ficeler, est en phase d’étude. Sa mise en œuvre dépendra
de la marge de manœuvre que leur autorisera le gouvernement dans leur ambition
de se positionner au cœur des mutations imposées au monde rural.
Mais il existe une inconnue de poids, liée à des facteurs
extérieurs à la Côte d’Ivoire, comme l’évolution
des cours mondiaux du coton sur lesquels les producteurs n’ont aucune prise.
Le défi n’en apparaît donc que plus lourd à relever.
Car, outre l’ampleur des montants nécessaires à la constitution
d’un tel fonds, la conjoncture actuelle défavorable à une
mobilisation de ressources, ajouté aux difficultés à
compenser sur un long terme les tendances du marché si celles-ci
s’avéraient durablement défavorables, pourraient bien avoir
raison de telles aspirations.
L’observatoire
Coton
Lancé en novembre
1997 à Bamako (Mali), l’Observatoire Coton est une émanation
du Réseau Agriculture Paysanne et Modernisation (APM-Afrique), lui-même
constitué de responsables d’organisations paysannes et de personnes
ressources œuvrant à l’instauration d’un espace indépendant
de concertation sur le monde rural.
Se voulant l’écho des organisations
paysannes cotonnières d’Afrique, en même temps qu’un outil
de formation et d’information, l’Observatoire Coton s’est doté d’un
bulletin trimestriel, l’Echo des cotonniers, alimenté par les contributions
de son réseau de correspondants nationaux basés dans les
pays membres suivants : Bénin, Burkina-Faso, Cameroun, Côte
d’Ivoire, Guinée, Mali, Sénégal, Tchad et Zimbabwe.
S’appuyant sur une coordination dont le siège est à Montpellier,
l’animation de l’Observatoire et la coordination de l’Echo des cotonniers
sont assurées par Jean-Jacques Dello.
Coordonnées : s/c CIEPAC, ATRIUM
45 - 663 av de la Pompignane 34170 Castelnau-le-Lez, France - Tél
33(0)4 67 02 13 26 - Fax (33)(0)4 67 72 99 76 - email ciepac@softel.fr
Libéralisation
des filières coton : les schémas des bailleurs
La libéralisation semble inéluctable
dans nombre de pays du Sud, car la plupart des zones sous ajustement structurel
devront peu ou prou se plier aux conditions de leurs bailleurs internationaux.
Mais tous ne sont pas d’accord sur les méthodes à suivre.
Un rapide survol des principales thèses visant à inspirer
la restructuration des filières cotonnières, vous aidera
à mieux comprendre la philosophie des interventions menées
sur le terrain. En gros, deux approches coexistent :
Celle proposée par la Coopération
française qui soutient la libéralisation lorsqu’elle prend
en compte la spécificité des pays cotonniers et s’appuie
sur des réformes progressives, sans chercher à casser brutalement
des institutions dont le fonctionnement est satisfaisant. Une telle libéralisation
pourrait déboucher par exemple sur un modèle de contractualisation
de type interprofessionnel entre les acteurs de la filière, afin
d’éviter un processus de concurrence « sauvage ». Cette
Démarche d’intégration permettrait de maintenir une protection
phytosanitaire efficace, d’assurer les approvisionnements en intrants,
de garantir des rendements élevés et une bonne compétitivité
grâce notamment à la vulgarisation des avancées de
la recherche auprès des producteurs. Enfin autre avantage, et non
des moindres, de la contractualisation : sécuriser le préfinancement
des achats d’intrants et de coton-graine par les banques et faciliter la
mise en place d’un cadre de concertation pour la fixation de prix et de
mécanismes de stabilisation négociés.
Si les économies d’échelles
le justifient, la présence d’un opérateur unique (public
ou privé) peut tout à fait se concevoir pour l’un ou l’autre
des métiers de la filière (approvisionnement en intrants,
commercialisation primaire, égrenage ou exportation). Mais cette
position n’est pas immuable. La privatisation peut également s’envisager
avec une participation des producteurs au capital des entreprises nouvellement
créées. Certains pays comme Sénégal et le Cameroun
y semblent favorables, de même que le Burkina-Faso où l’Etat
pourrait céder 30% de ses parts aux producteurs. Outre qu’ils offriront
aux organisations paysannes un véritable statut de partenaires coresponsables
des décisions engageant leurs activités, l’important est
que tous ces projets de restructuration permettent aux acteurs du monde
rural de prendre en main leur destin.
La logique de libéralisation
des marchés et de privatisations, défendue par la Banque
mondiale, préconise des mesures plus rapides destinées à
obtenir des prix au producteur plus avantageux qu’en situation de monopole.
Cette approche suppose un éclatement du monopole des sociétés
cotonnières actuelles qui alourdissent les charges de la filière
par des coûts de revient élevés et ne laissent que
peu de revenus aux producteurs. Démantèlement qui peut se
faire de deux façons : une privatisation brutale dont le résultat
est de casser la société cotonnière en plusieurs morceaux
(cas de la Côte d’Ivoire), ou une privatisation rampante comme au
Bénin. On maintient alors le monopole de la société
en la vidant progressivement de son contenu. Reste une des conséquences
les plus importantes du processus prôné par les promoteurs
du tout libéralisme : la disparition des fonds de stabilisation
et la fin des financements des OP, à laquelle il faudra nécessairement
trouver des alternatives.
Telles sont, pour l’essentiel, les approches
proposées par les bailleurs internationaux. Elles peuvent dans certains
cas apparaître comme concurrentes, mais pour l’heure, aucune des
deux propositions ne domine vraiment les évolutions en cours : les
gouvernements de chaque pays tendant à trouver des compromis adaptables
à leur situation nationale ou cherchant à explorer leurs
propres voies. C’est notamment le cas du Mali, où l’Etat a construit
depuis 1991 un partenariat entre les producteurs de coton et la Compagnie
malienne des textiles.
La
production africaine de coton en baisse
2 millions de tonnes de
coton-graine seront produites cette année dans les pays africains
appartenant à la zone franc, contre 2,27 millions de tonnes l’an
dernier. Ce ralentissement de la production a surtout été
sensible au Sénégal, au Bénin et au Cameroun. Une
situation liée aux aléas climatiques et à la non-maîtrise
du parasitisme que l’on a pu imputer aux effets d’une libéralisation
mal maîtrisée de la filière des intrants. A cela s’est
ajouté une baisse générale des cours qui a progressivement
réduit l’impact de l’effet dévaluation grâce auquel
le coton africain était redevenu compétitif sur les marchés
mondiaux.
Alors que les performances de ces dernières
années avaient permis au coton africain de se hisser au 3è
rang des exportations mondiales avec 15% des échanges, la production
cotonnière connaît donc un fléchissement après
quatre années de récolte record. Autre fait nouveau, la plupart
des pays africains ayant eu du mal à placer une bonne partie de
leur production, cela s’est traduit pour eux par un accroissement des stocks
sans précédent.
En fragilisant leurs ressources,
l’érosion des marges bénéficiaires risque d’avoir
deux conséquences, la première étant de placer les
OP en position de faiblesse pour négocier avec leurs banques le
financement des prochaines campagnes. De plus, il faudra sans doute s’attendre
à des tensions entre les sociétés cotonnières
qui vont répercuter ces baisses de prix et les producteurs qui tiennent
pour acquis les prix qui leur ont été accordés pendant
plusieurs années de conjoncture favorable. A moins bien sûr
d’un retournement de tendance sur le marché mondial.
L’évolution
de l’agriculture dans la zone de Mali Sud
Dominique de la Croix
et Jean-Claude Devèze, tous deux de l’Agence française de
développement, parcourent depuis longtemps les zones cotonnières
africaines. L’identification d’un nouveau projet, au sud du Mali, leur
ont inspiré ces quelques réflexions en guise de contribution
au débat sur l’évolution de l’agriculture cotonnière.
La coopération française
parle de ‘success-story’ à propos du développement des zones
cotonnières et en même temps, de nombreuses réserves
sont émises. Ainsi, dans le sud du Mali, la culture de plus de 500.000
tonnes de coton ces dernières années a permis de payer aux
paysans maliens 1 milliard de francs français, mais surtout, depuis
de nombreuses années, de faciliter l’équipement des exploitations,
de développer l’association agriculture-élevage, et de promouvoir
l’alphabétisation des ruraux, et l’organisation des producteurs.
En même temps, les critiques se multiplient : les producteurs sont
défavorisés dans le partage de la valeur ajoutée,
la production se fait au détriment de la conservation des sols et
de leur fertilité, la dépendance est trop forte vis-à-vis
d’une culture soumise aux variations des cours sur le marché international,
les organisations de producteurs sont mal gérées...
Parmi tous ces débats, un des
plus importants actuellement est celui du développement durable.
Pour notre part, nous sommes persuadés que les agriculteurs de pointe,
équipés, disposant d’une main d’œuvre, gérant leur
exploitation et pratiquant la culture anti-érosive, sont les premiers
engagés dans les processus les plus prometteurs, non seulement de
maintien, mais d’amélioration de la fertilité (Bien entendu,
ceci est à vérifier par des enquêtes). Dans ce cas,
le développement durable est lié à la maîtrise
du progrès technique, en lien avec la gestion des sols et des ateliers
de production, ce qui suppose des débouchés fiables. Ainsi,
le développement durable est conditionné par un développement
économique pour lequel les paysanneries africaines, qui ne disposent
d’aucun soutien financier pour vendre leurs produits, se trouvent désavantagées.
D’où l’importance du débat sur le commerce mondial et sur
les soutiens et stabilisation des prix, au moment où ceux du coton
s’effondrent. De toute évidence, ceci nécessite de poursuivre
la réflexion, vu la croissance des inégalités.