Les agents de l’Etat confortablement installés dans ce dispositif de vulgarisation deviennent des pions incontournables, omniprésents dans les rôles stratégiques de conception, de contrôle et de prise de décision, maintenant les populations dans des rôles d’exécution sans tenir compte de leurs préoccupations effectives. Pire encore, dans un contexte de désengagement des Etats africains et de libéralisation de l’économie, des ex-agents de l’Etat à la retraite, ayant accumulé une somme d’expériences et tissé de nombreuses relations dans les administrations, fortifient de plus en plus leur position de leaders au sein des organisations paysannes. Des leaders très habiles dans la création d’organisations paysannes fictives, dans le captage des fonds extérieurs et dans la récupération de ces associations à des fins politiques. (...)
Depuis que les bailleurs de fonds
ont décidé d’apporter directement des appuis financiers et
matériels aux producteurs ruraux organisés, des projets imaginaires
prolifèrent. En effet, pour un projet à plusieurs volets
de financement, certains cadres africains peuvent imaginer autant d’organisations
paysannes fictives bénéficiaires que de sources de financement.
Ces projets d’intérêt général qui concernent
plusieurs domaines de la paysannerie (maraîchage, cultures vivrières
et fruitières, arboriculture, élevage, exploitation forestière,
pisciculture, artisanat, commerce, etc. ), sont conçus par des gens
ayant une certaine audience auprès des bailleurs et une grande intelligence
pour déjouer leurs contrôles.
Ainsi, un projet agro-pastoral de maraîchage et d’élevage d’ovins soutenu par une Ambassade étrangère. Des parcelles de choux, de gombo, et d’aubergines, un petit hangar de stockage, la motopompe offerte par l’Ambassade et une poignée de moutons furent rapidement mis en place pour attendre la visite programmée de l’Ambassadrice. Mais juste après la visite, le hangar de stockage a été décoiffé, puis la motopompe et les tôles furent emportées au domicile villageois du cadre. Depuis ce jour, le jardin mis en place pour la circonstance, sur un sol gravillonnaire à faible capacité de rétention d’eau, a été abandonné. Les moutons et la motopompe sont devenus des biens privés du cadre.Une décortiqueuse à riz a été offerte par une autre Ambassade à l’organisation paysanne du village. Mais celle-ci est devenue propriété privée de ce même cadre qui fait payer des prestations aux populations rurales de la localité, etc.
Ce cadre a bien de la chance car les bailleurs financent facilement tous les projets qu’il leur présente, sans qu’aucun diagnostic de terrain ne soit fait sérieusement, ni aucune analyse approfondie de l’aspect social de ces projets ».
Ces cadres africains devraient éclairer
et aider leurs parents à mieux s’organiser conformément aux
contraintes de l’environnement socio-économique et politique pour
trouver le chemin de l’argent. Car les bailleurs n’appuient financièrement
et matériellement que des producteurs ruraux organisés. Mais,
malheureusement, ces cadres africains connaissent bien le chemin de l’argent
qu’ils empruntent tout seuls. Ils refusent ainsi de faire le bonheur des
populations rurales et de partager le progrès. Ne faut-il désormais
concevoir autrement les projets de développement local en Afrique
? »
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