LE MICRO-CREDIT
UN OUTIL POUR QUEL DEVELOPPEMENT ?Dossier réalisé par Philippe Ortoli
Grain de Sel n° 6 - Juillet 1997(partie 1/2) - (partie 2/2)
Derrière ce mot tout neuf, encore un peu râpeux, il y a un véritable outil contre la pauvreté ou pour le développement mis en œuvre avec succès, depuis une quinzaine d'années, en Asie, en Afrique, en Amérique latine. L'Europe, crise économique oblige, s'y met à son tour. Car le micro-crédit s'adresse d'abord aux exclus des banques commerciales, aux clients abandonnés des banques agricoles en faillite. C'est un crédit de faible montant offert à ceux qui ne peuvent accéder au crédit bancaire classique, faute de pouvoir apporter les garanties matérielles exigées: un salaire, une maison, une terre, une épargne suffisante. . . En fait, 90 % de la population des pays de l'hémisphère sud.Marchande de soupe ambulante qui doit remplacer sa carriole, couturière qui veut faire réparer sa machine, agriculteur qui achète des engrais, paysan sans terre qui veut acquérir une parcelle... la nécessité d'emprunter a toutes sortes de causes. A défaut de garanties matérielles, des garanties dites mutuelles (à base d'épargne) ou solidaires (reposant sur un groupe de personnes) sont demandées à ces nouveaux clients par les organismes qui distribuent ces petits crédits, ONG (Organisation non gouvernementale) internationale ou locale, projet de développement, banque sociale, en un mot, les systèmes financiers que l'on appelle décentralisés, car proches des populations rurales.Crédit solidaire contre crédit mutuel. Les deux systèmes reposent sur des philosophies différentes. Le crédit mutualiste insiste sur la responsabilité des emprunteurs, qui sont des sociétaires, mais il faut une épargne préalable pour y accéder. Le crédit solidaire, par contre, donne la priorité aux plus pauvres, incapables d'épargner, quitte à faire appel à un système contraignant fondé sur la responsabilité solidaire de chacun au sein d'un groupe d'emprunteurs.
Derrière un débat encore vif entre les partisans de chaque système, le vrai problème est de savoir si ces banques des pauvres ou ces banques de paysans, comme on les appelle dans un raccourci simplificateur, peuvent être rentables, donc autonomes. Si elles peuvent s'affranchir des aides extérieures. Bref, si le développement des plus pauvres peut-être « payant » - sur un strict plan bancaire - et à quelles conditions? À voir l'empressement récent de certaines banques commerciales pour ces nouveaux clients, il semble que oui. Mais quel développement se profile en arrière plan de cet objectif de rentabilité? Ce sont ces aspects que ce dossier présente, ces questions qu'il pose. Un dossier qui veut donner des repères, des exemples, des idées.
SOMMAIRE DETAILLE
Mutuels ou solidaires, les systèmes de micro-crédits
Deux systèmes se partagent une clientèle qui va des plus pauvres aux petits entrepreneurs : le système solidaire, qui a révolutionné le crédit et le système mutualiste, qui a retrouvé une seconde jeunesse dans les pays en développement. Entre les deux, un nouveau venu, les caisses villageoises autogérées.La révolution de la Grameen Bank
Le dogme mutualiste
L'autogestion des caisses villageoises
Les tontinesEpargne avant crédit ou crédit avant épargne - Débat : crédit mutuel contre crédit solidaire ?
Derrière un antagonisme de façade, les deux systèmes doivent user de méthodes voisines pour atteindre l'équilibre financier et s'émanciper des bailleurs de fonds. Explication de trois opérateurs de micro-crédits.Yann GAUTHIER : « Nous avons pris ce qui est bon dans le crédit solidaire »
Expériences à la loupe (Burkina-Faso, Sénégal, Guinée, Tchad, Cameroun, Togo, Bénin, France, Chili).
Du Bangladesh à l'Afrique, de l'Amérique latine à l'Europe, en une quinzaine d'années le micro-crédit s'est propagé à l'ensemble de la planète. Les femmes le plébiscitent et, dans bien des cas, en assurent le succès. Coup d'œil sur quelques expériences aux quatre coins du monde.Au Burkina-Faso, Biba Boly : « Pourquoi le crédit solidaire marche avec les femmes »Au Sénégal, du crédit à la lecture
Les banques spontanées de la Guinée forestière
Les femmes de Kélo au Tchad : « avec du crédit on fabrique du savon »
Les freins à l'épargne : gaspillage et thésaurisation. Épargner emprunter nécessite un apprentissage
Succès sous condition de crédits sans caution
Pauvreté, développement, équilibre financier…Les défis du micro crédit.
Les ONG qui « font» du crédit solidaire doivent-elles se transformer en banque ? Peuvent-elles échapper aux bailleurs de fonds? Banque d'État ou caisse villageoise, le crédit aux pauvres peut-il être rentable ? Sorti de l'enfance, le micro-crédit affronte aujourd'hui des problèmes de croissance. À la mesure du succès qu'il rencontre et des espoirs - exagérés ? - qu'il suscite.Comment atteindre les pauvres ? Comment faire pour que les micro-crédits ne soient détournés de leur cible ?L'Etat et le micro-crédit - L'Indonésie ouvre la voie.
Livres utiles