Le désengagement des Etats des fonctions économiques et d'encadrement de l'agriculture, la libéralisation des marchés voire les législations plus contraignantes en matière de protection de l'environnement figurent parmi les multiples évolutions qui placent de nombreux producteurs et leur organisations des pays du Sud dans une situation d'incertitude face à leur devenir. Comment mieux produire, comment mieux vendre, sont des questions que ces producteurs se posent de manière récurrente et auxquelles ils répondent de façon pertinente, mais, le plus souvent, dans l'urgence face au risque croissant de la marginalisation.
De ces questions naît une demande (ou des besoins plus ou moins exprimés) de conseils de gestion. Il faut bien reconnaître que les structures d'appui (organisations professionnelles, institutions publiques, ONG, etc.) éprouvent de réelles difficultés pour proposer de nouvelles méthodes et de nouveaux outils de conseils répondant au mieux aux nouveaux contextes de production et d'organisation économique, sociale et politique.
Pour les producteurs comme pour leurs organisations, la gestion devient une fonction essentielle de leur développement. Sur le terrain, les personnes engagées dans l'accompagnement et la promotion de dispositifs de conseil de gestion se questionnent sur l'identification des conditions microéconomiques du changement économique, sur la demande et les besoins des producteurs et de leurs organisations, sur l'ancrage institutionnel et le financement des dispositifs, etc.
Les différents opérateurs du développement et de la recherche-développement ressente le besoin d'échanger sur les outils et méthodes de gestion et d'avoir un débat plus large sur le rôle de la gestion et du conseil de gestion, notamment dans la conception, le développement et la maîtrise de cette fonction par les producteurs.
Ce document constitue un nouveau pas
dans cette réflexion. Il doit être compléter par l'analyse
de nouveaux « chantiers » dans des contextes différents
(Asie, Afrique de l'Est et australe, etc.) et par une étude des
activités de conseils de gestion en France permettant d'élargir
et de renforcer ce travail. Sa version définitive doit servir de
base de discussion au cours du séminaire qui se tiendra à
Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) du 8 au II juin 1998. Les conclusions et
les recommandations issus de cette table ronde constitueront alors un outil
pour tous ceux qui veulent développer des pratiques de gestion auprès
des producteurs et de leurs organisations.
La seconde partie est consacrée à l'étude des différentes expériences réalisée à partir d'une grille d'analyse intégrant les acteurs, les outils et les méthodes et le dispositif institutionnel. Ce chapitre distingue l'analyse des expériences de conseil de gestion aux exploitations agricoles, des opérations menées auprès des organisations paysannes. Cette analyse est complétée par une synthèse des informations à la fin de chacune des deux parties.- Pourquoi promouvoir les pratiques de gestion auprès des producteurs ?
- Quelles significations donnent les différents opérateurs à la gestion et au conseil de gestion ?
- Quelle place est appelée à prendre le conseil de gestion ?
- Quels enjeux et quels risques peut-on identifier en ce qui concerne ce type de conseil ?
Une grille d'analyse se présentant sous la forme de questions a permis d'étudier, dans différents contextes agro-socio-économiques, les méthodes et les outils de gestion utilisés d'une part, et les dispositifs institutionnels qui s'y rattachent d'autre part. La méthode de travail consiste à comparer différentes expériences de conseil de gestion aux exploitations agricoles familiales et aux organisations de producteurs. Onze opérations concernant des projets de développement et de recherche-développement ont été analysées dans 7 pays de 2 continents (Afrique et Amérique Latine).